902 HISTOIRE SOCIALISTE lités. Pa.-is, témoin des désordres de la Cour, doit éprouver plus vivement, peul-ôlre, les ~entimenls d'indignation et de vengeance que ces désordres ont excités; mais la justice de cessentiments ne suffit poillt à une dernière résolution; il faul juger comme la postérilé, sans emportement et sans passion, comme on doit juger dans la généralité des départements, par les faits el non par les sensalions; il faut que la rai son moli ve et détermine notre conduite; c·esl elle qui doit l'emporter à la longue, parce qu'elle est de tous les temps el ne connait point d'exception. Paris même, où les crimes du dernier règne semblent avoir fait des traces plus profondes, verrait peut-itre, si l'opinion de tous pouvait être consultée paisiblement en liberté, une partie de ses lu,.- bitants s'étonner et s'émouvoir du grand exemple d'infortune que présente Louis XVI.» Ainsi Buzot, après avoir dit que la Convention ùevait donner au peuple, par la condamnation à mort, un exemple de fermeté et de juste sévérité, senible attendre du peuple lui-même un acte de clémence. Comment, dans cette confusion des idées, dans celte disper~ion de l'elîorl, la Gironde aurail-clle pu 3gir sur les événements? cl quelle élnit au juste la pensée de Buzot? Ce n'est pas sans stupeur que je lis dans ses .Mémoires, écrils à la fin de 1793, el donl J'authenticilé semble d'ailleurs indéniable : , Pensez-vous que je fusse assez stupide pour imaginer jamais que Louis XVI eût l'intention de favoriser les institutions nouvelles? Non, cela n'était pas naturel; i'exeuse même, autant qu'il est en moi, les dispositions contraires. Mille autres à sa place auraient fait pis encore. Les scélérats qui ont inlmmainement égorgé ce monarque info1·tuné auraient été, à sa place, et plus audacieusement criminels et plus heureux peut-être par de plus grands crimes. En lais_sanl Louis XVI sur le trône, les Constituants ont élé seuls dans l'égarement ou coupables, ils onl trompé !"espoir de la nation; ils ont créé tous ses malheurs. » Je sais bien qu'à l'heure où Buzol écrivait ces paroles il était proscrit, ~ans ces~esous le coup de la mort. Je ~ais bien qu'il était poursuivi par les mêmes· hommes qui avaient frappé Je roi, el qu'il était entré, pour ainsi dire, dans l'ombre de l'échafaud royal. Il est étrange cependant qu'il ose flétrir « les scélérats qui ont inhumainement égorgé le monarque infortuné», comme si lui-m~me n'avail pas annoncé qu'il volait la mort, el ne l'avait poinl votée en ~[cl. Sans doute, il se disait à lui-m~me que ses efforts en faveur de l'appel au peuple, et bientôt en faveur du sursis, avaient eu pour objet de sauver Je roi. El il devait se rendre ce témoignage que jamais, au lond de sa conscience, il n'avait voulu vraiment que Je roi mourût. C'est par là sans doute qu'il se croyait aulorbé à flétrir un vole de mort que, matériellement, il avait émis. Mais quelles complications! EL comme la Gironde devait se perdre elle-même en toutes ces subtilités! Il y a dans l'opinion de Pélion la même contradiction latente que dans
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