Jean Jaurès - La Convention

IIISTOII\E SOClALlSn: 1001 coup d'exceptions à faire; en même Lemps arrivèrent à ~larseille une foule de lettres qui me calomniaient, et à Paris les adresses c1uim'accusaient. Je courus des dangers; je n'en parle pas, mais jugez quel a clù ôtre au milieu de toutes ces agilalions l'élal du bataillon. » Si, au moment où les compagnies cle fédérés marseillais demandenl à revenir à ~Iarseille, il semble y avoir un rapprochement entre les Girondins el eux, ce n'est qu'une apparence. Naturellement les fëùérés désiraient retourner dans leur ville de Marseille, el Barbaroux, leur député, appuyait leur demande devant la Convention. li pouvait espérer ai1osi se populariser de nouveau auprès creux. La Gironde n' avail plus d'ailleurs aucun intérêt à garder à Paris des hommes qui, sous l'influence de Pari,, se d6lachaienl d'elle. Les Montagnard,, il est vrai, ne paraissent pas ménager ce bataillon mar,eillais qu'ils avaient pris tant de soin de gagner, puisqu'ils lui interdisent de rentrer à Marseille el le mettent à la disposition du ministre de la guerre qui l'enverra, s'il le veut, à la frontière. La Monlag?e craignait que cle nouveaux appels fussent faits par la Gironde, el elle décourageait d'avance, en les liant au service militaire, les fédérés qui viendraient à Paris pour soutenir les Girondins. ~lais, en fait, beaucoup de fédérés s'étaient laissé gagner par les partis extrêmes, et ils pouvaient devenir pour les groupes révolutionnaires des sections de Paris des alliés très précieux. Par eux, en efîet, Paris s'agrandis,ait de la France. Ce n'était plus seulement au nom de Paris, c'était au nom de tout le peuple révolutionnaire de France, représenté par les plus dévoués des patriotes, que les délégués des sections parlaient à la Convention. Unis aux fédérés, ils étaient Loule la nalion révolutionnaire, el ce serait admirable d'éçraser la Gironde au moyen des fédérés qu'elle avait appelés à sa défense. La tactique des sections les plus animées fut donc de former une sorte de faisceau avec les délégués, crentratner peu à peu el de compromettre la Commune, et de forcer ainsi les résistances de la Convention. Depuis décembre, dans les secl ions, la colère révolutionnaire s'exaltait Quoi I le peu pie avait été assassiné par le roi au Dix-Août, el, cinq mois après. la Convention n'avait pas encore jugé l'assassin 1 Elle bésilait, elle disputait. Quoi! le monde enlier, soulevé par les tyrans, s'arme pour venger la mort du tyran I li faut encore aller aux frontières, abandonner la bou lique et l'atelier, et pendant ce temps, ceux qui par leur hésitation à frapper le roi ont encou · ragé tous les despotes continuent à gouverner, à dominer la Convention: Quoi! le peuple dorine son sang! el tandis qu'il s'épuise à sauver la patrie, i! est ruiné, afîamé par la hausse constante du prix des denrées I Et la loi ne frappe pas les agioteurs qui déprécient le papier-monnaie, les accapareur, qui renchérissent le prix de la viel Que le peuple s'organise, qu'il agisse, et qu'il aide les démocrates de la Convention, trop timorés, trop enchainés de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==