876 HISTOIRE SOCIALISTE c'était avouer que la mort de Louis XVI, si on n'y prenait garde, pouvait être un pi~ge pour la République: c'était proclamer aussi que les Girondins, qui prenaient l'initiative de la motion contre le duc d'Orléans, étaient les seuls amants, vigilants cl jaloux, de la liberté républicaine. Il y avait da11s celle manœuvre profonde je ne sais quoi de diabolique. Elle 6lail flétrissante et perverse, et ne pouvait faire que du mal. Elle ôtait, à la mort même de Louis X\'l, cette efficacité révolutionnaire, qui est une sorte de légitimité. A quoi servait en e[el que Loui,; XVI péril, si le couperet ne tranchait pas, pour toute la nation, la royauté elle-même? Le supplice du roi n'était que la plus vaine, la plus lâche et la plus misérable cruauté s'il ne liait pas la France à la République indissolublement. Quand donc Buzot projetait sur l'échafaud où allait sans !Ioule monter Louis X\'! !'ombre d'une conspiration monarchiste, quand il montrait au peuple la royauté tapie sous la lugubre estrade, quand il dénonçait les révolutionnaires les plus ardents, ceux qui réclamaient le plus impérieusement la tête de Louis XYI, comme les artisans sournois d'une intrigue de contre-révolution, quand il donnait à l'échafaud, dressé déjà dans l'imagination des hommes, la figure ambiguë d'un trône où s'élèverait peul-Nre un prétendant royal éclaboussé du sang du roi, Buzot enlevait à la morl de Louis X\'[ toute sa vale\lr révolutionnaire, el il glissa il une goutte de poison m1Jrlel, une folie de doute el de so1.11>çonju, sque dans l'acte tragique par lequel la conscience de la Révolution voulait s'affirmer à jamais, implacable et éternelle. C'était un crime contre le génie révolutionnaire. Si Buzot, à celte minute, avait été sincère et grand, il au rail tenté d'arracher Louis XVI à la mort en démontrant au peuple que le supplice du roi rouvrait la route à la royauté. :\lais se résigner, comme il le faisait, à la mort du roi, el insinuer en même temps au peuple qu'elle serait funeste à la République, c'était donner à l'acte révolutionnaire qui allait s'accomplir une duplicité terrible: c'était pousser sous le n,éme couteau Louis XYI et la Répuhlique. Les ~fontagnat·ds furent d'abord surpris par la manœuvre de Duzot. Ils Yotèrent l'exclusion du duc d'Orléans: mais dès le lendemain ils en eurent regret et comprirent que la Gironde les avait appelés dans un piège. Aux Jacobins, Robespierre, tout en exhalant contre la Gironde sa colère et sa haine, déclara qu'il était impossible de paraitre se solidariser avec le duc d'Orléans. Mais Marat fut acclamé quand il s'écria qu'il ne fallait pas se pr,'- lcr à ces manœuvres et à ces diversions. Un peu plus tard, quand il apparaitra par la trahison de Dumourie1. qu'une tentative de restauration royale arnil pu en effet élre conçue au profil de la maison d'Orléans, les Jacobins se prévaudront de l'attitude de Robespierre: mais en décembre :1792, la pensée directe et hardie de Marat qui crie: « Ne nous laissons pas duper, ne laissons pas obscurcir par des combinaisons latérales le sens du grand acte révolutionnaire que nous allons accomplir•, répond mieux à l'instinct de la Rél'olut!on,
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