Jean Jaurès - La Convention

02i IIISTOillE SOCIALISTE dans la proposition qui anrail sauvé Louis XVI, alors il vola pour la vie.• Ici, la confusion est double. Michelet confond Dan Ion avec Daunou, et, pour Daunou lui-mêm~, il confond visiblement la séance du 14 avec la séance non pas du 9, mais du 7. Dan, la s~ance d11 14 comme dans la séanCP.du 7, Cambacfrè;; et Daunou avaient marché en efîel parallèlement. Dans la séance du 14, Cambacérès proposa, lui aussi, un moyen d'ajournement, inMil celuilà et un péu imprévu. C'était un appel au peuple qui dfvail porter non plus sur la peine infligée à Louis, mais sur l"élendue du pournir de la Convention. Celle-ci devait demander à la na lion : ~le 1·econnabsez-vous le pouvoir de juger en dernier ressort? Et ici encore, ce doute sur soi-même el sur rnn propre droit révolutionnaire est à l'opposé de la p•nsée de Dllllon. Et dans la séance du 7, devenue, dans le; noies évidemment hAtives et brouillées de Michelet, la séance du 9, la• quelle d'ailleurs a l'air de faire double emploi avec la séance du 14, Daunou el Cambacérès remettent tous les deux à la Conven lion leur opi11ion écrite sur le procès du roi. Cambacérès conclut, comme il fera le 14, à une consultation nationale sur la compétence judiciaire de la Convention. Daunou concluait à bannir le roi après la guerre, à le détenir jusqu"à la paix, et il réservait en m(•me Lemps à la Convention • le droit d'accuser Louis et de le fairP juqrr pour sa con~piration persqnnrllr. " Il n'y a pas de plus pitoyable chaos d'idée,, el c'est dans ce guêpier politioo-juridique qne lllichelel a égaré un moment le grand Danton. Si j'ai insisté sur cet imbroglio au risque de suspendre par une discussion critique la marche du drame, c'est que l'erreur de Michelet, analogue à celle de Lamarline, contribue à fausser ln physionomie morale et historique de Danton. A coup stlr, il n'avait point de haine, el il élaitcapahle de soumettre à la raison IP- entrainements les plus passionnés de sa nature véhémente. Mais il était avec la Révolution, il marchait el pensait avec elle, el il faut se garder de lui prêter, surtout à cette date, un système de senlimenlalilé et un parti pris de clémence qui le sépareraient des vives forces révolutionnaires. L"erreur de Michelet a des prolongements inquiétants. Celle altitude de Danton, qui contraste si netlemenl avec son attitude en septembre, el aussi avec l'at. lilude des dantonisles eux-mêmes, de Fabre d'Églantine, de David, de Da-ire, de Desmoulins pendant le procès du roi, il faut hien !"expliquer. El c'est par le séjour de Danton à l'armée que Michelet l'explique : • Danton apportait des pensées absolument di!Térentes, celles de l'armée elle-môme. Celle grantle question de mort, que les politiques de club tranchaient si facilement, l'armée ne l'emi;;ageait qu'avec une extrême réserve. Nulle insinuation ne pul la décider à exprimer une opinion ou pour ou contre la mort du roi. Réserve pleine de bon sens. Elle n·avail nul élément pour résoudre une question si obscure. Klle croyait Je roi coupable, maie ello

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