/ HISTOl!lE SOCIALISTE 8()3 mallres de la Com·enlion, trainaient le, choses en longueur. La Gironde s,•mble frappée d"une sorte de paraly,ie de la wlonté. "lie n'a certes pas formé le ferme propo; d,• sau,e1· J.o,ii, X\ï, et elle ne songe nullement, à celle daLe, à ména!:~r cl ù natter la corilre-ré,olulion. )lai, clic hésite à porter un coup décisif, el elle ch erchc ù gagner du tcmp~. En acceptant le ministère des mains de Louis XY!, elle avait Joué un rôle de transition : el elle ne savait point se dégager de ce rôle. !We avait, arnnl Je Dh-Aoùl, négocié, tergiversé : et elle arnil l'impression obscure que ~i elle déchainait les é,énemenls, c'est par d'autres qu'ils seraient conduits. La mort dn roi allait passionner toutes les forces de l'univers, el ce ~ont les forces les plus ùrutales, les plus directes qui prévaudraient. Que rc:;lail-il des habile~ combinaisons de la politique, que restait-il de l'éloqucnf'e elle-même, qutnd le couteau de la g11illuline tranchait les prublèm·•s'? Il hudrail dé-ormah ù,·s YOlonlés nettes el coupantes comme lui : et dc,anl l'engin de mort, ,ymbole d'une politique simple, g-randiose el brulalc, l'esprit compliqué et incertain de la Gironde se récu,ail à demi. ELpui$, je ne sais si une ,orle de pitié m•'lancolique n'était pas ,:,,·cillée en eu, par les premières meurtrissures de la ,ie. Cerle~, ils ne craignaient poinl pour eux-mèmes : ils avaient un haut courage; et d"ailleurs, si leur presligr rommençait à être atlcinl, leur puis,ance n'était pas ruinée encore, el leur Yie n'étail point menacée. ~lais ils a,aienl souffert, ils araienl éprouvé les dures vicis,iludes de l'opini,ln; un moment même, au, journées de septembre, quand lloùespierre <' nonçail Bi-issot et ses amis à la Commune, quand un mandat ù'arrèt était ;,rcparé contre l\oland, ils avaienl \U luire sur cm l'<'clait· de la hache. Que toute chose humaine élail fragile! Que la popularité était cour Le! Que la vie ètail précaire! Ainsi parfois, en de rapides el secrètes mélancolies, le mystère Lragique de leur dc,tincc s'inclinait ,ers le mystère tragique de la destinée royale: leur pensée rencontrail, au seuil du néant, lt royau lé aholie el le roi llll'nacé. El, comme de, ombres qui se Loucbcnl par les !Jorù,, le destin de la Girnnde semblait parfois contigu au drslin d·1 roi. Les Girondins étaient-ils ùien sûrs, en frappnnl, de ne pas se frapper eux-mêmes'? Ils allaient donner à la mort nn signal ambign 11u't·lle interpréterait peut-être largPment. Quelque trouble de conscit•nce aus,; éla,t en eux. J'imagine que Brissot, qui élail bon et humain, n·a,ail pas apJJris rnns douleur que Dele,sarl avait été mas,;acré à Orléans. C'est lui qui l'avait emoyé à la Haute-Cour: c'est lui qui, sur des indices bien légers el pour hâler la décldralion de i,;uerre, l'arnil fait décréter de trahison. Élail-il ,•raiment uu traître? Celle ombre sanglante devait sans doute importuner Brissot. D'ailleurs, en exploitant contre Robespierre et Danton les massacres de septem!Jre, la Gironde s'était condamnée elle-même ù tenir le rôle de l'humanité et de la pitié. Elle était liée par sa propre manœuvre. A force de re-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==