Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE 971 aussi vaste. Dès le 21 jan\'ier, le jour même de la rnorL cle Louis XVI, il faisait appel à la rnncorùe, el donnait l'a,,urance que lui-même saurait soumettre à la raison rcncrgie de son tempéramenl. Il veut, lui aussi, être 1111 homrne ol:'.lal. non I a, houùeur el timide, non pas à côté de la Ré1olulion, mais en pleinP action révolutionnaire. Yoilà sa politique intérieure: et au dehors il ,eut, ap·,,, arnir fait ,enlir ·w, tyrans la fo'rce de la France, limiter l'expam,ion d,,n,.:ereusr el indéfinie cle la propagande révolutionnaire. Pas de faibles,e; pa, ,·r n(•!(oriations prématurées. Les rois refusent de reconnaitre la Hépublique françai•e: elle leur répond par le plus terrible défi : « elle leur jette le gant, el cr !(ant c'est une tête de roi. » ~n Belgique, la situation est inntricable. Si l'on pèse sur le peuple belge pour lui imposer. en vertu du droit ùe :onqut'le, une con,lilution démocratique c.ont ,on fanatisme s"alarn,c, il se ,ouli'lera. Si ron se relire, on Jabsanl aux Belges le soin de choisir tul-mêmes leur Conslilulion el de n,rr leu,s dt•,tinées, ils élimineront les démocrates, et ils allumeront tout près de la France un foyer de fanatisme catholique dont le rai onnement r urra élre dangereux. Il est impossible que la France laisse la Belgique à ede-même: il est impossible aussi qu·ene la gouverne du dehors. Il n·y a donc qu·uue solution: c'est de l'anne,er, c·esl de lïncorporer à la France. Ainsi les complications de la politique de ~ropagandP armée heutissaient à la politique de conquête. li est 1rai que Danton ,c flattait d"ulJtenir un vole favorable de lu Belgique ellt•-n,0mr. des ùe111andesd'anne,ion. Yais que 1alaienl ces voles, rendu, sou, la pres,-ion de la l\è1 ululion armre • C'était la rupture complète avec la politique de la Constituante, qui uv,,it répudié toute conquête. Au demeuraut, Ddnlun ne cachait pas qu'il n·arnil pas H· ·ment en vue !"application vigoureuse de la llcholution à un peuple .. 1,pulé entre des forces contraires, ruais quïl se 1,ropo,ail !"agrandissement de la FraJJce. li formulait la théorie des limites naturelles, théorie de droit national et 10n de druit rilrnlulionnaire, uu plutôt il essayait de confondre le droit rholulionnaire el le droit national. Le 31 jaOI ier, le jour même où la Convention • accei,le le ,œu librement émis par le peuple souverain du cidev,rnt comté de Nice réuni dans ses assemblées primaires et décrète, en conséquence, que le ci-devant comté de Nice rail partie intégrante d~ la l\(}- publi~ue française », Danton demande que Je ,·œu de réunion du peuple de Lit,.ge .oil accepté aussi. Il amorçait par là Loule la question de la Belgique. • lïavez-vou, pa, déjà préjugé cette réunion quand vous avez décidé que la Belgique serait constituée provisoiremenL suivant les lois rançaises? Où serait donc la politique d"un grand peuple si, donnant la liberté à un autre peuple et le conslituant selon le mode de celte liberté, il l'abandonodil ensuite à lui-même'/ Celle politique serait criminelle, elle serait meurtrière.

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