Jean Jaurès - La Convention

892 HISTOIRE SOCIALISTE celle même Gironde qui, en déclaranl la guerre à l'Autriche el à la Prusse, arnit déchainé, sans consuller le peuple, des événements où' la Rè1olulion était plus engagée que dans la vie ou la mort du roi, s'a1•isâl soudain que la ralificalion formelle de la nation étail indispensable. Et si le peuple seul pou- ,ail retirer au roi l'inviolabilité donnée par lui, que devenait le Dix-Aotll? Fallait-il le dénoncer comme une insurrection criminelle·? Ou, s'il (Jlail légitime, comment la Convention élue par la nation Loule entière, avail-elle moin~ le droit d'attenter à lïnviolabilil6 constitulionnelle du roi que les sections parisiennes el marseillaises soulevées au 10 aotlt? A vrai dire, l'inviolabilité royale, après le iO aoôl, n'était plus; el la Convention recueillait un étal de fait créé par la force directe et spontanée du peuple, en qui, Vergniaud, président de la Légi,lalive au :10 aotlt, avait reconnu le droit. C'est chose curieuse, d'ailleur,, de voir la Gironde faire appel à l'exercice direct de la souveraineté populaire. Elle n·y était pas unanime, el Ducos restait fidèle à la politique générale de .on parti lorsqu'il disait repou,,-cr l'appel au.peuple• comme contraire au système reprôsentalif». En prin.;ip,', les Girondins aimaient peu l'intervention du peuple lui-mème, des sections. Celle action directe el continue du peuple leur paraissait un moyen d'agitation el de tyrannie; et ils comptaienl davantage sur la sagesse des représentant,, délibérant sous le prestige d'une parole éclatante. Lorsque Uaudol, dans ses notes si profondes, dit : • Les Girondins voulaient. une ample exc1u;ion dans la participation, ou au moins dans la délégalion du pouvoir. Nous voulions, nous, comprendre tout.es les existences dans la puissance sociale, " cela ne peul pas s'entendre de leur système électoral : ils admettaient le suffrage universel et l'éligibilité de tous les citoyens. Mais ils croyaient que les influences combinées du talent el de la fortune amèneraient, par la voie de la représentation, le gouvernement d'une élite; et ils se souciaient peu que les prolétaires élevassent la voi c Brissot ne lraile-l-il pas de «cannibales» el d'« anthropophages» la plupart des pélilionnair~s qui venaient presser la Convention de juger et d'exécuter le roi? Lorsque Baudot cile encore le mol de Durand-Maillane, sur la nécessité des masses dans le; révolutions : « Quand on a tant fait dans une révolution que d'y faire entrer le peuple comme partie non seulement légale, mais nécessaire, peut-on le congédier brusquement. el contre son gré? Eh ! le devait-on après ses longs et importants services? Car sans lui, disons-le, nos or,,teurs avec leurs belles phrases cadencées,, qu'auraient-ils fait? ,, C'est la conception girondine qu'il veut comballre avec le témoignage d'un modéré. Même aprè, les efforts des Girondins en faveur de l'appel au I euple, Mallet du Pan note fort bien que leur politique e,t. de tempérer la puissmce populaire par le système de la représentation:

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