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Histoire Socialiste ( 1789= 1900) SOUSLA DIRECTIONDE JEAN JAURÈS TOME III La Convention I La République Les idées politiques et sociales de l'Europe et la Révolution ( 1792) PAR JEAN JAURÈS Nombreuses illustrations d'après des documents de chaque époque, PARIS PUBLICATIONS JULES ROUFF ET <'io
LA CONVENTION NATIONALE LE PROLOGüE Du 10 Ao1lt au 21 Septembre J'ai montré, en terminant l'histoire de la Législative, que dès le lendemain du DixAoOt tous les partis songent à s'emparer du mou,emrnt rérnlutionnaire, el à s'assurer la plus grande influence possible sur la Convention prochaine. La Commune de Paris avait un grand pouvoir. Elle voulait le continuer et !"étendre. C'est elle qui, le Dix Aoùt, avait pris les responsabilités décisives et remporté la victoire. Tandis que la Législative hésitait, elle avait préparé el donné l'assaut. Elle était donc à ce moment, la force décisive de la Révolution; elle prétendait être la Révolution elle-même. C'était, disailelle, en vertu d'une sorte de tolérance et par sagesse politique, pour ne pas créer un intervalle entre la Législative el la Convention, qu'elle avait laissé subsister la Législative. ~lais celle-ci n'avait en ces supr~mes journées qu'un pouvoir d'emprunt. C'est le peuple de Paris qui l'avait investie à nouveau; c'est la Commune rèl"olutionnaire qui l'avait, pour ainsi dire, déléguée au gouvernement provisoire de la France, mais sous le contrôle de la Commune elle-même. Les Jacobins, où se réunissaient les délégués des sections, avaient adopté la thè,e de la Commune. Ils étaient à peu près d'accord ayec elle. De peur d'être rnrnhis, au lendemain de la victoire du 10aoùt, par des patriotes tièdes rallié, tardivement au suecès, ils avaient suspendu toute adhésion nouvelle; ils restaient ainsi la pointe non émoussée de la Révolution. Le député Anthoine disait aux Jacobins le 12 aot'lt: • Le peuple a repris sa souveraineté ... cl la souveraineté une fois repris" par le peuple, il ne reste plus aucune autorité que celle des assemblées 1,rimaires; l'Assemblée nationale elle-même ne continue i, exercer quelque autorité qu·à raison de la confiance que lui accorde le peuple, qui a senti la nécessité de conserver un point de ralliement el qui en cela a prouvé combien sa judiciaire était bonne. • Ainsi, l'autorité finissante de la Législative était une autorité subordonnée. Mais la Commune limiterait-elle son pouvoir à Paris? Cela eùl été contradictoire; car si, en attendant la Convention nationale, la Révolution est dans la Commune, la Commune doit, comme la Révolution, rayonner sur toute la France. Dès le soir du 10 aot'lt, Robespierre, calculateur profond, comprit que l'ascendant de la Commune révolutionnaire allait être immense; et il s'appliqua à en étendre encore le pouvoir. li éprouvait sans doute une Apre jouissance d'orgueil à humilier l'Assemblée législative, où dominaient LIV. 165•. - BISTOJIE SOClALl<tTB. - U CONVBNTIO.'i NATIO:'iALE. LIV. ifü>•,
• 1 2 IIISTOII\E SOCIALISTE mai11lenanl les Girondin,;; cl en outre il élail assez naturel de penser que pui,, p1r l'impulsion de la Commune al'ail !ail la I\évolulion, celle impulsion de1ail ;:r propaf(er dans loul le pays. « La Cnm11,unc,dticlara-L-il au, Jacobi11s le soir du Dix Août, doit pre11dre comme mrsur,, i111porlanle,celle d'envoyer des commis~aires dans les quatre• ,ingl-lroi; ùéparlcmrnls pour leur e.,poser notre vraie situation; les fédérés doilent commencer en écrivant chacun dans leurs départements re,peclifs. " c·etail la mai11-mbe de la Commune de Paris sur toute la !'rance rél'olulionnaire. cl ,i ce plan avait pu se développer, r.·est sous lïnfluence de L, Commune de Paris, hostile aux Girondin, comme aux Feuillants, que se seraient fuite,; le,; élections ù la Convention nationale. C'eût été l'avènement immédiat d'un pui,sanl pa, li robespierrisle avec une aile gauche rnaratiste. Le premier soin de la Commune révolulion11aire fut de se compléter, rt·arpeler à elle quelques gr,1nds noms de la I\évolulion. I\obespierrc rul délégué au Conseil général de la Commune par la seclion de la pla<·e \~nrlôme; il y p1·it sé_ance1lès le 11. ~laral ne rut pas déléi:uo; mais il était en relations continue, ayec la Commune; il en fut, en ces journéPS ardentes, l'inspirateur et le journaliste. Lui, si sornlire d'habitude el si défiant, il éclate de joie el d'orgueil dans ses numéros du 15 el du J(J août, et il trace le pro,rammc d'action de la Commune en homme sûr d'être écoutti : • 0 , ous, s'écrie-1-il, dignes commissaires des sections de Paris, vrais représentants du peuple, gardez-mus des pièges que vous tendent ses infidèles député,;, gardez-mus de leurs séductions; c'est à Yotre civisme éclaire el cour.1geu1 que la capitale doit en partie le succès de ses hahitant,, et que la patrie devra son triomphe. Hestez en plar.e pour notre repo,, pour, otre gloire, pour le salul de l'empire. i'ie quittez le timon de l'autorité publique remis en vos mains qu·après que la Convention nalionale nous aura débarrassé, ùu despote et de sa race indigne; après qu'elle Uilra réformé l!'s vices monstrueu, de la Conslitulion, source éternelle d'anarchie el de dù,aslres; après qu'elle aura a,suré la liberté publique sur des bases inébranlables. » Et le lendemain 10 août : « Grâce soit rendue i1 l'cspril de délire du Conseil dc:s'l'uileric.s, à la h\cheté des gardes nalionau, conlre-ré,olutionnaires et de l'étal-major des Sui,se,, à l'ineptie cl à la platitude de Louis Capel, à la con,·er,ion des gendarme,, à la t,,rnérité du peuple, à la ,aleur des fédérés, el des gardes parbi,,ns ~ans• culotte,; la l'ictoire a couronné la cause de 13 justice; elle a allerré le despote cl-Se:, suppôts, consterné la majorité pourrie du Sénat, arrêté le cours de ses machinations audacieuses, donné de la consistance aux députés patriotes de la Co11,mune, affermi leur autorité, renversé celle du département, des tribunaux et des juges de paix prostitués à la Cour, anéanti l'état-major contrerévolutionnaire, épouvanté les ennemis de la !\évolution, rendu la libertli aux bons citoyens el donné au peuple le moyen de signaler son pouvoir en
l!ISTOI\\E SOCIALISTI~ 3 faisant tomber sous le glaive de la justice les machinaleurs. 11ais les fruit, do celle éclatante victoire seraicut bientôt perdus si les députés patriotes dP la LA R,USON. (D"après uno eatampe du Muséo Caroavalet.) Commune ne restaient en place el s'ils ne déployaient p~s toute leur énergie. jusqu'à ce que la liberté soit cimentée • • Louis Capet est en otage avec sa famille ne permettre à aucune de
4 HIS'l'ülnE SOCIALISTE ses créatures de l'approcher el le garder à vue est le vrai moyen de couper les fils de toutes les trame~ des conlre-rcvolulionnaires. « Mettre à prix par un décrrl les léle, des Capets fugitiCs, traitres el rebelles; six millions rnr chacune serait le \'rai moyen de s'assurer de ces conspirateurs, de faire déserter les régiments ennemis avec armes el bagages, d'épargner la dilapidation des biens nationaux el d'éviter l'effusion du sang des patriotes. Rien de plus efficace que celle mesure pour rendre à !'Etal la liberté, la paix el le bonheur; il y a deux ans que je la propose, loul homme sensé doil en sentir la justesse; el c'esl pour cela même que l'Assemblée l'a constamment repou,sée. Le moment esl venu de la faire enfin décréter. Sollicitez-la à grands cris, amis de la pall'ie, el soyez sO.rsque ce ne sera pas sans succès; car aujourd'hui vos représentants \'Ont quand on les pousse. !Jne autre mesure non moins urgente est de décréter l'ouverture des arsenaux, pour armer sans délai Lous les citoyens amis de la Révolution. C'est au ministre de la guerre à solliciter un décret à ce sujel; nous verrons bientôt s'il est vraiment patriote; car dans un mois il ne doit pas y avoir dans le royaume un seul garde national qui ne soit armé. « c·esl à la Commune à faire armer immédiatement tous les bous citoyens de la capitale, el à les faire exercer au maniement des armes, pour mcllrc Paris en étal de défense contre les coups de désespoir des ennemis, s'ils étaient as,ez osés pour jouer de leur reste. « C'est à elle aussi de hâler la formation du camp au'< portes de Paris el de faire occuper au plus tôt toutes les hauteurs adjacentes, mesures que j'ai proposées il y a plus d'un an. « C'est à elle encore à presser lcjugemenl des traitres détenus à !'Abbaye el à prévenir qu'on n·arrache au glaive de la justice l'état-major des gardes suisses, sons prétexte du danger de se brouiller a1ec les treize cantons, si on refusait de leur remettre ces prisonniers. • C'est à elle à empêcher que le décret qui ordonne la vente des biens des émigrés ne soit dérisoire, en faisant l'endre sans délai ceux qui se trou1enl dans la capilale, le Palais Bourbon cl tous les hôtel, qu'ils ont à Paris; en faisan l rentrer le Luxembourg dans les mains de la na Lion, et en dcmaullanl 1.t moitié du produit de ces biens pour élrc partagés entre les infortunés de la capitale, qui ont concouru à la prise du château des Tuilerie,, et à ramener la victoire à la patrie. • C'est à tous les bons citoyens à in1iter les troupes de ligne de réclamer le droit de nommer leurs officiers, qui l'ient d'ôtre rcndt. à la gendarmerie nallonalc; imitation que je leur renou\'elle aujourd'hui. • C'est à la Commune parisienne à porter le flambeau dans l'adminislralion des subsistances, à pourvoir abondamment à celles de la capitale el à faire la guerre aux infâmes accapareurs.
IIISTOIRE SOCIALISTE 5 " ... La patrie vient d"ôlre retirée ùe !"abime par l"elTusion du sang des ennemis de la R<nolulioo, moyen que je n'ai cessé d'indiquer comme le seul efficace. Si le glaive dP la j11.<ticefrappe enfin les machi11nteurs et les privaricateurs, on 1,e m'entmdra plus Ji'lrler d'rxéwtions populaires, cnœ/1,• ressow·ceque la foi de la m'ce•silé peut seule co11mw1ultrà un peuple réduit au désespoir, el que le somnuil volontaire des foi, ju.,ti(ie toujours . • « Les commissaires de la Commune onl déjà mi,; en praligue plusieurs mesures qua j"ai recommandées comme indispensables au triomphe de la liberté; telles que la tenue en otage de la famille Capel, la supprcs,ion des papiers contre-révolutionnaires, la poursuite rigoureuse des ennemis public,; la proscription des accapareurs, des marchand,; d"ar6 enl; et il,; se sont signalés par plusieurs autres beau~ tra ,s ùe civisme. ils marchent à merveille. S'ils contimient avec la mème énergie jusqu'â ce que la co1i<titutiottsoit •éformtle par la Convention uationale, si les ministres se montrent tous Ll'f, J66. - HISTOIRE SOCJALISTB. - L CON\"BNTJONNATIO~ALE, UV. !66.
6 IIJSTOl!lll SOCIALIS'rG patriotes et si Ir pruplr /r, survf'illr orrc .sollicitude, je regarderai le salut public comme a,wrt', fr dormirai s111l·es dru;,; oreille<et je ne ,·rprr11rlrai111 plume que pour travaitlN à la 1·e/011tede la Constitution. El de !ail. qudlr autre l:lchc me resterait à remplir? Je faisais la guerre au~ mandataire, infidi'lcs du reuple, au, traîlrcs à la pairie, aux fonctionnaires pré,aricateurs, au, machinateur,, aux fripons de Lous les g<'rucs; mais les ~cdt'\rah "'f' cach<•nt pour ne plus se montrer, ou pour sr montrer citoyens paisiblt'~ el soumis au, lois. C'est lout cc que je pouvais désirer. • El puis, ne ,iens-je pas de \'Oir l'accomplissement clemes prédictions que l'é,èncmenl n'avait pas encore justifiées? J'ai prédit à )follié guïl serait la fable des nations et la bNe noire du peuple quand mon flacon d'encrr serait usé; le voilit à sa fin. « J'ai prédit à Bailly qu'il serait pendu: on vient d'en pendre le buste avec celui du sieur ~ollié; si on n'a pas_trouvé l'ori::rinal pour le mellre à la place du portrait, ce n·e,t pas ma faute; il n'a,ail qu'à paraîlre en public, ,on affaire était faite. " J'ai prédit il y a un an que la race des Capcts serait détrônée ; la \'Oilà bien près d'en dcscrndre. » C'est le cri de triomphe el de défii:ili\'C , ictoire; mais soudain voici de nou\'rau le cri d'alarme : « An reste, trcmblon, de nous endormir, ,oyons sùrsque les contre-révolutionnaires se ras-cmhlrnt. Craignons que )lotlié ne ramène son armée contre nous; craif;nons que tous les régiments allemands <'l rnisscs royalistes ne nous , iennenl bloquer. Déjà les hauteurs adjacentes devraient lllre occupées par la garde parisienne. Déjà les mt111icipalité, du roiaumc devraient avoir reçu l'ordre d'e,pédier des courriers sur ton, les mouvements de troupes qui pourrairnl s'approcher de la capitale. DéJàlou, i.,s corps administratifs prostitués it la Cour auraient dù êlre destitués. Déjà J,,s•i t ministres devraient ~lre aux fers. Déjà lrs membres contre-ré\'olulio1111aires de l'Assemblée, les Lam eth, Dumas, Vaublanc, Pastoret, D11bayet,devraient Nrc arrêtés. Es1 i·rons que nos commissaires p:irisiens ne s'endormiront pas. >, Ainsi )larat, si abattu quelques jotm a\'anl le Dix Août qu'il rnulail fuir comme on quille une partie perdue, a maintenant pleine confiance. Pour la premiilre fois peut-illre depuis le commencement de la Révolution il ,•cril d'hommes in\'estis d'un mandat public : « Ils marchent à merveillr. » Et il s'imagine, avec qn naïf orgueil, qu'ils ne font qu'applic1uer les plans qu'il a con~us. li oublie qu'entre les e.\écutions à froid qu'il a sotnent el ,yslémaliqucmcnt 'proposées et l'e!Tenescence du Dix Août il n'y a aucun rapport. )lais il est nai c1ueson influence sur la Commune révolutionnaire e~l grande. Celle-ci a la , igueur, la décision, la rapidité d'action que Marat n'allendail plus des pouvoirs populaires trop dispersés et tirai_llés. D'abord la Commune se défend contre toute restriction légale. L'Assem-
lflSTOlllE SOCI.\Ll~TE 7 bl(·e législalive, d,rn, ~a ,c.rncc 1lu il aoùl, d sur un brcr rapport dr (;uyton de Moneau avait ùèci1k 11u'un n"u,eau Dirt•rloire du drparlernrnl dt• !',tris srrail élu. à raison d'un memhr·p pour 1·hanrnt• fics quarante-huit sections. Or partout, dcpui,, l'origine de la !\évolution. entr,· les l>irPctoires de di,partemenl élu, il deu, llegrèo cl les municipalité, i•lur, directement par le peuple il y avait ru con0il. El la Co!llmune pouvait craindre que le nou,.eau n,rrctoire, quoique nommé sous des influences révolutionnaires, ne conlrari.ll lJirnL0l le mouvement populaire dont elle était l'organe. Les prole,taliun, furent ,ive, à la Commune el aux Jacobins. Deranl ceu,-ci le député Anthoine s'(•cria: « Le peuple a repris sa souveraineté, el néanmoins l'A,,cmhlée 11:ilionalP a Mcrélé aujourd'hui que le, sections de Pari; nommer.1ienl un d ,.,,,- toire. Quelle soif de directoires a clone l'As,cmhléc nationale'/ :-le sent-Plie donc pas que les seuls directoires se sont ligué,; dan, l'empire contre la liberté? Quel besoin d'ailleurs a-t-on de directoires·> Croirait-on encore à Cf'llemaxime de l'aristocrate Monle,quieu qu'il c,t nécrssaire que le, pouvoirs se ùalanccnU :-.on, les autorité, ne se balancent pas, clics se dctrui,enl. L'Assemhltle nationale a commencé par être l'esclave du roi, et voilà pourquoi le peuple a ahallu la royautt. Il ne /11111 donc point dr direc/lJÎl'epour contrarier li•, 111e- .,11res1/'1111r111wlicipalitépat,·,otr. En rendant cc décret, je ne dis JJa, que l'A,,cmlJléc nationale ait eu cctt,• inlenlion, mais je di, qu'elle n'csl pas à la hauteur iles circonstarn·es, qu'elle ne sent pas tout ce qu·e,l le peuple et en quoi consiste sa ,ouvcrainelé. • C'était la théoriP de la souveraincl1 presque ah-oluc de la Commune tévolulionnain•. Le Conseil général ùe la Commune cn\'O)a une délé,;ation à l'.\s,embléP. C'e,l Robespierre qui parla en son nom: • Le Conseil général de la Commune nous cn\'Oie ve" vous pour un objet qui intéresse le salut public. Apri's le grand acte par lrquel le peuple souverain vient de reconquérir la liherlé, il ne peul plu, c,btcr dïntermMiaire entre le peuple et vous. Yon, -avc1. que e'e,l de la communication des lumières que naitra la liberté publique. Ainsi donc, toujours guidés par le même sentiment de patriotisme qui a élevé le peuple de Paris el de la France entière au poinl de grandeur où il est, vous pouvez, vous devez mème entendre le langage de la vérité qu'il va vous parler par la bouche de ses délégués. • ,'ious venons vous parler du décret que vous avez rendu cc malin, relatif à l'organisation d'un nouveau directoire de dé1mrtemenl. Le peuple, forcé cl1!,·eiller lui-même à son propre salut, a pourrn à sa sùrelé par des délégués. Obligés à déployer les mesures les plus vigoureuses pour sauver !'Etal, il faut que ceux qu'il a choisis lui-même pour ses magistrats aient toute la plénitude du pouvoir qui comient au souverain; si ,·ous créez un autre pouvoir qui domine ou balance l'autorité des délégués im-
8 IIISTOinE SOCIALIS'l'E médiats du peuple, alors la force populaire ne sera plus une, el il existera dans la machine de volre gouvernement un germe éternel de divisions, qui feront encore concevoir aux ennemis de la liberté de coupables espérances. Il faudra que le peuple, pour se délivrer de celle puissance destructive de sa souveraineté, s'arme encore une fois de sa vengeance. Dans celle nouvelle organisation, le peuple voit entre lui el l'OUSune autorité supérieure qui, commeauparavanl, ne ferait qu·emharrasser la marche de la Commune. Quand le peuple a sauvé la patrie, quand vous avez ordonné une ConvPnlion nalio• nale qui doit vous remplacer, qu'avcz-Yous autre chose à faire qu'à satisfaire son vœu? Craigner.-l'OUS de vous rrposcr sur la sagrssc du peuple qui Yeille pour le salul de la patrie qui ne peul être sauvée que par lui? c·e,Len établissant lies autorités conlra<lictoires qu'on a perdu la libcrl(:, ce n·esl que par l'union, la communication directe des représentants avec le peuple qu'on pourra la maintenir. Daigner. nous rassurer contre les dangers d'une mesurr qui 1létruir,i'L ce que le peuple a fait; daignPz nous conserver les moyens dr sauver la liher'lé. c·est ainsi que vous partagerez la gloire des héros conjurés pour· le bonheur de l'humanité; c'est ainsi que près de finir ,otre carrière, , ous emporterez a,•ec \'Ons les Lènédiclions d'un peup!P libre. « :--ous von, conjurons de prendre en gran<IPron,;,1 ·•ralion, de confirmer l'arrêté pris par le Conseil général Ile la commune de Paris, afin qu'il ne soit pas procédé à la formation d'un nou\'cau directoire de département». (l'i(s opplowJissem,11/s .) El comment, en clîet, ùeu~ jours après le Dix Aoùl, l'Assemblée n'aurait-elle pas applaudi les délégué., Ile la Co,nmune ri'\olulionnairc? 1lab elle dut être secrètement meurtrie e~ inquiète. Au fond, nobespicrre arnit rai• son. Puisque l'Assemblée législalhe hésitante arnnl le Oh AotH, ou m,'me inclinée vers Lafayelle, avail lai•sé au peuple ré\'olulionnaire de P,iris, organisé en Commune, le soin de sau"cr au péril de rn vie Il p,llric cl la liberté, puisqu'elle availdù reconnallre ce pouvoir r6rnlulionnaire cl spontané, ce pournir de salul populaire el national, comme l'expression d'une légalité nouvelle, il ne fallail pas contrarier el lier la Commune avanl qu'elle eùl accompli son œuvrc. li ne fallail poinl l'cmharra~ser des formes surannées d'une légalité hostile. L'Assemblée le comprit, ou ùu moins elle se résigna. Thuriot appuya la moliou de la Commune en quelques paroles sobres 'et fortes: • Nous sommes convaincus qut', dans ll's circonstances actuelle~, il faut que l'harmonie règne enlre les représentants du peuple cl la commune de Paris, que c'est de celle union que <loil résulter la liberté publique. Il faut, surtout dans ce moment, simplili<•r la machine du goll\ernement; car plus la machine esl simple, plu, les elîets en sonl heureux. EL c'csl dans ce moment surloul. qu'il ne doit y avoir entre le peuple el vnus aucun intermé• diaire. •
II ISTO!I\ E SOC! ALISTE \) L'As~emblée rapporta son décret. et décida que le nouveau directoire du départemenl n'exercerait son contrôle que sur les opi•rations financière~ de la Commune. Mais la LéE(islative ful certainemrnl froi,,ée du langaE(ede Robe,- pierTe el un peu effrayée aussi. Il l'avilit réduite à un rùle bien humilié, bien inférieur. !lavait concentré dans le peuple de Paris eLdausla Commune qui le rr_ présentaitlout le droit révolulionnaire,etquand il demanclail que les« délégués du peuple "• pussent s'adresser sans intermédiaire à l'Assemhlée, il demnndait en réalité qnr la Commune pût donner directement des ordre,, ou, ~i l'on aime mieux, des inclicalions impérieuses à la Législali\'e. Cruelle bles,ure d'amour-propre pour les députés, pour les Girondins surtout qui, subissant la force des é1énemenls dont Robespierre était l'interprète, commen~aient à former des r61'oltes ùe leur orgueil une accusation de dirlature. Et pui:,, co111bie11de temps durerait ce droit révolutionnaire de la Commune de Paris•? Si, au nom du Dix Août, la Commune pouvait subalterniser la Légi-lative, ne voudrait-elle pas dominer au,si la Convention nationale elle-même qui, apri's tout, n'élail appelée à la vie que par la l\évolulion du Dix Août•? Surtout, si, dè, maintenant, tout Ir droit de la l\é1olulion parais,ait concentré dans la Commune de Paris, les as,emblécs prîruaires élrclorales de toute la Franre, guidées par les cléli•gué, de la Commune, n"allaient-elles point faire de l,1Convention nourelle une image amplifiée de la Commune de Pari,'? Gran,Jr dut être dès ce~ premiers jours l'inquiélude de la Gironde. Le morrtagrrard Thuriot lui-n1t'me. tout en appuyant la motion de 1\obc,pierr(', semble bien insister sur le caractère e,ceptionncl des circonstances. li marque par là au pou,·oir e,traorclinaire de la Commune un terme assez prochain. llab c'était punr elle une importante \'ictoirc d'arnir obtenu le-rappel du décret qui instituait le Directoire. Cc pouvoir, ainsi jalousement défendu, !a Commune l'emploie ,i3oureusement à des mesures de police révolutionnaire et de défense nationale. c·est elle qui arrMc le 12 que Louis X \'1 el sa famille 5eront « rlépo,(•s dans la Tour du Temple ». Et rlle délè;.:ue pour le conduire du Luxembourg an T,•mpl~, ,on procureur Manuel, le pa,semcnlier ~liche!, le poète tragique L1ignclot, et hcordonnie~ Simon, celui qui plus lard garder.1 le Dauphin. Elle décide en celle mêmr séance du t2 de ~aisir à l'adminblration de, postes et d'arrêter tous le, journaux contre-révolutionnaires, ou, comme rlit le procès-l'erbal « les productions aristocratique,, errlrn autres: l'.lmi d11 Roi, la Gazrtle universrlle, la Ga;ette dr Paris, l'fndicalrur (in,)lirè par Adrien Duport), le Mercw·e de Fra11cr, lt' Journal de la Cour et de la t·ille el la Feuiltr du Jour. ,, Elle appelle à sa barre le directeur des po,te, qui reçoit l'ordre de ne plus expédier une seule feuille royaliste ou feuillantine; et elle prél'icnt ainsi toute tentative de la contre-révolution pour semer la panique dans les départements, la révolte dans les armées. Elle met en état d'arrestation le, auteurs
10 li ISTOIR E SOC! ALI STL, et imprimeur, de 1011te, les feuilles « anliciviques •; elle dislribu(• entre le, imp1·ime11rspatriotes leurs presses, leurs caractères el leurs instruments. Et ,•lie ordonne au rlirt•ctenr des postes d'épurer son administration de Lous les employés qui ne sonl pas " clans Ir sens de la Révolulio11 » afin qu'aucune trahison des bureaux ne laisse passer el s'infiltrer aux YCines de la nation Ir poison contre-révolutionnaire. C'était hardi; car pour la première fois la Révolution portail atteinte à la " liherlédc la pre,sc », qu'elle avail jusque-lit si énergiquement dél'cndue. ~lais l'ennemi élail aux frontières, cl la trahison était au rœur de la patrie. La Révolution prorlamail en réalité l'étal tir siège contre les envahi,seurs et contre les traîlrrs. Trè, hahilement, en cetacle au- <lacieu,. la Commune se fit c:rnvrir par l'As,emblée législativ(•: 011du moins, en lui communiquant ces arrôlé,; vigoureux, elle l'y associa. Lf\onaril Uourtlon, il la tête d'une députation de la Commune de l'JrÎ$, dit à l'As,rmh!,·c. 1,, 1:!: • Lrs journaux incendiaires, ,l'après Ir, mesures qu'a prises la Communr. n'empoisonneront plus ni la capilalr, ni les départements. Leurs pre"r' ('( leurs caractères ,cront rmployés à servir la Ré,otulion. » Le Président girondin Gcnsonné lui répond il: " J,',\s;emhléc nationale entend avec plaisir les mesures que vous avez prises pour la tranquil11t<' <le Paris, et pou,· emp,)clie,· la communication qui r,'rnlte,·ait dtt venin d, x jo11rna11x ari<tocratiques; elle vo11.~rngage à rontitt!ler votre .su,·vcillance. • Ainsi, la Gironde elle-même con~acrait it cc moment ce qu'on peut appeler la« dictature impersonnelle• du peuple révolutionnaire de Paris. La Commune faisait arrêter le m,•me jour Adrien Duport, Dupont dr Nemours, Lachenaye, Rulhière (le père de l'historien), San,on-Dupcrron, juge tle paix de la scclion 11aucons,'il, Cappy, ol'llcier de paix, Borie, ancien officier municipal, et Ir président de la Grangc-Balrlière. Scellé,; sont appo,é, sur leurs papiers et sur les papier,; du bureaurrntral des jugesde paix, presque tous suspects d'attaches à la Cour rl ,le fcnillanlisme. JI ne suffisait pas d'arrêter les journaux ennemis. Il fallait empêcher qu'aucun courrier, qu'aucun citoyen allât allumer la guerre civile en dénaturant les événements, en calomniant Paris. La Commune ferm 1, pour ainsi dire, les portes de Paris; elle immobilisa dans la grande ville rovolulionnaire toutes les forcesdeconlre-révolulion qui, de tous les points de France, avaient afflué vers le roi, ,•ers le cMteau de Coblentz, comme les f6dérés appelaient les Tuileries. Défense fut donc faite d'accorder aucuns passeports, excepté aux personnes chargées d'approvisionner la , ille de Paris, ou qui porteraient des décrets de l'Assemblée nationale. Injonclio11saux propriétaires et logrurs de faire la déclaration des étrangers qui habitent chez eux, aul Comité de leur section, qui en fera passer la liste dan5 les vingt-quatre heures. li est décidé que des commissaires se lran,porteronl dans les environs de Paris, à quatre lieues il la ronde, pour sïnlormer des personnes qui demeurent dans celle partie extérieure de la capitale.
lllSTOlllE SOCI.\ LISTE 11 11 e~t arrêté aussi, comme mesure de police, qu'aucun 1m'trn ne po, tera de costume religiru, hors de s,·, fonctions. Toujours en celle m(•me séance du 1:/, la Commune décide qnr 11 pla,•p drs I ïcloirr., ,rra nommée désormais plarc dr la 1 'ir-loirr /ll1tirmalr, rtque la sla\ue de Louis XI\. sera remplacée par un ohé·Ji,qnc où st>ront in,crits le, nom, des citoyens morts pour la pairie dans h journér <111 0. Enfin, c0mme pour se saisir de la dirrclion dr la poliliqur rdi-rirure el lui donner une allure révolulionnairr, ellr arrètr• que l.\"e111bléc nalio,ulr sera pri,'e dr déclarer au nom de r1•mpirc français, qu·cn renonçant a Lou,; projets de conquête la nalion n·a point renoncé it fournir de, ~ecours aux puis,ances \Ui,incs qui dé~ireraient se soustraire à rc,clayage. c·était une réponse hardie à lïnva,ion. L~ 13 aoùl. la Commune décide, pour ren1lrr impos,ihle au roi lr,nle é,·a,ion, qu·une tranchée sera creusée autour du donjon; mai:-;c'r:-t ~urlûul à des mesure, de ddcnse nationale qu'elle s'applique. « Les quarante-huit s('rlions sont autorisées à organiser sur-le-ch,1mp les citoyens arm{·, end i!îért•n\,•s rompa,nie,; toute distinction nuisible à rép-alité sera supprimée; les épaulclle, ne ,eront qu'en laine pour Lous J,,, grades; en \'erlu du drrret qui déclare tous les citoyens acli(s, tous les habitants seront arm,,,, « à l'e\ception de:; g-rn:; sans a,ru •· C'était le prl'lude de la le,ée en ma,se. Ln attendant, le, me-ure, de police eontinurnl. " !.,•, si,.urs de La1orle, intendant de la li-te ch ile. du Ilozoi, œ11u11,· de la c,,:,•/11• dr Pm·i,, sont mis en état trarrr:;tation. Scellés sont mis ,ur leurs papier, ainsi que sur cru, de ~I.• \ndrion, ccmmb,aire général des Suisses et Grisons, et ~1)1.Bi:.:ot ùc Sainte-Croix etd' Ahanrourl. Orclr,•esl dunni· d'arrêter tous les officiers de l'étnt-major des p-enùarmc, nationaux et tous les Yalrts de rhambre clu roi. )lais ce ne ,ont p,,s seulement des per::-onnagcs éclatants on rnanif,•,lemrnl compromis dan, la conlrrrévolulion que la Commune poursuit. Elle est naturellem,•nt amenée el entrainée, par les accusations mu Ilipies qui Yiennent ùcs sections, à arrêter ùcs hommes ob,curs. Le procè:;-Yerbal du 1:, dit: • )landats d'amener et appo,ition de scellés chez di!îérents particuliers peu connus dans le public.• Grand péril d'arbitraire et d'erreur, conlrclequel IJienlôl s'élèveront ùes prote,talions très ,ives, même chez les démocrates des • Rérnlulions de Paris•· liais, en ces premier, jours, et clans l'émotion persistante du combat, aucune voix ne proleslc encore. La Commune de Paris, très vigoureu,ement anlicléricale, donne l'ordre aux maisons religieuses d'évacuer sous trois jours. « Le:; scellés seront apposés sur ces repaires d·aristocralic. • Et la garùr des scellés est contfée pour ces trois ;ours aux religieuses elles-mômes, sous peine d·être pri1ées de leur pension. Ce même jour, 1:, août, le jeune Jean-Lambert Tallien, épris d'inlluence Fondazione Alfred Lewin Btbliolt..--caGino Bianco
12 IIISTOlllE SOCIALISTE el de bruit, habile aux paroles déclamatoires qui simulent la passion, est nommé secrétaire greITier de la Commune. Je ne puis m'attarder au détail des arrestations faites sur l'orùre de la Commune. On le trouvera dans les si intéressants procès-verbaux publiés par M. Maurice Tourneux. Je note en quelques jours l'arrestation de M"" <le:-.avarre, llazire, femme de chambre de )im• Royale, Thibault, première fPmme de la reine; Saint-Brice. femme de chambre du pl'ince royal; Tourzel, gouvernante de;; enfants du roi; demoiselle Pauline Tourz!'l, ~laric-ThérèscLoui;e de Savoie, Bourbon-Lamballe; M. Lorimicr de Chamilly, premier valet de chambre du roi el du prince royal; de )!. ùe la Roche du )laine, de M. Masgoulier, ancien Yalel de chamùre de Jfonsieur; de Mm• de la Drélèchr, ci-dcl'anl femme de garde-robe de ~lm• d'Artois; de M. Duveyrier, ancien rédacteur, avec Dailly, du Procès-verbal dl'S électew·s; de M)l. Lajarrl, d'Ermigny, Plainville, la Reynie, Quassuc, Charton, Charlon lri'res, ~lillin, Barré, Crépin, Aubry, Lapierre, Quintin, Larchin, Aclocque el Curney, dont plusieur. appartenaient à l'élal-major de la garde nationale. A vrai dire, ccl acharnement sur la haute domesticité royale a quelque chose d'un peu puéril; el l'héroïque Commune qui, dans la nuit du iO Aoùl, prit de si grandes responsabilités se diminue un peu à traquer ces Yalcls de chambre titrés. Elle e,pérail sans doute arracher à ces hommes cl à ces frmmc.s quelques révélalions sur la famille royale. Peul-être aussi le Conseil de la Commune sentait-il que, pour prolonger son pouvoir révolulionnaire il devait prolonger, si je puis dire, la crise révolutionnaire, el par la recherche même des plus obscurs comparses du grand drame, en continuer l'imp1e,sio11 Loule vive cl le souvenir ardent. Parfois quelque chose d'un peu théâtral el ,·ain se mêlait à son action. Qu'il ordonnât d'aballre tous les vestiges de féodalité, tous les écus,ons ou armoiries qui pouvaient subsister encore aux maisons de Paris, qu'il ordonnât " à Lous les ciloye11sexerçant un négoce el ayant des boutiques cl magasins, de détruire dans le délai de quinze jours, les enseignes, figures el tous emblèmes qui rappelleraient au peuple les temps d'esclavage • cela se comprenait; car aux heures de crise violente cl de lullc exaspérée les symboles du passé ressemblent à une provocation. Il était plus hasardeux d'ordonner la démolition de la porte Saint-Denis cl de la porte Saint-llarlin, ciuc le bourgeois même rél'olutionnaire du centre de Paris au rail , u sans doute disparaitre avec regret. L'ordre demeura d'ailleurs sans elTeL:mais il semblait dénoter une activité un peu brouillonne el excitée. De même élail-ce Haimenl réaliser l'égalilé dans la mort que d'imposer pour les obsèques de tous les citoyens le même cérémonial religieux? Oui, Lous ces citoyens s'en vont au cimetière dans des cercueils uniformes el escortés du môme nombre de flambeaux; mais les uns laissent à leur femme el à leurs en fanls pauvre lé et désespoir, les autres, fortune el puissance. A quoi bon alors celle parade
IIISTOII\E SOCIALISTR 13 Ioule rilucllc d'fgalilé menlcu,e? Dien loin cl'aillrurs !Ir lrnrlrr wr, la ~~- C g,. il'::; ~-5 ~ . :: ;, - i paralion de l'Eglise cl ùe l'Elal, l'arrêté ùe la Commune fai~ail du prt'lrc un fonctionnaire qui doit à Lous les mêmes sen·ices el qui, payé rar l'Elal, ne UY. t6'7. - DLSTOIIIP: -.hCIA.Ll,.T&. -- Ll CO~\'E:"iTIOX ?'liATJO:U,LB. L \, t6j', "' . , ,.
IIJS'l'Oll\E SOCIALISTE doit recel'Oir ùes citoyens aucun salaire. C'est l'idée encore qu'en Fiance beaucoup de pai sans se font de la , raie solution du problème des rapports ùe l'Eglbe et de l'Etat. « Sur les plaintes faites par plm;ieurs citoycus d"exactions exercées par le clergé constitutionnel, le com,eil ordonne l'exécution des <U-cretsconcernant la suppression du casuel. Tous les citoyens égaux ùernnt la loi seront enterrés a1ec deux prêtres; défense d"excéùer ce nombre; il n'y aura plus de tentures aux portes des <lèl"unlsni it cell~s ùe;, <"-fdi~esS. uppression des marguilliers et de leurs bancs. « Le Conseil général, considérant qu'au moment oil le règne ùe l'égalité vient enfin de s'établir par la sainte insurrection d'un peuple jn•tement indigné, celle égalité précieuse doit exister partout; « Considérant que les cérémonies religieuses actuellement obse1·l'éespour les sépultures étant contraires à ces principes sacrés, il est du devoir des représentants de la Commune de tout ramener à cette précieuse égalitc que tant d'ennemis coalisés cherchent de détruire; « Considérant q11edan~ un 7iays libre, toute id,:,. dt supc,,t,tion et de fanatisme doit étrr clitruite et remplacie par !Pssentiments c[·1mr uw1P philosophie et d'une p11remorale; « Considérant que les ministres du culte calholiquc étant payés par la nation, ne peuvent, sans se rendre coupables de prél'aricalions, e,ig,'r un salaire pour les cérémon ics de ce cullc; • Considérant enfin que le riche cl le pauvre étant égaux pendant leur , ie aux yeux de la loi cl de la raison, il ne peul exister de différence entre eux au moment oil ils descendent dans le lomb(•au; • Le procureur de la Commune, entendu le Conseil général, arrête: « 1° Conformément aux lois antérieures tous les cimetières actuellement existants dans l'enceinte de la Yille seront fermés el transportés au delà des murs; « 2° A compter du jour de la publication du présent arrêté, toutes les cérémonies fuuèbres faites par les ministres du culle catholique seront uniformes; « 3' Il ne pourra y avoir plus de deux prêtres à chaque enterrement, non compris les porteurs du corps; • 4• Toute espèce de cortège composé d'hommes portant des flambeaux est interdite; • 5° La nation accordant un salaire aux ministres du culte catholique, nul ne peut e;,.iger ni mème recevoir aucune somme pour les cérémonies religieuses funèbres et autres; • 6° A compter de ce jour, toute espèce de casuel même volontairement payé, est supprimée; « 7• Tout nrêtrc qui aura exigé ou reçu aucune espèce d'honoraire pour
IIISTOillE SOCIALISTg les IJaplèmcs, mariages, enterrements ou autre cérémonie encourra la 1k . tilution; • 8• A compter de cc jour également Ioule espèce de tenture de deuil soit 11 la porte du défunt, soit it celle du temple, ,oil même à lïnléricur, sonl supprimées; « 0• La l'oie publique appartenant à tous. nul nr peul en disposer pour son a,anlage particulier; en con,é~uonce Loul conducteur d'enterrements et t1·a11ll'f>ct!rémonirs N'll'rieure, ,L'un cu/tr 111r/,,,11111e ne pourront jamais occu1>er pour leur cort~ge qu·un seul côti, tic l:i rue, de mani,'rc que l'autre reste enlii•remenl lihrc pour les ,oilurrs el pour les citoyens se rendant à leurs affaire,: • 1C0 Il sera néanmoins fait une e,c<'plion à l'article ci-de;sus pour lrs honneurs lunèhrc, rendus au, citoyens morts pour la défense de la liÙ('rté; • il' Toute e,p,'ce de prérogatiye ou de prh il~geélanl allolis parla Con,• Lilution, nul ne peul avoir, dans un temple, une place distinguée; en conséquence les œuvres el autres endroils où se plaçaient les marguilliers, fahricicns ou confrères sont su1Jprimés. » C'e,L un assez bizarre amalgame. Il est clair que sous le préleüe de maintenir l'égalité, la Commune cherche à réduire fic plus en plus le culle. La colère du peuple contre les prêtres réfractaires ne ,était pa, étendue encore à tout le christianisme, cl la Commune r,'rnlulionnaire n·o:;ail pas interdire aùsolumenl toute manifeslalion relif:iense, mais elle resserre el elle di rolorl' les proce,,ions, les enlcrre111ents. El elle laisse npparaitrc dans un de, co11,,- déranls sa pensée suprème: subsliluer la philo:;ophic naturelle et la morale à la reli,(ion chrétienne. Elle prélude a0 scz timidement el gauchement à ce que sera dans quelques moi:; l'hébcrti>me, cl elle dissimule encore sous des apparences de réglementation somptuaire la guerre de fond que dè, maintenant elle est décidée à conduire contre l'Eglise cl le cbrisliani,mc. Mai, parfois toute sa penslie éclate; comme dans l'arrèt(• du i7 août: • Le Conseil général, jaloux de servir la chose publique par Lous les moye1.s qui sont en sa puissance, considérJnLqu'on peul trouYer de grandes ressource, pour la défense de la patrie dans la foule de 1011.t,e, simulacres bioarr,•s IJIIÏ ne dofrent leur e..ci<tence1a'à la fourbaie des pr,:1i'e1· et à la bo11homie du peuple, arrête que tous les crucifi..c, lull'ins, Clllf"Jf'-', diflbl1•s, si'raphù1,·, cht'rubins de bro11.e sel'ont employés à faire des cano11<. « Les grilles des églises ser\'ironl à faire de5 pique;;. • C'est un langage tout nouveau dans la Révol11tion Clqui demil déjà in• quiéter Robespierre. ~lais pendant que la Commune qui a\'ait déjà choi:;i dans son ~ein un Comité de surveillance, constituait un véritable gouvernement. penda11t qu'elle mullipliail les mandats d'arrêt contre les suspects, el ou.rait ks lettres à la poste, pendant qu'elle ébauchait une poliliq11e résolum~nt anti-
16 lllS'l'OlllE SûCIA LISTE chrétienne, el organisait en mCme tcmJH la ùcftJnse nationale, pendant qu·e11efaisait forger des piques, appelait les ouniers el les femmea à préparer les tentes du camp sous Paris, pendant qu'elle rél'O!utionnail rorgani- ,alion militaire en brisant les bataillons de la garde naliouale el en fai~anl de la seclion tout entière armée l'uuité de combat, el qu'elle décidait pour caractériser la ncvolulion du üix Aoùt qu·apr~s les mots: ran IV de la liberté on ajouterait: l'an l de l'i•galité, bien di's animo:ilés s'accumulairnl contre elle, et bien des méfiances. Le maire l'ction souffrait en sa vanité immense du rôlcassez piteux quïl avait joué au Dix Aoùl. )!1, sous clef par la Commune rérnlulionnaire qui, en affectant de le protéger, rarnil annihilé, il ,enlail bien dt•puis quïl n'avait plus qu'une autorité nominale. c·esl Houespierre qui, par son influence à la Comrnnue, élail le ,•érilahle maire de Pari~. El Pélion ne paraissait plus que rarement au Conseil général de la Commune où rnn amour-propre ne pouvait plus s'épanouir. li se rapprochait peu à peu de la Gironde. Celle-ci supporlailavec une impatience crobsanle le pouvoir dela Commune. Ellen'osail pas frapper encore, mais elle attendait que la première popularité effervescente de la Commune révolutionnaire fûl tombée. )!~me les ~lontagnards de la Légblalivc, mt•mc les hommes commeChoudieu el 'l'huriol commençaient à être indisposés par les allures parfois dictatoriales de la Commune de Paris. Si l'on ajoute à cela l'inquiétude répandue par des arrestations qui n·étaieol pas toutes l(·gilimcs, el lïrrilation des commerçant, g 'ués clans leurs affaires par les arrêts sur les passeports cl par l'étroite clôture ,le Paris, on comprendra qu'une sourde opposition contre la Commune gran lissait. Ei1trc elle el L\ss2muléJ légis!alive le conflit était immincu!. Fu,ieslc désaccord! Car c'est à ce tiraillement secret de tous les pouvoirs, c'c,tà celle sorte d'anarchie, c·e,l à ce dèf,1ul de concert entre la Commune el la Législative qu'il faut imputer ces terribles massacres de septembre qui ont si longuement ému contre la füholution la sensibilité des hommes. L1 question qui après le DixAoût pa,sionnail le plus le peuple était celle-ci: Comment seront punis les meurtriers du peuple de Paris, les conspirateurs cl les traîtres? Les fédérés, les révolulionnair~s des faubourgs, en marchant au Dix .\oûl contre les 'l'nileries, « contre Coulcntz, » avaient la haute conscience de leur droit. C'c,t pour la patt'ie, c'est pour la liberté quïls se levaient, et toute ré,islance du roi parjure élail un crime. Or à ce crime il semblait que se fût joint le guet-apens; el c'est au moment oü le peuple croyait, sans effusion de ~ang, entrer au Chilleau qu'il fut décimé par la décharge des Suisses. Le plan de la contre - révolution lui apparut effroyable el diabolique : laisser passer le peuple cl le prendre entre deux feux, celui de la garnison du chiltcau et celui de la garde nationale formée derrière les colonnes d'assaut. D~ là contre les Suisses el leurs olliciers, contre l'état-major de la garde nationale, une haine mortelle, et qui demandait du
IIISTOII\E SOCI.\LISTE 17 sang. C"est à peine ,i les Suisses qui n'étaient pa~ tombés clans le comu,,t et qui s'étaieul ré!ugiès à IA,semuléc purent être préscnés de la colèro du peuple. li y Callut la puis-ante voix de Danton. li y fallut la promesse que tous les c1Jn,pirateurs allaient être traduits ~ans délai dnant une Cour martiale, jugés et fra1•pcs al'ec la rapid,tc m,:me du combal. Terrible fut l'appd au calme l~nci· par la Commune en la jourui'·e du l:! : • l'eur,IP ~ouwrain, su,pemls la vrnfe,,nce. La juslicP endormie rPpr,•ndra aujourd'hui tou, ses ùroits. Tous lt•s coupables vont périr ,ur l'êchaldud. • )lais cc n·esl qu·en fro1Hlanl que le peuple remettait au bourreau sa vengc.ince et sa défense. :-.·allait-on pa~ ajourner, éluder? Tel élait l'empo, tement ile la pas,ion que ltul,cspierre lui-môme, malgré se, hahitntles dt• réserve et ù,• prudence, terminait par de terrible, pa, oies une ardente glori0ca1ion du 10 ao1H: • Comhien le peuple fut grand dans toutes ses dêmarches I Ceux qui arnient l1ou,é quelques meubles ou quelque argent dans le château se firent une loi de ,'all'lenir de ces dépouilles prises sur l'ennemi. lis vinrent les dépo,er dans l'A~,emblée nationale ou dans la Commune. Il; regardèrent comme des larcin, cet exercice du droit de la conquéle. li, poussèrent même ju,qu'à l'e,cès ce ,enliment de délicates,e. Le peuple immola lui-mCnll' ceux qui a,aient cru pouvoir s'approprier quelques e!Tets qui avaient ap1,artcnu aux tirans et à leurs complices: il fut cruel en croyant Nre juste. • • Grands dieu, 1le peuple pun,t, tlaus ùes malheureux, l'apparcnr.e seule ùu crime, cl tous les tyran,, qui le font êgorgcr, cchappent à la peine de leurs forlaits! Riches éi,oîstes, stupides ,ampires enarai"és de sang et de rapines, osez donc encore donner le nom de brigands; o~ez a!Tecler encore des craintes insolentes pour vos biens mépri~ables achetés par des ua,,e,,cs ; osez remonter à la ;.ource de ,os rirhe,se,, il celle de la mi,ère de ,o, semblables ; voyez, d'un cùté, leur dé,intére~sement cl leur honorable pauvreté; de l'autre, vos , ices et volre opulence, el dites quels sont les brigands et les ;cèlèrats. llisérable, hypocrites, gardez ,os richc:;,c, qui vous tiennent lieu d'âme et de vertu; mais laissez aux autres la li!Jerto et l'honneur. Non, ils ont juré une haine immortelle à la raison cl à l"égalile I Quand le peuple parait, il se cache. S'est-il retiré? Ils conspirent. Déjà ils renomellenl leurs calomnies el renouent leurs intrigues. Cilu!Jrn,, uuus n'aurez lapai..x q11'a11la11t q11rt·ous aurez lœil ouverl sur /011les les trahisons el le bras levé mr 1011sles lrailres. • ~lais ce bras lc,é, le peuple voulait qu'il s'abais,O.t. Cc grand mouvement de colère et de passion pouvait cependant Nre réglo. Il é~1il possible de faire ju,tice, de rechercher et de punir sans délai ceux qui avaient une partdirecle lie respons.1hilité dans la résistance factieuse d'une cour traitresse, sans laisser se déchainer lïn,linct du meurtre,
18 HlSTOll\E SOCIAl,lSTI> 1lais il aurait fallu pour cela une action rapide, vigoureuse et concerl,\r de tous les rou,oirs réYolutionnaires. Or, il y eut incohérence, flottement et conflit. Tout d'abord et dès le li août l'.l.ssemblée nationale Mcitle qu'une Cour rnarlialt~~l!rainsliluCe qui jugera les Subses, leurs officier5 t>lau~~i les of!icier~ de la gendarmerie nationale accusés ct·avoil- fait lirrr sur le peupl,•. Pui,, on s'aperçoit que cela présente des difficulté~. n·ahortl le Gorle p(·nal militaire ne conlicut pas al'ec précision le délit cle conlrr-révolulion quïl faut rhftlier. Puis, il n'y a pas que des militaires compromi,. Ll' 14 ,,oùl. ,ur la motion de Thuriol, l'Assemblée rapporte son premier décret el institue uu trihunal criminel: « Cel objet ne regarde point la Cour martiale: il faut le r,•111oyrr aux tribunau:1s ordinaires ... el comme il y a plusieur., jurés qui 11·unl P"~ la confiance des ciloyenq, je demande que ,ous autorisiez les sedions il nom111t•r chacune deux jurés d'accusation et <leu, jurés de jugemrnl. » }lai; pendant que l'.l.,,cmhlér tâtonnait ain,i dans la procédure de r•·- prc,,ion, le peuple sïmaginait qu·on cherchait il ,auver les cou1,ables, ('t quïl allait êlre dupe. La commu,w, peu soucieuse de ,eiller sur la popularilt• ùe l'Assemblée légblalile, répandait elle-m~me ces rumeur,. _\.u ùt•crl't rendu ~ur la molion de Thuriot elle lit une obj,•ction: c'est •1ue les scntcnc,•, des tribunaux ordinuir(•;; étaient susceptibles d'appel devant le tribunal de Cassation. Ainsi il y aurait ajournemeol, incertitude. La Commune eurnya le J;, aoùt une (](,légation à l'.\ssemhlée. Celle fois encore c'est f\obespierrc qui parla en ,on nom: • Législateurs, si la lranquillilé publique et surtout la liberté lient à la punilion des coupable,, vous de,cz en dé,ircr la promptitude, ,·ou, dev..z en assurer les moycus. Dcp11" l•• 10 aoùt, la vengeance du peuple n'a pas encore été satisfaite. Ji• IIPsai, q11d, ob1tatlr-s invincibles sembleut s':; opposer ... « Le décret que l'Ous avez rendu nous semble insuffis:rnt. .. Il faut au peuple un gouvernement digne de lui. li lui faut de nouveau\ juges, créés pour les circonstances ... Le peuple se rcpo,e, mais il ne dort pas. JI veut la punition des coupaules: il a raison ... :-ions Yous prions de nous débarrasser des autorités constituées en qui nous n'arnns point de confiance, cl'cffacer cc douille degré de juridiction qui, en établissant des lenteur,, assure l'impnnil6; nous demandons que les coupables soient jugés par des commissaire; pri,; dans chaque seclic,n, sotnerainemenl et en dernier ressort. ,, llolJespicrre avait raison. Seul un tribunal révolu lion naire inspiranl pleine conllance au peuple et jugeant avec rapidité, pouvait a-surer la répre»ion et la limiter, Mais quoi? ce tribunal agissant sous la prcs,ion du peuple e,a,- péré ne serait-il pas un simple tribunal de vengeance? el à quoi bon l'hypocrisie des formes légales? Pourquoi ne pas laisser la passion populaire, puisqu'elle est irrésistible, s·e,ercer elle-même? Je réponds d'abord qu'une orga- _ni,ation de justice révolutionnaire écartait bien des chances d'erreurs, bien
HISTOIRE SOCIALISTE 10 des surprise, de bcsli,ilité: et j'ajoulo qu'il n'e,t ras bon pour la lil)('rté r111e même la vengeance du peuple ressemble à une bouch,•rie. S'il y a là je ne sais quelle hypocrisie de décence sociale, pourquoi le peuple n'en bénéficierait-il pas? cl pourquoi, potnan l a"oir lui aussi des juges à ses ordres, trem perail-il ses bras dans le sang? L'Assemblée renvoya immédiatement la pétition dr la Commune à la Commission e,lraordinaire des Douze.. \u moment ruê•meoù se marquent ces incerlilu1les de la légalité révolulionnaire, Yoic, qu'unr nouvelle grave éclate sur l'Assemblée, et q11edes propositions terribles apparaiss1·nt. A peine la nélégalion de la Commune a-l-ellc fini son c,posé, )lerlin de Thionville monte à la lribune: « J'annonce à l'Assemblée que peut-èlre en ce moment la tranchée s'ouvre devant Thionville. Les Prussiens cl lrs Autrichiens sont rnallres des ayant-postes de Sierk el ùe Rodemack. )Ion p(·re me mande que tous ses concitoyens laisseront leurs , ies sur les remparts plutôt que de se rendre. ( l'ifs applaudissnnent,.) Le comilé de surveillance a plus de quatre cents lellres qui prouvent qne le plan et l'époque de celle attaque étaient connus à Paris; que c'est à Paris qu' st le foyer de la conspiration de Coblentz. Je demande que les femmes et les enfant, des hniql'é, soient p~w· nous des otaqes, et qu'on les rende rnponsables des maux que pourront cau,er les pui.ssances ,,t,·angères coalisées avec eux. " Aim,i la lutte s'annonce effroyable el sombre. Ce n'est pas une guerre ordinaire qui est engagée. L'ennemi ne s'avance pas pour régler un difîérenrt d'Elat à Etat ou pour s'annexer un territoire, il vient pour exercer la vengeance d'un parti. Demain. s'il est le maitre, il tuera les patriotes, il tuera leurs enfants el leurs femmes, et comme c'est dans l'intérêt des émigré~, n'est-il pas jusle de leur appliquer la loi du lalion? Horribles égui1alences ! JI est clair que c'est le premier signal des massacres de septembre: car le jour 011 la passion révolutionnaire sera montée à ce point que les femmes et les enfants des émigrés paieront pour les violences et les crimes des émigrés eux-mômes, qui donc pourra soumettre à des formes légales cc lugubre règlement de compte? L'Assemblée législative, d'un premier mouvement, adopta la motion de ~lcrlin. En ce jour, en celle minute, elle consentit, au fond de sa conscience, aux sanglantes représailles, el il n'est pas permis de s'étonner qu'au jour des massacres, elle n'ait eu ni la force ni le frrme dessin d'intervenir. Elle-m~me, dans le secret de son cœur bouleversé, avait entrevu un instant et accepté la rouge vision. A peine le décret rendu, des protestations s'élevèrent: Merlin lui-même déclara: « On ne doit voir dans la mesure que je propose qu'un moyen d'empêcher des flots de sang de couler. " Pouvait-il donc penser que les émigrés, furieux el ne ravant que massacres, s'arrêteraient par peur de représailles qui pouvaient atteindre les leurs? L'Assemblée donna au décret une autre forme. Elle semblait préoccupée, tout
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