Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALISTE tant prrsquc toutes chr(·licnne•, il n'y a,ail lit ironie ou profanation. Une harmonie toute naturelle s'établissait dans leur âme entre les émotions religit•uses de leur enfance el de leur Jeunesse, douces encore au cœur endolori, el le, hautes émotions sacrées de la liberté, de la patrie, de l'a\'enir. :llab celles-ci étaient plus Yirnntes. Si le prêtre ~•insurge contre la liberté, que le prêtre soit frappé; si la religion ancienne Lente d'obscurcir la foi nouvelle, ln foi à l'humanité libre, que la vieille religion s'éteigne, el que la lam1Je mystique soit remplacée dans l'église même par la lampe du travail sacré, celui qui vêt, abrite, protège les défenseurs de la liberté el du droil. Ainsi jaillissaient des pen,ées nouvelles, ainsi grandissaient de subites rérnltes qui relevaient les fronts inclinés de jadis, el faisaient, si je puis dire, éclater la vollle basse des vieille, églises accoutumées aux sourdes paroles de résignation. Les hommes au, camps ou dans les hôtels de ville, comballanl ou élisant, c'est-à-dire comlJallanl encore, les femmes travaillant dan, les églises d'un travail plus fervent qu'une prière, c'est de tous ces foyers aux lueurs convergentes que Jaillit l'ardente Convention. Mais les partis détournèrent ou brisèrent ce grand mouvement pour l'accaparer. La Gironde pouvait se croire victorieuse el, comme nous l'avons vu, Brissot, dès le 10 septembre, se félicitait du résultat. Il semblait bien, en effet que, hors de Paris, c'est elle qui Lriomphail. A l'égard de la Commune de Paris, de Robespierre el de :\laral, les départements, sans se prononcer nettement ou violemment, avaient quelque défiance. En tout cas llaral, dès le 15 septembre, proclame sa déraile el appelle presque à l'insurrection : • Odieux moyens employés avec succès dans les départements pour appeler à la Convention nationale les traitres qui se sont toujours montrés les plus cruels ennemis du peuple. :\lalheurs qui seront la suite de l'indigne choix des départements, si le peuple ne reste pas debout, jusqu'à la fin des travaux de la Convention. Nécessité indispensable de la faire siéger dans un vaste local sa11sgarde quelco11q11e. - A route du mode décrété d'élection des députés à la Con\'ention nationale, j'ai jeté les hauts cris. (li s'agit de l'élection à deux degrés.) Je n'y voyais qu'un moyen arlificieuAemployé par l'Assemblée pour remplir d'hommes corrompus le conseil suprême de la nation, en conférant à des corps électoraux le choix des représentants du peuple, choix qui appartient essentiellement aux assemblées primaires. J'avais prévu les cab1les odieuses qui agiteraient les électeurs, le5 moyens de séduction qui seraient employés pour les corrompre, el j'arnis résolu l'objection élevée contre les nominations faites immédiatement par les citoyens assemblés dans leurs sections ... Ce que j'ai prévu est arrivé dans Lousles points de l'empire; l'intrigue, la fourberie, la séduction el la vénalité (Holand, l'automate ministériel, a prodigué l'or à pleines mains pour faire nommer Lous les écrivailleurs brissolins) se sont réunis pour influencer les corps électoraux, el porter à la ConYention nationale cleshommes flétris pour leur incivisme, des hommes recou-

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