Jean Jaurès - La Convention I

13J JllSTOlfiE SOCTALISTE mêmr rapital ~•il l'avait placé en propriété induslricllr, en actions de Compa• gnie,. ou en rentes d'État? El en second lieu, n'y aurait-il point Oat:r,1nleinjustice. et môme une manœu\'re conlre-révolulionnaire à dépouiller celle partie de la bourgeoisie patriote, révolutionnaire, qui n'avait pas craint de con,acrcr ~es fonds à l'achat des biens nationaux, tandis qu'on respecterait la fortune des bourgeois timorés ou ho,Liles qui n'avaient pas voulu se commellre a,ec la Ré,·olution? Enfin du coup Loule vente de ce qui restait des biens d'Église, toute vente des biens des émigrés cessait naturellement, et la nation au lieu de disposer de, sommes con-idérables qu'elle pouvait réaliser rapidement par la vente, cl dont elle &\'&ilbesoin, ne cfüposait plus que des revenus des domaines saisis par elle. Ainsi de toutes parts éclataient les impossibilités. Il e,t probaule que si Momoro el Durour araienl été obligés de serrer de près leur propre pensée, ils l'auraient réduite à la formule de Saint-Jmt, c'est-à-dire à la constitution d'un domaine nalional agricole limité, affermé à ceux de~ ciloi·ens qui n·auraient pas possédé de terres el qui n"auraient pa~ eu d'ailleurs des moyens de vivre par lïndustrie. C'est ainsi du moins que j'inl1·rprèle les fragments de Saint-Just que plus lard, et à leur date, je commenterai. En tout cas, la rormule générale et vague de Momoro et Durour était très imprudente, puisque, sans de,-,iner aucun système, sans préparer aucune solution, elle inquiétait tous les propriétaires fonciers, tous les paysans, tous le:;acquéreur, de i,ipns nationaux, el risquait de tourner contre la Révolution tous lt•, 0 mh dr la llholulion. Grave danger! 11u ✓ 01, r,ui prc,iùail les dernières séances de l'assemblée électorale ùe B~rr.ay, eut de la pei11c à protéger contre !"unanime fureur le:, téméraires pro1,agandi.Lb. Si iucoh<'tcnle el si informe que fùt la pensée de ~lomoro, elle ma1quail cependant une ha1d iesse croi•sante. Jusque-là, les plus audacieu~, comme J'alJl,é Dolhicr, u·a,aient parlé de la propriété du sol qu'en termes mystérieux. Yùilà que maintenant, sous la poussée populaire du iO aoùl, sous la pou,séc ré\'OI ution1:aire de la Commune, l'illégitimité de toute propriété territo1-ia1°, au,si bien bourgeoi,e que noble ou ecclésiastique, est proclamée. Dien mieu\, clic s'inscrit dans la Déclaration des Droits de l"homme el elle re,treint singulièrement la por1ée de l'ai licle ancien qui affirme le droit de proprit\lé. c·c,t commo un ébraukmcnt nouveau, confus, mais profond et v~ste qui ,·annonce. 11y eul un émoi assez , i[, el, je le crois, assez sincère. Par la hardiesse des expropriation~ lerriloriales de tout orùrc réalisées déjà, la Révolution se sentait , aguemenl engagée en des opérations plus ba,;ardeuses; et elle craignait, comme en une sorte de ,erlige, de pencher enfin ,ers une loi agraire, inquiétante, inconnue el dont le regard troublé ne trouvait pas le fond. Ame-

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