Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALISTE 10 des surprise, de bcsli,ilité: et j'ajoulo qu'il n'e,t ras bon pour la lil)('rté r111e même la vengeance du peuple ressemble à une bouch,•rie. S'il y a là je ne sais quelle hypocrisie de décence sociale, pourquoi le peuple n'en bénéficierait-il pas? cl pourquoi, potnan l a"oir lui aussi des juges à ses ordres, trem perail-il ses bras dans le sang? L'Assemblée renvoya immédiatement la pétition dr la Commune à la Commission e,lraordinaire des Douze.. \u moment ruê•meoù se marquent ces incerlilu1les de la légalité révolulionnaire, Yoic, qu'unr nouvelle grave éclate sur l'Assemblée, et q11edes propositions terribles apparaiss1·nt. A peine la nélégalion de la Commune a-l-ellc fini son c,posé, )lerlin de Thionville monte à la lribune: « J'annonce à l'Assemblée que peut-èlre en ce moment la tranchée s'ouvre devant Thionville. Les Prussiens cl lrs Autrichiens sont rnallres des ayant-postes de Sierk el ùe Rodemack. )Ion p(·re me mande que tous ses concitoyens laisseront leurs , ies sur les remparts plutôt que de se rendre. ( l'ifs applaudissnnent,.) Le comilé de surveillance a plus de quatre cents lellres qui prouvent qne le plan et l'époque de celle attaque étaient connus à Paris; que c'est à Paris qu' st le foyer de la conspiration de Coblentz. Je demande que les femmes et les enfant, des hniql'é, soient p~w· nous des otaqes, et qu'on les rende rnponsables des maux que pourront cau,er les pui.ssances ,,t,·angères coalisées avec eux. " Aim,i la lutte s'annonce effroyable el sombre. Ce n'est pas une guerre ordinaire qui est engagée. L'ennemi ne s'avance pas pour régler un difîérenrt d'Elat à Etat ou pour s'annexer un territoire, il vient pour exercer la vengeance d'un parti. Demain. s'il est le maitre, il tuera les patriotes, il tuera leurs enfants el leurs femmes, et comme c'est dans l'intérêt des émigré~, n'est-il pas jusle de leur appliquer la loi du lalion? Horribles égui1alences ! JI est clair que c'est le premier signal des massacres de septembre: car le jour 011 la passion révolutionnaire sera montée à ce point que les femmes et les enfants des émigrés paieront pour les violences et les crimes des émigrés eux-mômes, qui donc pourra soumettre à des formes légales cc lugubre règlement de compte? L'Assemblée législative, d'un premier mouvement, adopta la motion de ~lcrlin. En ce jour, en celle minute, elle consentit, au fond de sa conscience, aux sanglantes représailles, el il n'est pas permis de s'étonner qu'au jour des massacres, elle n'ait eu ni la force ni le frrme dessin d'intervenir. Elle-m~me, dans le secret de son cœur bouleversé, avait entrevu un instant et accepté la rouge vision. A peine le décret rendu, des protestations s'élevèrent: Merlin lui-même déclara: « On ne doit voir dans la mesure que je propose qu'un moyen d'empêcher des flots de sang de couler. " Pouvait-il donc penser que les émigrés, furieux el ne ravant que massacres, s'arrêteraient par peur de représailles qui pouvaient atteindre les leurs? L'Assemblée donna au décret une autre forme. Elle semblait préoccupée, tout

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