Jean Jaurès - La Convention I

62 lllSTOIRE SOCIALISTE roi de France ou des Français, le duc de J3runswick. On ajoute que c'est l'or de l'Angleterre qui m'inspire cc ridicule projet. "Je ne repoudrai point à l'accusation de corruption: je n'ai pas eu à cet égard mémc le faible mérite d'un refus, eLje suis assez connu pour qu'aucun mini,Lre en Europe s'imagine pouvoir m·acheler. « Quant à donner le trône au duc de Drunswick, je puis m'étonner peulMre qu'ayant exprimé au mois de juillet iî91 mon opinion sur l'absurdilé el les dangers de la royauté, on me soupçonne aujourd'hui de croire aux grands avantages d'un changement de dynastie. « On m'en a parlé quelquefoi~, et j'ai toujours répondu que celte mesure politique, utile peul-être dans les temps où l'idée d'un droit royal indépendant de la volonté du peuple avait encore des partisans, ne serait plus que dangereuse, dans ce moment où le progrès des lumières a fait disparaitre cet absurde I réjugé. En eITet, tout changement de dynastie amène un prétendant, el alors combien la nécessité de combattre ce prétendant, de réprimer ses partisans, ne produil-elle pas de lois contraires à la liberté! Avec quelle facilité ceux qui défendent les droits du peuple ne sont-ils pas lra l'eslis en défensenrs de la dynastie détrônée ! « Il est donc possible qu'un républicain soit d'avis de conserver une race régnante, jusqu'à ce qu'une trahison bien claire, bien prouvée, en ait rendu l'expulsion possible sans de grandes convulsions, comme cela élail arrivé au mois de juin 1ï91 et esl encore arri\'é depuis, une seconde fois. Mais jamais ce républicain, surtout aujourd'hui, ne voudra d'une nouvelle dynastie, parce qu'elle ne peut être qu'un moyen de perpétuer la royauté. En Angleterre, les républicains qui se trouvaient dans la conl'enlion cle 1688, ne voulaient pas que Guillaume ou ~a femme eussent le nom de roi. « Je n'ai de relations en Angletrrre qu'avec deux ou trois personnes zélées pour la Révolution française, et d'aillenrs étrangères au ministère anglais, ou déclarées c, n'.re lui. J'ai cessé d'écrire au prince Uenri de Pru;:se depuis la HéYoluliun parce que je sarnis qu'il n'en approuvait pas les principes. Je n'écris qu'aux hommes à qui je puis, sans les offenser, dire ma 1.ensée Loule entière. • El il terminait ainsi: « Le plus grand danger de ces inculpations n'est pas de tromper les citoyens sur des hommes dont le dévouement aux intérêts du peuple pourrait lui être utile; c'est d'accréditer des bruits absurdes par lesquels on cherche à décourager les habilanls des départements frontières.» La réponse est belle, calme el forte: au souvenir évoqué de celle vaste correspondance de philosophes, les larges horizons du x,·111s•iècle, tout emplis de lumière sereine, s'oul'rent au delà des fureurs sombres où un moment se resserre l'âme de la patrie. liais quelle diminution poar Robespierre d'avoir obligé Condorcet à celle apologie! Il noas parall aujourd'hui e~traordinaire qu'il ait pu porter une accu-

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