56 HISTOIRE SOCIALISTE Et c'est tout; pendant que ,ous le ,·oile des ténèbres le menrlre continuait, J'Assembli•e re,tc immobile. Elle laisse s'accomplir le travail de nuit. En ces heures r,•doutahlPs el troubles où tous les sentiments se mêlent, il est presque impossible d'aller au fond des conscienres. Peul•être l'Assemblée cul-die le scnlirnrnl que dès la crise du 10 Ao0t elle avait perrlu le conlarl avec le peuple, cl qu'elle ne pouvait rien sur lui. Peut-être songea-t-elle que la patrie menar<'e par l'envahi-seur avait besoin rie toutes les énergies, m~me sau,·ac:es, rt qu'il refouler les excès du peuplP, on risquerait rie briser son élan. El Je de,inr en même temps clans celle ab,tenlion de tri,tes calculs. L'As,emblée el la Commune surprises au plus aigu de leur lulle par celle terrible crise, cherchaient à se charger l'une l'autre. La Commune, au lieu d'agir 1igourememenl, avait consulté l'Assemblée. El •ans doute quelques-un, des politiques de la Gironde pensaient el chuchotaient qu'il fallait laisser à la Commune la responsabilité. Si elle lais,ait faire le peuple, elle se couvrait de sang; si elle le réprimait, ellr entrait elle même en Julie avec les forces exlr~mes qu'elle avait déchaln(•es. Je démèlr dans le journal de Brissot clès Je 2 septemhre une première tentative, très prudente encore, el di,crèt~, pour charger la Commune. - « Dimanrhe 2 septembre. - La municipalité de Paris, pénétrée des dangers de la patrie, et croyant deroir raire un granrl elîort pour électriser les e~prits, a arrNé, dans sa séance de ce malin, de faire rnnner le tocsin, de ra,sembler le peuple au Champ de Mars, de former une armée de soixante-mille hommes pour alleràChalon, ou à tout autre endroit; l'intention de ce projel était bim low.1ble,quoique l'événeme11t a prout'e qu'on e1lld1î y mettre plus de mesure... Des groupes considérahles se sont formés: des hommes y ont répandu qu'en parlant pour aller battre les ennemis extérieurs il fallait se délivrer des ennemis de l'intérieur; ils ont dit qu'il fallait tomher sur les prisons et principalement sur !'Abbaye, quirenferm1il les couspirateurs. Cette idée s·e,t répandue, et à peine le tocsin a-t-il sonné qu'un certain nombre d'hommes s'est porté vers !'Abbaye et vers les Carmes où étaient renfermés les prêtres réfractaires; là ont élé égorgées une foule de viclimes. Nous ne pouvons entrer dans les détails; il faut les donner e~acts, et jusqu'à pré,enl les ver,ions sont dilîérenles; ce qui paratt certain, c'est que beaucoup de sang a coulé. • li n'y pas là seulement un blâme discret. Le journal de Brissot insinue d'une façon àpeinesiinsibleque leshommes répandus dans les groupes exécutaient un mot d'ordre. El surtout, il se prépare visiblement à imputer le « massacre • (c'est le mot dont il se sert) à l'imprudence de la Commune, à son besoin d'excitation théâtrale et de parade. Le lendemain 3 décembre, le Patriote français revient sur la séance du 2. El ici l'antagonisme qui a paralysé tout elîorl d'humanité apparait bien : • Des commissaires de la Commune annoncent, quelque temps après, qu'un grand nombre d'hommes armés et sans armes se portent aux prisons; la
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