Jean Jaurès - La Convention I

lliSTOlfig SOCIALISTE L'artillerie prussienne, dirigée p1rTcmpelhof, ouvre le feu de ses cinquanlequalre pièces; elles Haient placée, sur le fronl de, troupes, sur un plat~au qui faisait fa•e au moulin d~ \'almy, et l'envelo11pait en arc de cerde. L'.,rlillerie française répond aYec une puissance cl une précision qui élon11ent l'ennemi, mais ne le troublent ~oint encor~. Lïnfanlerie prussienne s"ébranle, lentement, avec un ordre admirable, mais sans élan; et d"un pas réglé et ferme elle s·a11proche des pente, où ,"étageait notre armée. En celle-ci, comme si soudain le poids des défaites passées, de Rosbach el des autre,, pesait sur elle, une légère hésitation se marque. Mais que ,•ient faire ici l'omhre du passé? Ce sont des forces toutes neures qui vont vers la ,ie, c'est un monde nouveau qui se lève. Que l'armée prussienne creuse des souvenirs de gloire, comme le mineur extrait un reste d'or des galeries longtemps exploitée,. c•êst un lrésor ,icrge d'enthousiasme el de force que les âmes révolutionnaires portent en elles. Kellermann le sait, el à la minute décisive il évoque le grand frisson de la vie. llebout, immobile sous les boulets qui pleuvent autour de lui, il élùve son chapeau du bout de son épée et crie: \'ive la :-.ation I Toute l"armée, des hauteurs du moulin jusqu'au bas des pentes crie: Vive la Nation! Et tout ce que depuis trois ans ce mot accumulait en soi d'énergies radieuses se communique à tous les cœur;. C'est fini : le cauchemar du passé est dissipé, el de même que sous l'ébranlement de la canonnade le ciel de Valmy, d'abord chargé de nuées, s éclaircit, s'élève cl s'illumine, de même toutes les ombres du doute el de la crainte sont dissipl•c; en un in,lanl. C'est maintenant l"armée prussienne qui s'étonne. Ce cri retentit en elle comme le cri de tout un peuple. Est-ce donc toute une nation qu'il faut comballre? Les artilleurs français, négligeant de répondre malgré ses ravages à l'artillerie prussienne, c,mc~nlrent tous leur.; coups et envoient tous leurs boulets sur l'infanterie décimée. Le duc de Brunswick s"elfraie : ne va-l-il pas perdre, dans celle sorte d'assaut à découvert, le meilleur de son armée? Il l'arrête d'abord: puis, aprè; quelques minutes d'hésitations affolantes, il prononce la décisive parole: "Ce n'est pas ici que nous nou, ballons. • J/1er schlaqen wir niclit. Et la retraite commença : l'armée prussienne se replia sur le plateau. Il semble bien, clans les rè;,les ordinaires rlela guerre, que c'était à peine une défaite. On s"aperçoit en donnant l'assaut à une position ennemie qu'elle e,t plus forte cl mieux défendue qu'on ne lïmaginait. On renonce à l"alli1que pour ne pas gaspiller ses forces. C'est un incident sans grande portée et un mécompte aisément réparable. Et pourtant, à partir de cette heure, le ressort de r armée prussienne r111

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