66 lllSTOll\E SOCIALISTE Enfin, dans le numéro du 3 seplembre, mais dans un article daté du 2, Carra adresse le ()lus ,i·h6ment appel patriotique et révolutionnaire « à tous les Français en étal de porter les armes: « Ftançais, hommes lïbres, vous « tous qui pouvez porter les armes, vous tous que le feu du patriotisme rend • cfo fois plus forts et plus élastiques que les dix kreutzer.,; el les cent coups • de JJàton donnés chaque jour aux soldats de François el de Guillaume, hàtez- " rnus de former une enceinle formidable au milieu de laquelle vous lra- « querez à coups de canon, cle fusil, de pique el de faulx, celle meute de loups • et de chiens enragés, conduite par le bravache Brnns'ilick el l'insolent Clair- • fayl. Que le tocsin continue à se /aire entendre pendant plusieurs jours du , nord au sud, et de l'est à l'ouest dans toute l'étendue de cet empire, et qu'il « annonce à toute la terre la défaite des tyrans et la déroute entière de leurs • satellites. Oui, que dans un mois au plus celle nuée de Prus,iens et d'Au- • trichiens, victimes de l'orgueil el de la rage de leurs chefs insensés, dis- • paraisse de la surrace de cette terre sacrée. » Ainsi la verve un peu facile et souvent vulgaire de Carra s'anime jusqu'à l'enthousiasme. Et il finit par une sorle de tableau familier el vaste où le soulèvement de la France libre a quelque chose de l'irrésistible cl primitive puissance des grandes migrations humaines. C'est comme nn retour sublime à la simplicité de la vie dans le monde naissant: « Pour marcher à cette formidable expédilion, réuni;;sez-vous par compagnies de cent hommes chacune, et que chacune de ces compagnies ail sur ùes chariots sa provision de farine, de fèves, de haricots, de bi,cuil ceci est imporlant, car vous pourriez être privés de viHcs dam; certaines rirconstances); que les plus riches partagent leurs provisions et li'ur argent a~Pc leurs frères - camarades de campagne; que tous les chcvau, de l'empire soient employés à l'expédition; que les boutiques et les ateliers de luxe soient fermés pendant ce lemps-là; qne le commerce cesse pour un moment, et qu~ toute la France, hèri,sée de baïonnettes et de piques, fonde d'un seul jet et de tous côtés, sur cette troupe impie et sacrilège de ,atellites étrangers et l'elfacc toute entière du nombre des vivants. Amis, suivons ces me,ures à la lettre et nous sommes mathématiquement sùrs d'un triomphe dont l'histoire passée et future ne fournira jamais d'e.,emple. 11 C'est ,•raiment, sur une terre de civilisation, de richesse, de liberté et de douceur, comme une prodigieuse mobilisation des tribus primitives. Je ne sais quel souffle ,igourcu, et salubre des forêts profondes emplit la poitrine des guerriers, el ks coteam, les vallons et les plaines semblent ,·er,cr tous leurs produits aux chariots de la Ré\'olution. Pendant que Carra, passionné jusqu'à l'éloquence, s'exalte ainsi, bien au-dessus de ses vuigarilés coutumières, pendant que son cœur bal a\'ec tontes les cloches irritées el grondantes de la pairie en péril, jusle à la même minute Robespierre le dénonce, lui et son parti, comme le complice de Brunswick. J'ai vonlu, il le fallait,
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