Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALISTE 17 l la vanité de la vie, décel'anle comme un son~e. Oès lors une ombre inelîaçable était sur eux, et une mélancolie mortelle. En vain ils s'agitent, dénoncent, accusent, multiplient les motions : 0.1 sent en eux je ne sais qnoi de las,é et de factice : c·cst r,,rlJre mordu à la racine qui s"épui~e en frondaisons maladil•es et snrabondan les. Robespierre, lui, n'était pas épuisé, ni mélancolique, ni las. D'un esprit acéré el d'un regard profond, il cherchait à travers la complication des choses sa route et celle de la Révolution. i\lais s'il n"était pas vieilli par la fatigue, il !"était par la haine: il pouvait compter son âge aux couches de haine qui s'étaient succes,ivement déposées dans son cœur. Contre Mirabeau, contre Duporl,contre Barnave, contre Lafayette, contre ceu.\ qui l'éclii;saienl ou le raillaient, contre ceux aussi r,ui méconnaissaient sa foi profonde en la démocratie, il avait lutté; ~uis d'autres s'étaient levés qu'il avait encore fallucomballre, qu'il avait encore fallu haïr. Et sur la Convention nouvelle, il semblait que ces Girondins détesté avaient de fortes prises: serait-il condamné encore à renouveler sa haine, pour l'étendre à toute l'Assemblée dont la Révolution el la France attendaient le salut"/ Ainsi, comme un sombre lac <lemontagne où ont roulé bien des débris, la Convention était d'emblée comme uu vaste a!Jlme ob,cur où, à des prorcndeurs cliler,es, remuaient des cboses du passé. Et pourtant, en celle grande assemblée, si vieille à sa nai:,sance par les passions et les souvenirs, éclataient u11ejeunesse extraordinaire et une admirable force virile. Deux grandes choses renouvelaient les cœurs: lïntensité du drame et sa clarté. Il ne s'a:;issait plus de biaiser, de combiner des ru,es. Le roi était captif: qu'en fallail-il faire? Question tragique. La royauté était à bas: quel édifice construire sur le sol bouleversé? Question impérieuse. La guerre s'étenrtail, s'amplifiait. Comment la soutenir? EL quel terme, quel but lui assigner? Question de vie ou de mort. A.u foyer de ces problèmes J'àme de la Convention brûlait. Malheur aux imprudents! l\lais aussi, dès le premier jour, malheur aux tièdes ! Da1,lon comprit d'emblée que pour pouvoir s'engager à fond dans la carrière de la République et de la guerre révolutionnaire, il fallait d'abord rassurer et unir les esprits. Les prédications de Momoro et des autres a,aicut etfrayé les possédants, petits et grands. Danton veut dissiper leurs craintes. Les polémiques forcenées de la Gironde avaient persuadé à plusieurs qu·en etfel, Danton, Marat, Robespierre, prétendaient à la dictature: qu'on en finisse avec cette légende du triumvirat! La Frauce commençait à redouter le despotisme de Paris: qu'il soit bien entr11ùu que toute loi ne sera loi que par la ralificatiou du peuple enlier, par le consentement formel de la France! li monta à la tribune le 21 ,eptembre: « Arnnl d'exprimer mon opinion sur le premier acte que doit faire l'As. semblée national~, qu'il me soit permis 1e résigner dans son sein-les fonctions

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