Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOI l\E SOCI.\ LISTE se seulil protégé par Danton, cuu,·trl par s, !(lilllde popularil6 contre le soupçon et l'intrigue. Ainsi allégé, Dumouriez seconda mcr,·eilleti-emenl le grand révolutionnaire. Les qualité, maitresses <lece cher, re,té allèf!rc et jeune à cinquante-trois ans, c'étaient la rnuples,e d'esprit, la confiance ccmmu~icaû1e en soi et en la fortune, et au,,i j' ne sais quelle façon noble el grande de faire appel à des passions qu'il 11en•s~entail qu'à demi. Son rérn, dès longtemps poursuivi, était d'envahir la 13elgique, de l'arracher à l'l~mpereur d'Autriche. Et ce fut son premier plan en aoOt, clès qu'J] fut nommé au commandement de l"armée abandonnée par L·,fayetle. Qu'importe, disait-il encore à la fin d'auùt, que les coafüés s\11ance11l, qu'importe qu'ils in,e,ti,sent les places fortes? En portant la guerre en Belgique nous les déconcerterons, !lOU5 les o!Jligerons à arrêter leur marche sur Paris, pour couvrir leur propre territoire, pou, arrêter la propagande arm,·e de la Révolution pénétr,tnl chez eux. Et il s'obstinait à rester au camp de la 1laulde, tout près des points les plus vuluéra!Jlcs de la lk•lgi']ne: il ne craint pas de découvrir son plan, dè, le 18 aoOI, à l'Ass• m!Jlée Légi,Jalive, et il le fait en paroles émournnles el hardies, toutes pleines de la grandeur antique: • Je m'occuperai de la nouvelle entreprise de porter nos justes armes et notre liberté clans les provinces frontières qui gémissent sous le despoti,me; c'est ainsi que le peuple romain tramporlait une armée en Afrique pendant qu' Annibal était aux portes de Rome. • Oui, mais Annibal était déjà u,,·. var quinze ans de combats en llalie; et Rumc, ayant retrouvé tout son ,angfroiù dans ce Iong clîorl, pournit sans an.;o',-e voir partir son armé,. Il cùt èté imprudent d'emmener d'emblée les lruupes romaines sur le sol alricai11. Pourtant Dumouriez s'obstine : c'est l"o!Tc11siveseule, dit-il, qui peut sau,·er la France. El au I eu d'aller lui-m~me à Sedan, il l'envoie, pour orga1,i,er la défense des places dans la vallée de la Meuse, un brillant offlcier polonais, Waczynsky. Avant même d'avoir agi, il sait inspirer confiance à l'Ass,•111!Jléea,ux patriotes: il a des mots ,impies el beaux. Il écrit à J'.-ls,semùlée qu'il se sent élevé par le décret qui l'a-sure« de la confiance de la plus no!Jle des nations •· Décidera-t-il le gouvernement de Paris à approu,·er la dh-crsion hardie el a,·entureuse qu'il veut tenter? Long11y tombe le 24 aoùl, h~aucoup plus lôt que Dumouriez ne !"espérait. Yerdun est investi. li est oùligé de se rapprocher des événements. JI court à l'armée des Ardennes el, le 28, il est à llézières. Là, comme en témoignent les documents d'archil'c, conrnllés par 11-Chuquet, il persiste encore dans l'idée d'envahir la Belgique. Le ministre de la guerre, Servan, le supplie de couvrir Paris. Verdun tombe. ·Dumouriez comprend qu"il ne peut plus porter la lulle au dehors, et immérliatement, avec cette promptitude de décision qui fait sa force, il trace son plan (le défense. Entre la vallée de la Meuse et la vallée de l'Aisne, entre la Lorraine où s·avance l'ennemi el la Champagne pouilleuse par où il veur marcher sur Paris, s'étend la forOl de l'Argonne, coupée d'étroits défilés. • C'est là,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==