54 lIISTOII\ E SOCIALISTE « Le p1'ocureurde la Commune demande que chaque section soit invide à ,·éclamer ceux de son arrondissement qui sont détenus pour causrs énoncées ci-des,m, ainsi que lrs militaires détenus pow· faits de di.~cipline. « Sur la proposition de faire sorlir de Sain le-Pélagie les prisonniers qui y sonl puremcnl pour delles el reconnus comme lels par la vérification <le l'écrou, le Conseil arréle que la prison de Sainle-Pélagie sera ouverle. « On propose pour amendement de faire sortir de prison tous ceux qui y sonl pour delles el pour mois de nourrice, ainsi que pour causes civiles. Arr<'lé. » Ainsi, el de Loule 6vidence, le premier mouvement de la Commune est de ne protéger que les prisonniers pour delles. El par cela seul qu'elle ne s'occupait pas des autres, elle les livrait. Elle faisait ol'ficiellcmenl detn catégories parmi les prisonniers : ceux qui ne devaient pas êlre égorgés, el les autres. Yoilà la première pensée de la Commune, el elle aura beau revenir ensuile à des sentiments plus humains, cette pensée première, ~ub,istant malgré tou l, empôcbera toute démarche décisil'e. D'où vient celle abstention complaisante de la Commune? ~·eut-elle point assez de largeur /!'Il.meet de 1)ensée pour s'élever au-dessus de ces ru~curs d'un jour el pour songer à l'humaniLé el à l'avenir? Il me parait peu probable, quelle que ftlt son exallalion, qu'elle ail pen»é qu'il y aurait péril 1,oQr la Révolution à Jaisser juger les prévenQs par le tribunal criminel èlu 17 aoO.t. Craignait-elle de paraître désa.-ouel' Marat, son inspirateur, son journaliste quasi officiel, qui le i9 ao.tU avait mont.ré au _peupleJe chemin de !'Abbaye et conseillé le mas.acre? Elle avaii si souvent dénoncé depnÏi; le Dh Aoûl les 1enteurs dcJajustice, les hésitations des pournir,légam, qu·eue n'osait pas intervenir JJO.ur .al'l'ht.er « la justice d1:1 peup'le • enlia dùchalnèe. Qui sait il'ailleurs si, e:n a1'1'e.tanc1e .mouvem6fl1JI0__pulair.e,lle :n '6II désig-nerail pas les .auteurs àla vengeance des lois1 P.our g.l:l'ilHll. impnlli ù faDail quïl fo.l victorieux_ Peul-être aussi, malgré J'appaTente réconciliation au malin el les flatteuses effusions de Vergniaud, la Commune meurtrie en son amour-propre aussi bien qu'en son pouvoir, par le décret de l'Assemblée qui l'avait dissoute, n'était-elle point fàchée de montrer à la Législative qu'en se débarrassant de la Commune révolutionnaire, elle nes'élait pas débarrassée du peuple révolutionnaire. « Elle nous a brisés; elle éprouvera mlintenanl jusqu'où va la passion du peuple quand elle se' déploie spontanément el n'a plus de l'égulateur. » Enfin j'imagine, sur des indices que je relèverai tout à l'heure, qu'elle entrevit dans ce mouvement populaire, dans cette terrible agitation qui confondait à nouveau toutes les notions de léga1ité, une occasion de prolonger son pouvoir révolutionnaire, de s'imposer à la Législative finissante et à la Convention qui allait ,•egir. Justement la Frnnce était en plein travail électoral; les événements semblaient marquer d'un sceau de révolution même les -puissances légales qui se formaient en une -pal"eillecrise.
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