Jean Jaurès - La Convention I

1 '.0 ll!S'l'OIRE SOCIAL!S'l'r; el ,·oilcr sa tMsc, en annonçant que par des moyens tutélaires el doux les fortunes colossales seraient diminufrs, il ne ferme, en réalité, que les sources déjà fermées ou taries par la Rél'olution: pensions de cour, bénéfices d'église. li lais,e toutes vives el toutes jaillissantes les grnndes sources de fortune bourgeoise, le grand commerce, la grande indu,lrie. El il a raison de dire que ce n'est point par d'innombrables et pauvres filets d'eau, mais par i,rands fleuves et grandes ma•ses que doit couler la force de production el de richesse. li oppose donc souverainement à l'idée de la staf(nalion et de la dissémination agricole le hardi capitali,me progressif qui devait dominer toute la période moderne et qui prépare lentement les éléments de l'ordre socialiste. Chose curieuse! Le m~me fantôme de • loi agraire » et de • partage • dont on se serrnil il y a cent dix ans contre la R6-·olution bourgeoise, on s·en sert aujourd'hui contre la Rérnlulion prolétarienne. c·esl nous, socialistes, qui sommes maintenant traités de partageux, el sou,ent par les descendants de ces bourgeois rérnlutionnaires qui furent appelés parlageux par le;; ennemi, de la ~éYolution. Contre nous aussi, on es,aie de per;uader au~ paysans que nous ,·oulons procéder à un partage uni1er,c1. Reproche puéril el abgurde, bien plus inepte aujourd'hui, appliqué aux socialistes, quïl ne l'était il y a plus d'un siècle appliqué aux ré,olulionnaires bourgeois. Car si, à la fin de i,02, il y aYait déjit une civilisation industrielle que l'unhersel partage des terres aurait 'ruinée, si déjà les ouvriers industriels trouvaient dans leur salaire plus de bien-être qu'ils n'en auraient eu aux champs avec leur misérable fragment de propriété, combien aujourd'hui la chute serait plus terrible encore a,ec les grandes cité;; prodigieusement accrues, avec la force industrielle el ouvrière plus que décuplée! Et j'ai à peine besoin d'ajonter que clans l'ordre industriel aussi, les sociali,;les ne songent pas à démembrer, à décomposer les vastes organismes. Non, ils ne veulent pas disséminer en d'innombrables filets impuissants la force croissante du grand fleuve. Ces flemes de la grande production moderne, ils les veulent, au contraire, élargir et approfondir; et ils veulent les mettre en communication les uns avec les autres pour qu'ils ne forment qu'un système, 'à la fois centralisé el dlvers, portant partout la fécondité et la vie. Seulement œs fleuves, nous ne voulons pas, pour continuer l'image de Clootz, qu'une minorité les exploite, el s'approprie au détriment de la communauté travailleuse le bénéfice de la pêche, de la navigation, des forces motrices. Nous ne voulons pas briser les grands cadres de la production moderne, mais nous voulons y ir ,taller la souveraineté du travail organisé. Il est visible, au Ion passionné el ]Jressanl du grand banquier, que l'idé,' de la loi agraire avait fait plus de progrès dans les esprits que d'habitude Oll ne l'imagine. Ou du moins, les propriétaires commençaient à s'en inquiéter sérieusement. Ce qu'il raconte des administrateurs de Reims est significatif.

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