68 ll!S'l'OIRE SOCIALISTE au iO aoùl il avail laissé la Commune agir seule et seule se risquer. 11ne s'élail joinL à elle qu'au lendemain de la victoire. El avec une hahilelé infinie il s'étail servi de cet effacement même pour flaller la Commune. C'esl elle, elle seule qui avait sauvé la palrie; el Rob~spierre savail, si je puis dire, faire ,aloir sa propre absence pour ajouler à l'orguPil révolutionnaire de la Commune du 10 Aoùl. Qu'ils étaient grands ces hommes, puisqu'ils avaient un litre auquel Robespierre lui-même ne pouvait prétendre! ~lais lei" septembre, tout en les counant encore de témoignages flalleurs au,quels ils élairnl tr/>s,ensibles. tout en leur apporlanl un 1laidoyer puis•anl que dans l'étal un peu incerl~in de l'opinion ils accueillirent avec reconnaissance, Robespierre aYail paru fléchir. Il avait douté du droit de la Commune. Il lui avait conseillé de s'incliner sous le décret cleclissolulion. Il l'availainsi considérée, en somme, comme une force épuisée. Or voici que le surlendemain même du décret qui la frappait, elle manifeslail une vitalité extraordinaire. L'Assemblée, hésitante el LroulJlée, remaniai l son décret. El surtout, au premier vent de défaite et d'hrroï~me, celle Commune révolutionnaire, qu'on avait cru enfouie sous une cendre de légalité, jaillissait de nouveau comme une grande flamme. C'est elle qui prenail, pour ainsi dire, la direction de la défense nalionale. C'est elle qui mellait Paris debout. A ne point se solidariser avec elle, Robespierre perdail toul contact avec le peuple, avec la force de vie. ELvoilà pourquoi Robespierre se hâlait de 0aller la passion de haine que la Commune portail à la Gironde. Au moment où, par la crise de la patrie, ceux-là étaient perdus qui étaient suspects de trahison ou même de tiédeur, il fournissait à la Commune l'argument le plus terrible contre la Gironde, prétendue complice et servante de Brumwick. Il excellail à ce, coups empoisonnés el mortels. Quand Lafayelle élail au plus bas, quand il élail méprbé el haï, c'est avec Lafayelle que Robespierre, par d'ingénieuses déductions et des rai,onnemenls perfides, solidarisait la Gironde. ~Iaintenant Laf'ayelle s·esl évanoui. ELla prison autrichienne, refermée sur lui, le préserve un peu de l'impopularité ,•iolenle. D'ailleurs, en volant sa mise en accusaLion, les Girondins onl rompu le nœud mortel dont Robespierre les liait au général feuillant. Ilrunswick e,l au premier plan des baines. C'est donc avec Brunswick qu'il faut solidariser la Gironde. Quelle arme plus formidable aurait pu trouver Rouespierre contre ses rivaux? El quelle volupté plus àpre aurait-il pu procurer à la Commune qu'il voulait s'attacher? Cela Je dispensait dese solidal"iser expressément avec elle ou avec son Comité de surveillance dans l'œuvre de sang qui s·accomplissail à !'Abbaye, à la Conciergerie. Sa haine contre la Gironde suffisait à tout. Elle le rendait pour ainsi dire impénéLralJle aux événements, elle le prolé!(eail contre toute autre responsabilité immédiate. Mais Robespierre ne cherclwil pas seulement en cette soirée du 2 septemlJre, à nouer entre la l1é1olu1ion parisienne el lui un lien de fer el de
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