Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOII\E SOCIALISTE n.:; à peine de la servitude féodale et de l'arbilraire royal, il n'y a rien, rien que le désordre stérile et l'anarchie contre-rérnlulionnaire, une cta,se qni s'oppose à ces atteinte~ désordonnées ne fait pas œuvre égo!slc : elle fait œuvrr bi,lorique el universelle. Elle ne se sauve point seulement elle-même : elle sauve toute la nation nouvelle, Ioule !"humanité nouvelle, et en préservanl la terre de la Révolulion, elle préserve les germes dt'hiles des Révolutions nouvelles qui y tressaillent obscurément. Lors,,ue des socialbles accusent ou mallrailenl la Convention, quand ils la rababsenl à n'être qu'une Asse~- blée de classe, ils abusent contre elle de son œuvre môme qui a permis l'éclosion du socialisme moderne. Marx ètail plus juste pour elle, et il la i;loriflait. C'était donc bien au centre de la Révolution el de la vie que se plarait Danton. C'était bien au centre même de l'action qu'il rnulail rallier toutes le, Yolonlés, tous les esprits. Cette fois encore il s·crrorçait de préYenir les déchirement,; funestes, et d'emporter dans un large mouvement les passions qui se heurlaienl. 'roujours il marquait, avec une ,ilrelo admirable, le point où toutes les énergie, nationales pouvaient el devaient s'unir. Baudot, le grand conYentionnel, donl Quinet toul jeune aimait le ,isage triste et doux, el qui a laissé sur les hommes et les choses de la llévolulion des notes d'un inlérêl exceptionnel, Baudot a dit de Danton qu'il (·lait« un souverain révolutionnaire » el non pas un usurpateur. li entendait par lit qu'il gouvernail les esprits par de grands el nohlcs moyens, non par des procédés astucieux ou obliques, el que le secret de rn force était d'agir plus hardiment el plus nettement que les autres dans le sens des grands inlérèls communs. Jamais il n'exerça plus noblement cette souYerainelé révolulionnaire que le jour où, après avoir donné tout son cœur, toute son énergie à la défense du sol envahi, il traçait à la Convention, en lui remettant ses pouYoirs ministériels inconciliables arnc son mandat de député, ce large plan de concorde, de sagesse et de vigueur. Mais voici que Collot d'Herbois se lève et en quelques mots demande it l'Assemblée de remplir, sans perdre une minute, le vœu national : de décréter l'abolition de la 1·oya111é. Ce ne sera pas empiéter sur la volonté nationale : ce sera la consacrer. Ce ne sera pas attenter au droit des assemblées primaires: ce sera seulement en devancer l'exercice. " Qu'est il besoin de discuter, s'écrie Grégoire, quand tout le monde est d'acco1·d? Les rois sonl dans l'ordre moral ce que les monstres sont dans l'ordre physique. Les cours sont l'atelier du crime, le foyer de la corruption el la tanière des lyrans. L'histoire des rois est le martyrologe des nations! » L'Assemblée couvrail d'applaudissements cette philosophie un p~u sommaire, celte pensée de combat. Dans la crise sui rême de la lutte, les Ilévo-

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