Jean Jaurès - La Convention I

Il ISTOI RE SOCIALISTE i9l llfais Vergniaud, en sa grande imaginalion sereine, fil évanouir les ombres de la mort. La victoire de la liberté, c'était la victoire de la vie; c'était la résurrection des peuples: el ceux qui tombaient pour celte œuvre de vie pouvaient redire l'audacieuse parole: 0 mort, où est ton aiguillon? ~ Chantez donc, s'écria-t-il, chantez une , ictoire qui sera celle de l'humanité. Il a péri des hommes, mais c'est pour qu'il n'en p6risse plus. Je le jure au nom de la fraternité universelle que vous allez établir, chacun de vos combats sera un pas vers la paix, l'humanité el le bonheur des peuples. » La Convention, libérée des scrupules tristes et élevée au-de~sus de la mort même, décréta une grande fêle nationale. Comme en ces jours d'été spJ,,ndide où l'universel rayonnement de lumière semble exclure la possibilité même de la souffrance el de la nuit, toute pensée triste était absorbée mlintenant en une splendeur de liberté el de gloire. La lumière antique avait eu parrois celte sérénité; elle n'avait jamais eu celle vie de flamme, celle expansion ardente au delà de l'horizon étroit de la cité, sur toute l'étendue de la race humaine. C'esl sans résistance que Mons ouvrit ses portes le 8 novembre. En mettant les mains sur les clefs de la cité, Dumouriez dit aux magistrats : • )(ous venons comme frères el amis.• C'est aux cris de:« Vile la République! vive la liberté!» que l'armée fut accueillie dans la ville, el immédiatement la province du Hainaut, dont Moos était la capitale, s'organisa démocratiquement. Elle nomma, au scrutin du peuple enlier, 30 magistrats, une sorte de directoire directement élu par le suffrage universel. Le 12 novembre Charleroi elail occupo par le général Valence; le 11, üumouriez entrait triompbalement à Bruxelles. « llier, écrivit-il le 14 au Président de la Comention, je me suis présenté devant Bruxelles; avec mon avant-garde. Les Autrichiens m·onl disputé les hauteurs d'Anderlecht. Je n'ai pas voulu exposer mes IJraves camarades à répandre un sang inutile, la nuit arrivant; j'ai bivouaqué, el le matin j'ai été reçu dans Bruxelles, comme libérateur de :a nation. ( l'i(s applaudissemenls.J L'armée de la République est plus animée que jamais; on peut lui donner pour épigraphe: Vires acquiril eundo. ( Vifs applcrndissemenls.) » Enfin, en quelques semaines, Liégc, Gand, Anvers, Namur Curent occupés. Ce n'était guère plus qu'une promenade triomphale. Mais peut-être enlre la France révolutionnaire et la Belgique libérée y avait-il un malentendu. Aux yeux de la France, c'était surtout, si je puis dire, une libération révolutionnaire; aux yeux de la Ilelgique, c'était surtout une libération nationale. Pleine de sympathie pour les Français qui chassaient !'Autrichien, la nation belge entendait surtout user de son indépendance reconquise pour garder ou restaurer ses vieilles coutumes. L'Eglise, les corporations bourgeoises y étaient puissantes; el c'est sur un étang aux eaux un peu lourdes que passait le souffle de la Révolution. llagilait la surface et rebroussait les flots; il ne remuait pas

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