Jean Jaurès - La Convention I

JIISTOlllE SOCIALISTE 73 L'audace de cc manifeste mcurtrierélailgrande, et il démontre que la Commune de septembre avait de vastes espérances. Elle brise, en fait, la J,i•gi,lative, el se dresse comme la ,•érilable autorité nationale. Elle cherche à susciter une immense fédération de communes révolutionnaires, agb,anl sur le modèle de celle de Paris, el elle leur promet, pour ménag-er les amours-propres, qu'aussilot la Révolution sauvée, Paris se perdra dans la multitude des communes. Enfin, elle essaie de pousser les autres villes, les autres communes à des massacres comme ceux de Paris, pour créer entre elles l'indestructible lien d'une solidarité sanglante. C'est bien un gouvernement qui s'affirme. Sïl avait été écouté, les élections se ,eraient faites sous une sorte ùe terreur démocratique et patriotique, et la Gironde visée par Robespierre, au lieu de ne succomber qu'en mai 1703 aurait succoml.Jéen septembre iî02. . Mais ce plan si hardi, si net, se brisa sur trois obstarles. D'abord, loin que la contagion du meurtre s'étendll, il y cul presque partout horreur du sang versé. Le massacre des prisonniers d'Orléans tués à Versailles quelques jours après n·e:;t qu'une dernière 1ague sanglante de la triste houle presque partout apaisée. Il est bien vrai que les journaux de la Gironde n'osrnt d'abord protester que faiblement contre les violences du 2 et du 3. Condorcet luimême n'appuie pas et demande seulement qu'on détourne le peupie • de l'effervescence des vengeances domestiques •, pour le diriger ver, des objets bien plus grands, bien plus importants. ~lais si le blâme de ceux que les mas-acres affligent ou révoltent est discret cl comme voilé, il y a embarras et malaise chez ceu, même qui les approuvent. Le journal de Prurlhomme, les Révolutions de Paris, les raconte dam son numéro du i" au 8, sous le titre : La justice du peuple. Il les explique et les justifie par le complot présumé des prisom : • A un signal convenu, toutes les prisons de Paris devaient s'ouvrir à la même heure, les détenus étaient armés en sortant avec les fusils el autres instruments guerriers que nous avons laissé le temps aux aristocrntPS de cacher en publiant plusieurs jours d'avance une visite domiciliaire; les cachots de la Force étaient garnis de munitions à cet effet..... Ces bandes de démons en liberté, grossies de tous les aristocrates tapis au fond de leurs hôtels depuis la Saint-Laurent (10 aoQt), sous le commandement des orficiers trait•~~ envoyés à !'Abbaye, commençaient par s'emparer des postes princip1u, et ae leurs canons. • Voilà les premières rumeurs. Voici maintenant le massacre : • Le peuple les attèndait à la porte (les détenus) pour les immoler à la vindicte publique. L'exécution faite, on poussait le cri de l'ive la nalio111 comme pour faire entendre qu'un peuple libre, ainsi que le corp~ humain, doit sa santé politique au retranchement de ses membres gangrenés. Le sang coulait, et chacun de ceux qui avaient des armes semblaient se disputer l'honneur de concourir à ce gran 1 acte de Justice ... Les députés ne purent

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