Jean Jaurès - La Convention I

11ISTO Il\ E SUC 1.\ LISTE 1G:.l quelque, notes profondes, fai•ail mainlenanl monter aux yeux des larmes exaltées 1 Sur lïnslrument souple, léger cl fragile, il semble que l'archel pubsanl de Danton soit passé. A ces beaux appel~ le peuple répondait; les pay~1ns accouraient armés, el le général, familier, alcrlc, partageant à la couch,•e la paille du soldal, le• rec1'vaila,·ec un soudre. Les ouvriers quittaienl les usirn"~,les forges, pour déf,•rnlre la liberlé. De la pelile ville de Moulon, deu, cents \élérans rejoignaient Dumouriez : seuls, les gentilshommes verriers, nomhreu, dans l,·s \'erreries de la vallée de la )Jeuse, allèrent t, l"émi3ration, à l'ennemi. .\lwrration singulière : ces hommes, de race noble, a,aient obtenu raulorisatir,n de travailler san, déroger au travail du ,erre; c'étaient, eu somme, de vrai, ouvrier, ~ournant le verre cueilli au bassin ardenl. )[ai,, dan, leur paul'relé. dans la sécheresse de leur corps allénué par h force du feu, l"orgueil inlrailable du <renlilhomme, du nohle, durait toujours: ils allèrent, eux, les hommes de tra,·ail et de Oammr, Yèr< la noble,:;,• oisire qui Yen:iit, mus les drapeaux de l"étranger, réclame. son droit au parasitisme élernel. Ils allèrent tous au pa,sé où leur Yanité les liait, et ils ne comprirent pas quïls (•laient, au conlraire, une figure étrange cle l'a\'enir lointain, où toute la rare humaine sera nohle el confirmera •1 nohlrs,e par le travail fraternel el 'acré. Puisqu'une parcelle du t1·a,-ailéllit par eux rèpuléc noble, pourquoi pas loul le lra,ail? Dumouriez ne réussit pa, à fermer les • Thermopyles dr h France•· Et à vrai di1e, awc ses ~cizP mille hommes, il lui était difficil,', m ,l!!ré ,on activité infali~ahle, de barrer lrs cinq défilés. L"ennemi ,·empua ,1,, la Crcix-autBois, el par là, tournant les autres défilés, en rendit la défcn,e à la fois inutile et impossible. Il y eut même le 15, à ~fonlchenin, une courte panique, que Dumouriez n'arr~ta qu'à force d'énergie. ~tais, pendant quïl rési,lait ainsi, pendanl que, près de dix jours, il embarrassait et suspendait dans l'Argonne h marche de l'envahisseur, il s·assurait deux avanlagrs décisifs. D'abor,l il donnait à ses troupes du camp de Maulde d'un côté, à l"armée de '.\letz el à Kellermann de l'autre, le temps d'aller vers lui, èe le joindre; el grâce à cette jonction des armées que Danton salue à la Conventior. d"un cri de triomphe, il pourra bientôt, et au sortir même de l'Argonne, à \'almy, opposer plus de cinquanle mille hommes am quarante mille de l'armée de Brunswick. En second lieu, il aggravait, si je puis dire, la las,itude·physique et morale, la pe~anteur d'esprit el de corps de l'armée ennemie. Le duc de llrunswick, pressentant dans cette guerre je ne sais quel redoutable mystère, une force neave et inconnue contre laquelle se briserait peut-Otre sa gloire. avait élé opposé à toute invasion. Il avait dt\ obéir, mais il gardait un ctoate paralysant, et en face de Dumouriez, loul décision et aclion, il était lui,

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