Jean Jaurès - La Convention I

lllSTOlnE SOClALISTI> seuil même <!eln grande A0semhlée, le; parti; 1évolutionnaires en lutte continuent les défis, les menaces qu'ils échangent clt<puisle 10 aoùt. ~Jais pendant que s'accumulent ai11;i, dans l'horizon étroit cl ardent de Paris, les électricités contraires, les soldats de la llérnlulion livrent à la frontière, contre les premiers assauts du clespotbmc universel, la bataillr de la liberté. Longwy avait capitulé; Verdun, malgré l'héroïi1ue résistance de B,•aurepaire, qui s'étail rnicidéplutôt que designer la capitulalion,s'étail lilré au,,i le 4 septembre. Mais le cœur de la Révolution ne 0échit point. E~t-il vrai que les ministres girondins songèrent en aoOt el seple::1ure à quitter Paris, à transporter au sud de la Loire le conseil exécutif, le roi, la Convention? lis eurent évidemment quelques ,clléilés de retraite, ou du moins ils examinèrent celte hypothèse, sans qu'il soit permis de savoir à quel degré ils y entrèrent. C'est en juillet, avant que Roland !Otredevcnu minblre, que Je sujet fut abordé la première fois. « Un jour, dit Barbaroux, que nous reYenions, Rebecqui et moi, lies Champs-Elysées, où nous nous étions entretenus ùe nos proj els rconlre la royauté), nous rencontrâmes Holand et Lanthenas ... :'.ous les embra-;,imes avec transport; Roland nous témoigna le dé:,ir de :conférer avec noth sur les malheurs publics; nous co111lnmes <1ueje me rendrais chez lui Je lendemain, seul, pour échapper aux regards des espions. Je lus exact au rendez-1ous. Roland logeait dans une mabon de l,t rue Sain l-Jacques, au troisième; c'était la retraite d'un philosophe; son épouse fut présente à la conYcr,ation et la partagea. « Ailleurs, je parlerai de celle femme étonnant~. l\oland me demanda ce que je pen,ais de la France el des moyens de la s1u, cr; je lui ouvris mon cœur el ne lui dissimulai 1ien de meô lHCmirres lenlali1es dans le ~lidi. ;Précisément, Servan el lui s'étaient occupés du même plan .. \les confidences amenèrent les siennes. Il me dit que la liucrlé était perrlue si l'on ne déjouait sans retard les complots ùe la Cour; que Lafayelle paraissail méditer des trahisons au l'iord; que l'armée du centre, toute désorganisée, manquant de toutes les espèces de munitions, ne pouvait empêcher l'ennemi de faire une trouée; el qu'enfin' tout était arrangé pour que les Autrichiens fussent à Paris dans si.< semaines. « N'avons-nous donc, ajoula-t-il, travaillé depuis trois ans à la plus belle révolution que pour la voir rem·erser en un juur? Si la liberté meurt en France, elle est perdue pour le reste du monde; toutes les espérances des philosophes sont déçues. La plus cruelle tyrannie pè<ernsut la terre... Pl'l'· venons ce malheur, armons Patis et les départements du Nord; ou, s'ils succombent, portons dans le A/idi la statue de la Liberté et (011do11qsuelque part une colonied'hommes indépendants. « Il me disait ces mols et de~ larmes roulaient dans ~es yeux. Le même srntimcnl faisait couler celles de son épouse el les miennes. Oh! combien les épanchements de la confiance soulagent les

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