Jean Jaurès - La Convention I

52 lllSTOlRE SOC:l,\ LISTE 11 était in,cn•é !le supposrl' qu'apr/>s le drparl des \'Olonlaires Paris serait à rr poi11Ldi•.u-arnide p;itriotr, qur quelque, cenlai11cs de contre-révolutionnaires y pourraie11L foire la loi. JI y a donc là une suisgeslion ine1>le rle l 1 peur; et la peu,., même quand ellt• s'épanouit lugubrement en hrnlalilé san- !:rlant,·, 1i"rsl pas une force rérnlutionnaire. Si les hommes qui tuaient à l".\hhaye, ,1 la Force, à la Conciergerie avaient romrrvé quelque luciclilé cl'r,prit. 1p1rlqur équilibre dr raison, ils se s,•raie11lclrmanM, en un éclair de rapide ,·on•cicnrr: Crs meurtre, ajoutent-il, à ln forrc cte la Révolution? cl il, auraient pressenti le !ont; frisson de d<'gntil rle !"humanité. lis auraient dr,iné au,,i que par llnt' ,01 le ct"oh•cssio11maladive, les partis reviendraient. si je puis dire, rôcler autour du ,ang 1·épanctu, s'accusant les uns les autres, Aussi. il ne s'agit pas de savoir -i, inctividurllemenl, les hommes qui s'improvisèrent jut:;e, el houchrrs l'tairnl dignes d'estime. Je n'aime pas heaucoup le, plaidoyers hypocrites des contrmporains qui s'c~ta-ipnl sur• l'esprit de jnslice » clu pruplr parce qu'il a épargntl el t'largi les prisonniers pour delle,. A moins de n·,,tre plus que des hrules Ivre, et inca1Mblrs de tout discernement, le, meurtriers de septembre ne devaient pas confondre avec les prisonnirr, politiques, seule cause de lrur, alarmrs. les pauvres diables qui avaient éU· inrarc('r('s pour n'a,oir pa, payé les moi:, de nourrice de leurs enrants. li est assez puéril de leur faire un mérite cle cet • a/'IP de justice». D'ailleurs, encore une fois, il se peul très hien que beaucoup rles hommes qni tuèrc11L ainsi, lAclwmenl, inutilement, fussent des patriotes honnête,, llévou(>, el liravrs. 11 est fort pM,iblc qu'ils aient cru serlir la Rti,olnlion et la patrie, cl qu'ils fusse11t pr'ts à hraver 1n mort après !"avoir donnée. ~lais la question n·est pas là. Ce n'r,t pas leur caracti'rr qui est en cause, c·e~Lleur acte; or leur acte procède de la peur el des ffrocitt', aveugles que suscite la peur. Par là il e,L Yi!; el au~-i il est sot, car il a fait à la Révolution, dans Je monde, da11sl'histoire, infiniment plus de mal que n·en auraient pu r:iirc, m~me lârh~s dans Paris, les prisonniers qu·on égorgea. Quelle rut, clans ce drame as,ez abject, la responsabilité des partis, des pouvoirs co11slilués? J'avoue que je ne parviens point à la démêler avec certitude; et les mobiles de la plupart des hommes politiques, à cc moment, restent pour moi obscurs el peu déchilîrables. Il est certain que la Révolution a lai,séfaire; les pouvoirs, tous les pouvoirs sont inlervenus,ou tardivement, on mollrment. La Révolution pouvait se dresser au premier bruit de ces meurtres. Elle pouvait, si elle l'avait bien voulu, les empêcher. JI n'y avait pas un mouvement irrésistihle. C'est une passion •aintemenl patriotique el révolutionnaire qui animait les cœurs, et c'est vers la fronlii're que se tendaient les haines. Le, égorgeurs furent en petit nombre, el il elll été aisé de les disperser, peul-être même de les convertir. Il fallait commenter puissamment devant eux le mot admirable de Thuriot que j'ai cité : • Nous sommes comptables de la Révolution à l'humanité toute entière. •

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