J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

Histoire Socialiste TOME XI LaGuerreFranco=Allemande (1870-71) Par Jean JAURÈS La Commune (1 871) Par Louis DUBREUILH Fondaztone Alfred tewu,, Btblfoteca Gino Bianco Fotldo Nlco/11 c111,,,manM

' . J' • ~, , '\, • 1 f : .. , 1 \1 '~ l { • l J 1 • J •' ., ' l 1

Histoire Socialiste (1789-1900) sot·s L.\ l)fl{E(,TIO:-. Ill-. JEAN JAURÈS TOME X 1 La Guerre Franco=Allemande (1870-1871) 1 PAR JEANJAURÈS La Commune (1871) PAR Louis DUBREUILH Nombreusesillustrations d'après des documents de chaque époque PARIS PUBLICATIONS JULES ROUFF ET C'e . '

LAGUERFRREANCO-ALLEMAND (1870-1871) Par Jean JAURÈS CJIAPlTHE PHDIIEH RÉGIT SO~l'IAIRE Dans le cadre étroit donl je dispose je ne puis essayer de donner le détail qui serait infini du grand drame de la guerre; j'aime mieux, après en avoir marqué en quelques traits sommaires les faits essentiels, discuter quelques-uns des problèmes qu'elle soulève el dégager autant qu'il esl en moi quelques vues des eçons qu'elle contient. Depuis quelques années les relations de la France cl de la Prusse étaient incertaines el troubles. La Prusse, ayant vaincu l'Autriche à Sadowa, aspirait visiblement à grouper sous sa direction tous les Etats de l'Allemagne. cl le gouvernement impérial, affaibli, anxieux, voyait avec inr1uiélude el jalousie celte croissance de la Prusse. Au commencement de juillet 1870, l'Europe apprit que le général Prim, voulant mettre fin par un établissement monarchique aux agitations politiques de l'Espagne, offrait le lrône espagnol à un prinre prussien de la famille des Hohenzollern. Le gouvernement de !'Empereur s'effraya de cette candidature qui lui paraissait reconstituer au profil de la Prusse une sorte de monarchie de Charles-Quint. JI en demanda le retrait. Le prince de Hohenzollern, après quelques jours de négociations, consentit à retirer sa candidature. Le roi de Prusse autorisa noire ambassadeur Benedetti, qui avait été envoyé en hâle auprès de lui à Ems, à déclarer qu'il approuvait ce retrait; mais le duc de Gramont, ministre des aOaires étrangères de l'empereur Napoléon Ill, insista pour que le roi de Prusse prit en outre l'engagemenld'interdire à l'avenir celle candidature; le roi de Prusse s'y refusa. Déjà une grande partie de l'opinion allemande s'irritait des demandes de la diplomatie impériale. M. de Bismarck estima qu'il pouvait profiter de ce mouvement de l'opinion pour résoudre enfin, par une guerre nationale, le sourd cooRil entre la France el la Prusse. UY. 7.C3•.- DISTOtr.E SOCIALISTE, - LA Gl'.'El1l1E fRA:\(;0-ALLl!MA'l;IJ6:. - LIV. 7.J3•

2 JIISTOIH8 SOCI.\I.ISTE L'élou,·,lcric criminelle cl la folie provocatrice de l'Empire français lui fournirent le prétexte attendu. Le roi de Prusse lui ayant télégraphié d'Ems qu'il n'arnil pas cru pouvoir déférer à la dernière demande du gouvernement francais el qu'il arnit déclaré à hl. 13cnedclLique Loule conversation ulléJ'ieure sur cc sujet lui semblait inutile, M. de Bismarck transmit à ses pi·inc.ipaux représentants à l'étranger un résumé de celle dépCche, Il en avait, par quelques éliminalions, aggravé le lon. Legouvcrnemcnl i.rnpérial, averti par ses ageuls à l'étranger, vil dans l'envoi de celle dépêche une insulte à la Fr;~ce, cl il proposa au Corps législatif, une demande de crédits pour la mobilisation de nos forces. C'était la guerre. Elle ful déclarée Je 15 juillet JSiO, malgré l'opposition clairvoyante el patriotique du pelil groupe républicain el de M. Thiers. La deuxième quinzaine de juillet ful employée des deux paris à la mobilisation cl à la concenlralion des armées. 'foule l'Allcma;;no s'unit à la Prusse el aux contingents de l'Allemagne du nord, prussiens, hanovriens, hessois, se joignirent ceux del'AUemagnedu sud, de b Bwièrc, de \\'urlcmbug cl de 13ade. Les troupes de première ligne, divisées en trois armées, s'élevaient à environ 4:i0,000 hommes; ces trois armées, ayant francbi le Rb.in, se trouvaient au co111menccmcnld'aoùt dans le Palalinal bavarois el la Prusse rhénane, le long de notre frontière alsacienne el lorraine du nord-est. La première armée, à dro;lc, Hait entre la Sarre cl la Moselle, sous les ordres du général Sleinmelz. La deuxième arm.\e, la plus considérable, sous les ordres du prince FrédéricCharles, élail en face dJJSaarbrück, sur la rive droite de la Sarre. La troisième armée, commandée par le prince royal, élail à la hauteur de \Yissemhourg, loul près de la ril'c gauche du Hbin. Ces trois armées, voisines l'une de l'autre, ponvaienl aisément se soutenir, compléter réciproquement leurs informations, coml,iner, s'il élail nécessaire, leurs mouvcmoous. C'était comme les trois branches d'un trident qu'une même volonlé pouvait mettre eo mouvement. Le roi de Prusse commandait en cbéf, assisté par M. de Mollke, chef de l'étal-major général. L'armée française élail beaucoup moins nombreuse, ses forces de prcraière ligne ne s'élevaient guère qu'à 230,000 bommes el elles furent dissérnioéca su.- une vaste étendue, de Saarbrück à lldforl, c'est-à-dire sur Loule l'étendue de la frontière nord-est el csl de l'Alsace. On eut dil, suivant Je mol du général Niox : « un cordon de douaniers"· Celle armée insufflsanle était divisée en sept corps. Le premier, coœ.ma.ndé par le maréchal de Mac-Mahon, avait pou,· centre Strasbourg el faiaait face· aux environs de \Yissembourg à l'armée du pl'ince royal. Au nord de llelz., le deuxième corps avec le général Frossard, le troisième avec le mar11<-bal Baz.aine, Je quatrième avec le général de Ladmirault., le cinquième avec le gWralcl,e, Fa:lly el la garJe impériale avec Bourbaki formaient un groupe important. Le,

IIJ::i'ft 1mlè l:;O(:I \l.hTl-, reste n'élait pas sur le théâtre immédial des opéralions. Le sepl~me corps. commandé par le général Félix Douay, élail à l'exlrémilé méridio.nale ùe l'Alsace, à Belfort. Le sixième corps s'organisail à ChOlons sous le commandement du maréchal Canrobert. L'En1pereur, assisté du ma1•éehal Lcbœur,- miaistre de la guerre, qui faisaih fonction de chef d'élal-majo,· général, dirigeai! l'ensemble, de sa volonté molle el de sa main déjà lreml.ilanle. L'armée fran,aisc, mal approvisionnée, livr~e tout d'abord au pèle-m~lc et au désordre d'une mobilisation à peine pt·éparée, n·,.·ail pu prendre la rapide off•nsive que quelques-uns arnienl annoncée, franchir le Rhin à Strasbourg el pénétrer par le grand-duché de Bade dans l'Allemagne du Sud. c·est elle qui subit dès les premiers jours d'aoOl le, choc de lïnvasion. Il y cul d'aùar<l à Saa,brück, le 2 aoOl, un engagement insignifiant. C'est le 4 aoOL, à l'autre cxlrêmilé <le la ligne prussienne, que s'ouvrirent ,·raimcnt les hoslililés. Le corps de Mac-Mahon, groupé autour de Strasbourg, avait ll Wissembourg, à l'exlrtlme pointe, la division Abel Douay, celle-ci fui surprise par l'armée <lu prince royal, 5,000 Fran~ais résistèrent vaillamment à 40.000 All0 ruan<ls; mais ils durent plier enfin après une journée d'[1pre combat. Décimée, ayant perdu son chef qui fut tué à la tete de ses troupes, la division ~ rnbJtlil sur le gros des forces de )lac-~lahon. Le maréchal essaya d'arrClcr la marche de l'ennemi, il s'établit aux, iflages de \\'œrlh, de Freschviller cl de Reischorren, un peu au suc! de Wissembourg el au nord <leStrasbourg. Mais ses 46.00Uhommes P.lses 120 canons ne purent soutenir l'cfiorl des 120.000 hommes el des 300 bouches à feu de l'armée allemande. c·csl en vain que deux régiments de cuirassiers et deax escadrons de lanciers se jetèrent contre l'ennemi en une charge hérol~ue. lis furent anéantisel le Maréchal, qui n'anil jamais mesuré la force numérique de l'ennemi, ni ménagé à temps sa relraile, fut obligé enfin, après une défaite aggrHée e1> désastre, de se retirer de l'Alsace el d'emmener de l'autre côté des Vosges cellepaul're armée admirable, brisée el saignante, don! l'imprévoyance de tous lesebefs, politiques el militaires, avait fait en quelques jours une cohue el une qine. Le jour meme où l'armée de afac--)fahon suecombait sur les bords dll Rhin à la force numét·ique de l'ennemi, le général Frossard élail ballu sur la, Sur, qooiqu'îl eut au moins p~ndanl une partie.de la journée lasupériorilé du nombre. Il était établi sur les hauteurs abruptes de Spickeren. Une di,·isiou de l'armée allemande, qui ne soupçonnait pas la force do corps d'armée du général Frosaard, vient se heurter à lui improdemmeol, mois peu à peu, au grondemenl du eanon, les di,·isions les plos Yoisioe• de l'armée de Steimnelt accourent et le génml Frossard, qni n'a pag pris à Lemps l'offensive, a à subir des assa11lsto,ijoure plus Yigoureus. Le maréchal Bauine, qur est s,ir sa gaucbe à <ICV"'-

JIISTOIHE SOCIALISTE heures de marche, le laisse lutter seul soit par insouciance et incapacité, soit que, déià obsédé de vanité et d'ambition, il ne s'intéressât qu'aux actions où il pouvait jouer le premier rôle et recueillir toute la gloire. Frossard est obligé, enfin, à la nuit tombante, de battre en retraite. Ainsi l'ennemi, ma1lre de l'Alsace, pouvait pénétrer en Lorraine. De nos deux armées, l'une, celle de Mac-Mahon, était en fuite, l'autre, celle de Bazaine à peu près intacte encore, était obligée à la retraite. Deux grands coups frappés le m~me jour l'un sur le Rhin, l'autre sur la Saar ébranlaient la fortune de la France. Le plus grave c·est que ces deux armées, celle de Mac-Mahon, celle de Bazaine, sont maintenant séparées de façon définitive; non seulement elles ne peuvent plus se fondre pour une action commune et racheter par cette concentration l'insuffisance numérique de l'ensemble de nos forces, mais elles ne peuYent plus communiquer l'une avec l'autre el elles vont être livrées par ccf isolement, ou à la démoralisation, ou aux calculs égoïstes d'un chef ambitieux. Au témoignage du grand état-major allemand et notamment do son chef, M. de Moltke, Mac-Mahon aurait pu, après Wissembourg, au lieu de descendre jusqu'à Neufchâteau, rejoindre par Lunéville la ville de Metz et l'armée de Bazaine. « Le 9 aoOt, dit M. de Moltke, la ligne du chemin de fer de Lunéville à Metz était encore libre, mais, ajoute-t-il, le bruit courait que les Allemands s'étaient déjà montrés à Pont-à-Mousson et le moral de ses trouprs était tel qu'il ne pouvait songer à les remettre de suite en contact avec l'ennemi.~ Du moins, puisque le maréchal Mac-Mahon, passant de la vallée de la Moselle et de la Meuse dans la vallée de la Marne, rassemblait toutes ses forces au camp de Châlons, la concentration des armées françaises aurait pu s'opérer encore si le maréchal Bazaine a,·ait, lui aussi, amené à Châlons son armée. Elle pouvait aisément aller de Metz sur Verdun, de là sur Châlons. Ce fut la première pensée de Napoléon Ill et du grand quartier impérial français. Mais, d'une part, !'Empereur craignait sans doute que la retraite générale de ses forces n'achevai de ruiner dans l'opinion fran<,aise, surtout dans l'opinion parisienne, son crédit politique déjà chancelant; d'autre part, le maréchal Bazaine, heureux d'exercer sur une grande armée, que la défaite de Spickeren avait à peine entamée, un commandement indépendant, n'avait pas hâte d'aller se remettre à Cho.Ionssous l'autorité de l'Empereur. Aussi esquissa-t-il à peine, avec lenteur el mollesse, le mouvement de retraite sur Verdun; il permit que son arr~ère-garde attaquée à Borny, au lieu de se borner à couvrir la retraite commencée sur Metz el de Melz sur Verdun, soutint une grande bataille peu à peu élargie par des forces nouvelles qui ae retournèrent vers l'ennemi. Lea soldats français soutinrent très énergiquement la lutte, mais Je mouvement de

IIISTOIR.E SOCULJSTE ;; L1'. 744. - HISTOIRE SOCIALISTE. - LA GUERRE PAA!\CO·.\LLIUIAi"-.IIE. - LIV, 7U,

6 lllSTOIHE SOCL\LJSTE retraite était retardé el 11njour de plus était donné à l'armée allemande pour l'opération hasardeuse qu'elle avait entreprise. M. de Moltke, apres avoir rapproché el remis en contact ses trois armées, décida que par un mouvement de conversion à droite, c'est-à-dire ayant l'aile droite pour pivot, l'ensemble des forces allemandes tournerait de façon à déborder Melz et à couper au maréchal l.lazaine la retraite de Metz sur Verdun. L'opération offrait pour les .\llemands un double péril; ou çien le maréchal Bazaine, pressant le mouvement de retraite de toutes ses forces, pouvait culbuter l'extrémité gauche de l'armée allemande jetée témérairement sur la route de ~lelz à \'erduo, ou bien le maréchal Bazaine pouvait ramasser ses forces pour une action décisive el, profilant du long mouvement tournant qui déployait les forces de l'ennemi, porlçr des coups terribles sur les points les plus faibles de celle ligne flollanle. On a vu que par le temps perdu à l'inutile bataille de Borny, le maréchal avait déliHé l'armée allemande du premier danger; il la délivra du second en ne donnant pas, dans les grandes batailles qui allaient se livrer autour de )letz, lout l'effort d'ollensive 4u'il po\Jvail donner. Le 16 aotll les troupes françaises étaient en arrière de Metz, le long de la roule de Vc,·dun, elles éla,enl développées de Rezonville /, Mars-la-Tour. Les Allemands, pour couper la roule de Verdun, avaient franchi la Moselle, ils avaient donc celle rivi&re à dos el une défaite au rail pu aisément se changer pour eux en désastre. A ce moment encore, el malgré la faute commise à Borny, le maréchal llazaioc pouvait s'il l'eùl voulu maintenir ouverte à son armée la roule de Verdun, c'est-à-dire de Châlons. Le maréchal de Moltke, qui n'a aucun inlérèl à atténuer le mérite des opérations militaires allemandes en allribuanl à des motifs politiques la conduite de l'armée française. le déclare exprcssl>menl. « Les Français, écrit-il à propos de la journée du 16 août, se trouvaient Jans une situation extrêmement favorable, le nanc gauche de leurs positions était protégé par la place de Melz, tandis que leur nanc droit était couvert par de fortes balleries établies sur la voie romaine el une nombreuse cavalerie. lis pouvaient en toute sécurité attendre l'atlaque·de front que dirigeait contre eux leur lémfraire adversaire. "A la vérité, il ne pouvait plus èlrequeslion pour eux de continuer ce jour-là leur marche sur Verdun en laissant peul-être devant l'ennemi une forte arrièregarde. Si le maréchal llazainc avait voulu, en général, _rendre celle retraite possible il et\l dû prendre l'ollensive et se débarrasser des corps prussiens • qu'il avait directement en face de lui. Pourquoi n'a-l-il pas agi de la sorte'? li n'esl pas facile de s'en rendre compte en ne considéra ni que les raisons purement militaires. li lui était pourtant facile de constater avec une certitude absolue qu'une partie seulement des troupes allemandes, et lrètt probablement une partie peu considérable pouvait dés maintenant se trouver sur la rive gauche de la Moselle el quand, dans le courent de le journée, leurs diviaions

IIIST• llf\.E SOCI.\LISTE 7 restées en arrière, pri's de Motz, se furent à leur tour portées en a,anl. le~ Fraoçais disposaient d'une supériorité numérique triple ou quadruple. Mais il semblerail que le maréchal eat obéi à une pensée unique qui était de ne pas permettre Il l'ennemi de l'isoler de ~letz. Aussi s,• prfoccupa-t-il presque exclush·emenl de son aile gauche, si bien qu'il finit par entasser toute la garde impériale el une partie du sixième corps en face dn bois des Oignons, d'ou aucune alloque ne fut dirigée contre lui. On est tenté d'admellrc que c'étaient exclusivement des coosiMrations politiques qui, dès ce jour, amt•m'rent le maréchal Ba,aine à 1>rendrc la résolution de ne pas s'éloigner de ~lrl, » Quel était ce calcul politique de Uarnine? li halssail l'empereur qui, mécontenl de sa conduite au ~lexique. ne lui ava,l pas fait rendre à son retour les honneurs auxquels il s'allendait el il marqua sa salisfaction, au moment où celui-ci quilla l'armée du Hhin pour aller à Châlons. llazaine avait-il prf,u dès lors l'effondrement de la dynastie sous le poids de la défaite '! Voulait-il rester en quelque sorte à pari de ce grand désastre el, avec une force Il peu pri's intacte appuyée à une !,\'l'andeplace de guerre, demeurer l'arbitre de l'awnir, le mallrr des combinaisons et deaventures? Peul-Mrc aussi ) a,•ait-il en lui lourdeur d'esprit et J,, volu11I(•. Les terril,les défaites <1u• venait de subir l'armée de Mac-~lahon l'avaient sans doute effrayé el, incapable de conduire lui-m~me une grande armée, ne ,oulaitil pas risquer à découvert une éprcu,e décisive. Quand, après l'unlente balaille du 16, le soir Lomba sur les combattants. Ir résultat, m~lé pour les deux armées de succès partiels el de défaites ·partielles, restait incertain. A aucun momenl de la journl>(' Bazaine n'avait concentré ses forces contre un ennemi ('11coretrès inrérieur en nombre. mais l'armée pensait que la lutte serait reprise le lendemain à l'aube. Il n'en fut rien. Le maréchal Ba,aine, alléguant la nécessité de la réapprovisionner envi, resel en munition~. lui fit commencer un mou,cmenl de retraite vers Metz. Mais l'état-major allemand utilisa celle journée; il hùla le mou, emenl de ,cg troupes; des renforts passèrent la Moselle et le 18 au malm 1'20,000 soldats allemand•, armés d'une artillerie supérieure, se déplo~·aicnt conlre 1'20,000 soldats fran,;ais. L'armée française faisait face à l'ouest, l'armée allemande qui a, a,t achevé aon mouvement tournant faisait face à l'est. L'armée fran~aise occupait, de gauche à droite, les fortes positions de Gravelotte, d'Amonvilliers, de SainlPrivat. Ladmirault, Frossard, Canrobert commandaienl. Ici encore, comme il Forbach, les troupes fran~aises, protégées à la fois par les escarpement, de lerraio et par les tranchées-abri restenl sur la dHensive, une défensive d'ailleurs héroïque el furieuse. Ce aont les Prussiens qui li,·r.·renl l'a,saul avec un courage, un élan ~, une obstination admirables. Cel a1Saul aurait pu être repous•é si le maréchal Bazaine avait surveillé l'ensemble de la bataille el avait porté ses réserves sur le, pomls 1Mnacés et en particulier sur sa droile; mais il resla inerte el comme rndofTi-rt·nl. Et le

8 llISTOIHE SOCL\ LISTE maréchal CanroLerl, destitué de eecours, n'ayant plus de munitions, dut céder enfin :,;ainL-Prival après une des plus belles et courageuses résistances dont l'histoire des hommes fasse mention. L'armée rrançaise était définitivement conpéc de Verdun ou du moins il lui faudrait désormais, pour se dégager cl n'être pas bloquée Jans Mctz;un etiorl infiniment plus dirficile. Pendanl que Bazaine s1allardail cl s'immobilisait ainsi autour de :\lelz, un autre drame se nouait à Ch.lions. Cne armée allristée cl dolente, mais puissante encore et dont une conduite habile aurait vile ranimé la fierté, s'y était recon,tituée avec les Muris de l'armée de Mac-Mahon cl des renforts expédiés de Paris. C'était l'armée de Ch"lons. Qu'allait-on en raire? L',\lsace étant occupée pa1·l'ennemi, l'armée Je Bazaine étant à peu pr~s enrcrmé" à ~let,., le gros des forces allemandes allait certainement hâler sa marche- ,·ers Paris. Le plus sage Nait <1uel'armée de Ch,11onsne livràl r,as dans les plaiucs de la Champagne une grande bataille. Elle n'était point encore assez réorganisée el raffermie. ~lieux valait qu'elle se rapprochât de Paris nùn pour s'y enrermerou s'abriter sous ses murs, mais pour manœuvrer. pour surveiller les approches de l'ennemi, pour empêcher par des pointes soudaines ou pour troubler el rompre l'investissement de la capitale. L'ne ardente cité de deux millions d'hommes est presque impossible à forcer par sou<laine violence ou par surprise. Elle esl malaisée ·aussi à envelopper, surtout lorsqu'elle est traversée, comme Paris, par un fleuve qui coupe en deux demi-cercles le cercle d'investissement; el si l'ennemi est placé entre celle cité et une grande armée très manœuvrière, très habile, qui peut se déplacer sans cesse en pays ami et encadrer loules les forces neuves el toutes lçs réserves que lui envoie la nation, bien des chances restent au peuple envahi de rétablir sa fortune. C'est là ce que le général Trochu viol dire à Châlons à Mac-Mahon 8l à !'Empereur. Ce fut aussi la pensée premi0re de ~lac-Mahon, et c'est ce plan que !'Empereur, lui-même, accueillit un instant dans le Conseil de guerre tenu à Châlons. Mais l'intérêt de la dynastie chancelante, ou d~ moins ce qui semblait tel au bonapartisme affolé, l'emporta sur l'intérnt évident de la patrie. Les premières défaites révélant l'insuffisance de la préparation, le mensonge des déclarations officielles, la criminelle imprudence de la politique impériale, .. aient tout ensemble consterné el surexcité Paris. Le ministère Ollivier aurait do se démettre, le général Palikao avait pris le ministère de la guerre, l'impératrice régente sentait monter le sombre flot des douleurs el des colères. Elle pensa que si !'Empereur, renon~anl à disputer nos frontières, rentrait à Paris, il y serait submergé par la révolulion. Qui sail pourtant ce r1ui rot advenu~ Peul-être la France, toute à la lutte contre l'étranger, aurait-elle ajourné le :réglemcnt définitif des comptes avec

HISTOIRE SOCI.\LISTE !) une dynastie funeste. En tout cas, le prince Napoléon, présent au conseil de guerre de Chillons, avait raison de dire à !'Empereur : • Si nous devons p(·rir. péris~ons avec honneur, ne fuyons pas la capitale.» )lais l'impératrice voulait qu'un suprème effort fllt tenté pour reconquérir le terrain perdu. elle insistait pour que le maréchal de Mac-Mahon se dirigent vers l'est essayant de rejoindre Bazaine. Celui-ci, du lG au 22 aotlt, avait adressé à illac-)lahon ot à !'Empereur plusieurs dépêches ou mi~sîvcs, dont une au moins leur parvint, pour leur dirr qu'il espérait sortir de )letz et, par ~lontmédy el les places du :\'ord, opérer sa retraite el rejoindre Mac-Mahon. Celle dép<'che aeheva de dissiper les hésil•- tions du maréchal de )lac-)lahon. Il espéra faire sa jonction a,ec Bazaine. Il croyait d"ailleurs qnïl n'aurait d"abor·d devant lui que l'armée du princ,• de Saxe nouvellement formée par il!. de illoltkc clforle seulement dc80.000 hommes. L'armée du prince royal, celle qui l'avait vaincu à \\'issembourg, était encore en arrière, il le suppo'l;ail du 1lwins1 de deux ou lroisjours de marche. 11 espérait la gagner de vitc-SSl' en rtmonlanl vers le nord. Mais il ne prit pas au plu~ ~ourl. L'armée du prince royal, avertie de la marche de !"armée fram;aise, se hàta vers le nord. Bazaine, informé cependant de la marche de ~lac-illahon, ne tenta pour sortir de Melz que de médiocres cflorls, et lorsque Mac-Mnhon arriva à Beaumont, il s'y heurta, avec sa seule armée. aux forces combinées de !"armée du prince de Saxe el de l'armée du prince royal. L'armée fran~aise vaincue passe de la ri,·e gauche de la ~Jeusc sur la rive droite pour se couvrir du fleuve, mais elle ~tait resserrée dans un espace étroit entre la rive droite de la Meuse el la frontière belge. Les Allemands qui, à Forbach cl à Rezonville, avaient été inférieurs en nombre, qui, à,Saint-Privat, avaient opposé aux Fran.çais des forces égales, disposaient cette fois d"unc grande supériorité numérique : '200,000 hommes contre 120,000. Elle leur permet d'opérer une manœuvre puissante et hardie. Ils passent la Meuse à !"est et à l'ouest des positions françaises el enveloppent ainsi notre armée. Leur artillerie la foudroie. Mac-~lahon blessé vers 6 heures du matin remet le commandement au général Oucrol. Celui-ci, ,·oyant la manœuvr·e d"enveloppemenl veut porter toutes ses forces vers l'ouest, vers le cah·aire d"llly. pour tenter de s'échapper, même au prix des plus grands sacrifices. ~lais le général de \\'implîen, qui avait une lettre de service du ministre de la guerre Palikao. croit que la manœuvre de Ducrol est impossible cl il essaie de trouer vers l'est, dans la direction de ~letz, le cercle formé par l'ennemi. Il ramène vers Bazeilles les troupes étonnées par ce flux et reflux et qui resseir.blent déjà à une lugubre épave que roule en ses mouvements contradictoires une marée de désastres. Dans Bazeilles meme uoe Julie atroce s'engage. Les soldats de la France lullenl désespérément, mais ils sont accablés par la force du nombre, par une arlillerie supérieure et foudroyante el aussi par le poids accumulé des fautes

10 IIJSTOIIW SOCl.\1,ISTE el des désespoirs. lis sonl rejetés vtrs Sedan comme au fond d'un entonnoir, tout à la merci des canons de l'Allemagne. A trois heures de celle tragique el douloureuse journée du l" septembre, la partie esl déflnilivemenl perdue pour l'année française. Napoléon acculé fail hisser sur la Maison de Ville le drapeau blanc. li fait porter au roi de Prusse ce petit billet : » Monsieur mon frère, n·ayanl pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à rcmellre mon épée dans les mains de \"otre Majeslé. Je suis de Voire Majesté le bon frère. • C'était la capitulation. Elle fut signée le lendem,in 'l septembre. Le 4, la révolution éclatait il Paris. U Corps législatif élail envahi par les républicains el aussi par les orléanistes. Gambetta, après avoir inulilemenl tenté d"obtenir Ju peuple qu'il laissât le Corps législatif prononcer la déchéance, la prononçait )ui-mCme du haut de la tribune. La gauche de l'Assemblée allait à l'llôtel-de-Ville, pour y proclamer la République el pour en arracher la direction aux groupements socialisles révolutionnaires qui s'y étaient installés. Un gouvernement provisoire, formé des députés de Paris el présidé par le général Trnchu, se conslituail pour assurer la défense nationale. Le prolélarial révolutionnaire de la capitale faisait savoir, par une proclamation signée de Blanqui el de ses amis, qu'il ajournait toutes ses revendications particulières el quïl était résolu à soutenir de toute sa force le Gouvernement nouveau si seulement celui-ci élail énergique et protégeait wntre la réaction el contre l'étranger la république naissante et la pairie menacée. La révolution républicaine éclatait en même temps qu'à Paris dans plusieurs grandes villes de France. Le p~ys loul enlier, épouvanté des désastres où l'avait jelé le pouvoir personnel, acceptait pour la sauvegarde de l'indépendance nationale le gouvernement ~ouveau. Un espoir restait encore. C'est que Bazaine, dont l'opinion ne soupçonnait pas encore l'incapacité ou la félonie, tint bon dans Melz el immobilisât une partie des forces allemandes. C'est que Paris, organisant pour une résistance acharnée sa population immense, arrêtât et usât _l'envahisseur el donnAl à la France ranimée le temps de susciter des armées nouvelles. Mais malgré de beaux élans, malgré l'activité passionnée cl la confiance indomptable de Gambetta cc double espoir s'évanouit. A Melz, l'œuvre d'inertie et de trahison continue el aboutit à la catastrophe. A la chute de l'Empire les rêves politiques qui hantaient le cerveau de Bazaine se précisent. II s'imagine que le drame militaire esl flni, que la France esl désormais incapable do lutter. Le gouvernement qui s'est installé à Paris n'est qu'un gouvernement de démagogie el d'aventure qui va sombrer bientôt sous ses propres divisions. L'Allemagne n'aura plus en face d'elle que le néant, mais le néanl agité et convulsif. Il ne restera plus qu'une force capable de discipliner les événemenl.e:

JIISTOIRE SOCIALISTE 11 c'est la force de_l'armée de Metz. Elle seule pourra former la base d'un gouvernement nouveau el conservateur, rassurer le pays, écraser les agitateurs révolutionnaires. Or, l'Allemagne a intérèt à pouvoir n~gocier les condilions de la paix avec un régime stable, solide el responsable. Elle aura donc besoin de l'armée de Metz pour faire en France celle grande besogne de police gouvernementale sans laquelle les Allemands ne peuvent cueillir le fruit de leurs victoires. Si tel n'avait pas été le calcul de 13aza,inc,sil n'avait pas cru pouvoir rendre ce service à l'Allemagne, on ne comprend pas comment il aurait pu espérer un elTel utile des négociations qu'il engageait avec M. de 13ismarck. N'ayant rien à lui olTrir. qu'aurait-il pu en allenJre·? Au reste, sa criminelle pensée éclate dans la note remise par lui au général Boyer quïl envoie, le 12 octobre, à Versailles, au quartier général prussien: « La question militaire est jugée el Sa Majesté le roi de Prusse ne saurailallacher un grand prix au stérile triomphe qu'il obtiendrait en dissolvant la seule force qui puisu aujourd'hui mal/riser l'anarchie dans noire malheureux pays. Elle rélablirail l'ordre el donnerait à la Prusse une garantie des gages qu'elle pourrait ai·oir à réclamer. n M. de Bismarck aml!sail le maréchal par ces négociations. Celui-ci renonçait peu à peu à loul effort militaire. Les provisions s'épuisaient el à la fin d'octobre il ne restait plus à l'armée infortunée qu'~ se laisser tomber dans le triste abime de la capitulation. A Paris, hélas! le général Trochu, conservateur bavard, chrétien sans élan, patriote sans foi, honnête homme sans vertu, paralysait par un doute accablanl l'essor de la défense; il avail le dédain el la peur des foules donl il ne savait poinl, par la force d'une idée el d'une grande passion, faire un peuple. Malgré tout, Paris ne voulait point se résigner à la défaite. Dès Ir lï septembre l'investissement avait commencé. Des clTorts insuffisants et incertains furent tentés pour le rompre, à Châtillon, à \'illejuif, à Bagneux, à la Malmaison, mais aucun vaste mouvement d'ensemble ne fut es;;iayé el le général Trochu prit prétexte des premiers échecs partiels pour amortir l'élan de Paris. Le peuple cependant supportail avec une résignation sloïque, le froid, la faim, les privations de loul ordre. Il espérait toujours qu'une armée de secours venant de la France )lrendrail à revers les lignes prussiennes. Le Gouvernemenlde la Défense nationale était resté à Paris, mais il avait avant l'investissement envoyé à Tours une déléga.lion de trois de ses membres pour organiser la résistance du_pays. Le 9 octobre Gambetta quilla Paris en ballon el il devint à Tours le véritable chef, l'âme agissante el ardente de la défense Nuit el jour il travailla pour recruter, appeler, armer des régiments nouveaux1 pour communiquer au pays la fièvre d'action, de colère el d'espérance dont il était animé. Ces Piloris ne furent pas vains pujsque l'Allemagne, qui un moment apr~s Sedan avait cru la guerre finie et la France abattue, fil encore pendant Fondaztone Alfred Lew1rt' Blblloteca Gino Bianco

HISTOlllls SOC!.\ IJISTG ------------------------- des mois l'éprcu"c de ce que peul un grand peuple a0aibli par des désastres el anémié par uue longue servitude mais qui a des réser"es profondes d'hon• neur el de courage. La délégation de Tours suscita des forces, appela aux armes tous les hommes \'alides el organisa lanl bien que mal près de six cent mille hommes. elle rassembla, acheta cl fondit quatorze cent canons. un soufne ardent passa sur la France il demi-glac~e par les premiers revers. Trois armées furent impro• ,·isées : une armée de la Loire, une armée du Nord, une armée des Vosges. L'armée des Vosges devait inquiéter l'ennemi par la menace d'une diversion sur ses derrières. L'armée du Nord cl l'armée de la Loire devaient tendre ,·ers Paris, essayer de rompre la ligne d'investissement el donner la main au peuple parisien. Cesl l'armée de la Loire qui ful prèle à entrer la première en mouve• ment )lais d'abord pe,u nombreuse, elle ne pul défendre Orléan8 que les Prus• siens occupèrent le 11 octobre. Aussi l'ofiensivc vers Paris ne pouvait se de,si• ner encore vigoureusement. Pendant cc Lemps le peuple de la capitale, obstiné à la résistance el /J l'espérance apprenait sans faiblir de sinistres nouvelles. C'est d'abord la prise de Stasbourg qui succombait le 26 septembre après un siège de quarante-six jours. Puis vers la fin d'octobre la nouvelle commence à se répandre que Melz aussi avait capitulé. Tout d'abord le gouvernement de la défense nationale, mal informé, Mmentit la lugubre nouvelle. Elle était exacte cependant. Bazaine, averti à la fin d'aoûl de la marche de ~lac-Mahon, avait tenté le 31 août el le 1" septembre un effort pour sortir de Metz a,•ec son armée. Cel effort fut-il mené mollement? Y eul-il incapacité? Ou déjà le parti pris de rester à l'écart du drame el de se réserver pour le lendemain des catastrophes prévues conduisait-il le maréchal à. la trahison? L'impression presque unanime des officiers el des soldats ful qu'il n'osa comballre qu'à demi. Celle journée de ;\'oisseville fut le dernier effort apparent. Dès ce jour Jla,.aine négocie secrètement avec le prince Frédéric-Charles : il espère que le prince ménagera son armée pour qu'elle devienne l'instrument de répression contre la « démagogie» parisienne el la gara~tie de la paix imposée par le vainqueur. li est amusé par les négociations de l'ennemi jusqu'à l'heure où la résistance est devenue à peu près impossible el le 27 octobre il livre sa grande armée, infortunée el héro'fque. C'est M. Thiers qui apprit au Gouvernement de la Défense nationale à Paris ce terrible désastre de la patrie. M. Thiers venait de faire un voyage auprès des principaux gouvernements de l'Europe pour solliciter d'eux une inter• vent ion au ;irofit de la Franœ. li n'avait obtenu que d'évasives paroles, el il rentrait convaincu que la France, privée de tous concours extérieurs, destituée de ses forces militaires organisées, n'avait plus qu'à négocier la paix. Il avait fait accepter de la délégation de Tours, malgré l'opposition de Gambel\a, l'idée d'un annislice durant lequel une Assemblée serait c:,nvoquée, el celle Assemblée déciderait de la paix ou de la guerre. Au moment où M. Thiers

14 IIISTOIH8 SOCI \l,JSTJ.; pénélrail dans Paris, Ir peuple parisirn venail de suhir unr cruelle déceplion. Il >enail cl'apprrndre qu'unr force française qui, le 28, s'élail rmparée du Hourgrl par un ,·oup dr main heureux, avait dû le :10 abandonner de nouveau crlle posilion. ,\insi il opprennil Il la fois cri éC'hre sfrieux de J'armfr de Pnris, el la cap1lulalion rfTroyol,lc dr M,•lz cl J'ouvrrlure des négociai ions de paix qui, engagées sous l'impression de lous ,·rs revers. nr pouvoirnl oboulir qu'à la mulilalion dr la pairie. Il lui parut qur le Gou,crnrmenl de la Déf<'nse naliouale n'avait pas lin' parli des énergies, des réserves tic dévouement de la grande , illc. ri le :li octobre les forrrs rholnlionnairrs de Flourens el de lllo1101uis'empar<'renl de l'lllll<'l-de-\'ille, mais elles 11<• pur<•nl s'y mainlrnir, lrs bataillons • de l'ordre• expul-~renvle J'111\lel-de-\ïlle Irs révolulionnoirrs, Ceprndanl J'ormislicr a,orloil, )1. de Bismarck 11'ayanl pas voulu con!l<'nlJr au ra,·ilaillemenl dr Paris duranl la suspension des hoslililés el J'inOuenc<•de Gambrlla élail rrdevcnue prépondéranlc :l Tours. La guerre conlmuail clone. Gambella, sans rn laisser aballre, rcnl'or~a l'armée cle la Loire. Il la porla à ~0.000 hommes cl décida de reprendre l'offensi,•e ,ers Paris. Le général d'Aurclle de Paladinc rommandail. l·n moment la victoire parut revenir à la France. Le \J n~vcmbrc, l'armée de la Loire délogea les Prussiens de Coulmiers, mais ce n'élail qu'une surprise H~.000 Fran~ais n'avaient lrouvé en face d'eux que 2'.!,000 Prussiens. C'élait pourlaol le signe de ce que pouvait une armée de secours évoluant rapidement aulour de la rapilale, si l'ennemi arnil élé fore~ de disséminer ses forces par la résislan c universelle du pays. Mais la chute dr Mel,, provoquée par la trahison, rendit ,Ii•poniblcs les forces de Frédéric-Charles: elle pesèrenl sur l'armée de la Loire; celle-ci complait alo,s ti0,000 soldais <l, malgré de nou,·eaux efforls à Ladon il Beauncla-Holandr, à Loigny, elle ne pul garder Orléans. La relruile commcn~• le 4 dfremLrc. Le gouvernement sr relira de Tours à Bordeaux. Mais (;aml,ella ne se dé,·ouragca pas encore. Le général Chanzy prit le commandement de l'armfe dr la Loire. s'adirmina vers I<• Mans Cil une relraile foergique; sans cesse il f_a,sait front pour arn'ler l'ennemi. Au ~Jans, pendant cleu, jours, aidé dP rhefs vigoureux, de Gougcard, de Jauré•guil,crry, de Jaurès, il sonlinl le choc des forces pru~sirnnes, el il se replia sur la MaJ1·nne, mais a,·cr la volonlé d,, luller t'ncore. L'arm 1c clu Xord, commanMc d'abord par Bourbaki, birnlôl par Fai,Ihcrlw, poussa en dfcembrc de ronragcuses pointes dans la ullée de la Somme: •·lie ll\ra à llapaumc, Je 3 janvrier une l,ataillc indéciee 0(1 lt'S Allemands se crurent vaincl!J', mais l'orméo française ne pul quiller J'al,r, des places du '\ord. De m,'me, la divn,ion lenlér dans l'Est demeurait ineffic.-aee. AprH une série de t'omhals à Villersexel, Il Iléricourl, Il Dijon, l'armée françaiae dul ee replier sur Bc•ancnn. Accablé.- de revers, ,IToiblie par un hi•er lerriblr, elle fut rejelée en Suisse à la fin de janvier.

IIISTOIHI, sor.1A1,!STE Toul espoir de délivrer Paris el de rejeter l'envahisseur semblait donc perdu. Gambetta, seul, avec Chanzy, voulut prolonger encore la r~sislance. Jules Favre, au nom du Gouvernement de Paris, négocia le '26janvier avec M. do Bismarck un armistice qui oc valait pas pour Paris seulement mais pour toute la France. Gambetta ne voulait pas s'y plier, mais le Gou\'crnemenl de Paris envoya Jules Simon à Bordeaux pour imposer la paix. C'était le déchirement dans la défense. La paix élail dès lors iné\'ilable. Le pays envahi, brisé, nomma une Assemblée conservatrice hostile à la Hépublique, hostile à la guerre. Celte Assemblée, réunie à Bordeaux le 22 février, désigna M. Thiers comme chef d'un Gouvernement provisoire, el lui donna mandai de négocier la paix. Le 1" mars, les Prussiens entraient à Paris el occupaient les ChampsÉlysées. La paix fut conclue aux conditions les plu8 dures pour la France. Une indemnité de cinq milliards; mais surtout la cession de l'.\lsace moins Belfort, el d'une partie de la Lorraine avec Melz. Terrible coup pour la patrie cl aussi, quelles qu'aient été les fautes de la !>rance, pour la civilisation. CHAPITRE Il QUI EST RESPO:SSAÀLE OE LA GUE0RE ·! Dans le conflil qui a mis aux prises deux puissantes na lions, Ja France a une grande cl profonde responsabilité. C'est elle qui l'a préparé Ms longtemps cl qui l'a rendu presque inévitable en méconnaissant les conditions de vie de l'Allemagne, en marquant une hostilité sourde ou violente à la nécessaire el légitime unité allemande. Cet aveu est douloureux sans doute, el il semble que ce soit redoubler la défaite du vaincu c1uo le reconnaflre responsable, pour une large pari, de la !,'Uerre où il a succombé. Mais c'est au contraire échapper à la défaite en se haussant à la vérité qui sauve et qui prépare les relèvements. M. de Bismarck a dit : • La France esl politiquement le plus ignorant de tous les peuples: elle ignore ce qui se passe chez les autres. " Sur l'Allemagne elle s'était longuement méprise. Elle avait oublié le merveilleux génie pratique et agissant <le Frédéric lJ; elle a,·ail oublié aussi l'admirable mouvement de passion nationale qui avail soulevé el emporté l'Allemagne de 1813. Elle se figurait que jamais l'âpre volonté prussienne ne disciplinerait les ffollantes ~oergies de la race allemande. El elle croyait qu'après une courte crise de patriotisme exaspéré, l'Allemagne, à peine délivrée de l'occupation étrangère, se livrait aux douceurs inertes d'un idéalisme impuissant,

16 lllSTOm E SOCIA LJSTE el renonçait,\ fonder dans Je monde réel des intérèts et des forces sa grandeur politique, industrielle et militaire. A vrai dire, si la France avail scruté plus profondémcnl la pensée allemande, rllc aurail vu que son idéalisme n'ètail ni abslrail, ni vaio, qu'il s'alliait, ou contraire, à un sens tn's précis de la r<'alité, ou plutôt qu'il était l'Plîorl immense de l'esprit pour élever à sa hauteur Ioule la réalité. llegel avait dit : « Il ne faul pas s'élever du monde à Dieu, il faul élever le monde à Dieu », c'esl-àdirc saisir l'idée de f"univers sans abandonner jamais la réalité immediate: Ainsi Ir génie allemand construisait le ponl sublime par où un peuple tout enlier pouvait passer de f"audacc précise de la spéculation à l'audace précise de l'action. ~lais, pour le regard des Français, cel Uprc paysage, dool l'architecture hardie des systèmes franchissait les abimes, étail comme noyé d'une brume romantique. li avail comme un aspect lunaire. Quelques hommes pourtanl commençaient à \"Oir la réalité, Quinet surtout. Il n'avait pas alleodu les durs avertissements que nous donnera Henri llcine en 1840; dès 18-31, il aooooçail que la communauté du génie allemand se traduirait nécessairement en communauté nationale cl politique; que l'unité allemande se réaliserait par la Prusse, cl que celle force nouvelle, Ioule chargée de lourdes rancunes el de vieilles haines, menacerait, en son expansion soudaine el brutale, !'_Europe el la France clic-même. « La contradiction, disait-il, esl devenue trop flagrante pour pouvoir durer cotre la grandeur des conceplioos allemandes et la misère des États auxquels elles s'appliquent. L'ambition publique éveillée par 1814, éloulîe, à l'étroit dans ses duchés. Je pourrais nommer les plus beaux génies de l'Allemagne à qui Je sol manque sous Îes pas, el qui tombent à celle heure, épuisés el désespérés, sur la boroe de quelque principauté, faute d'un peu d'espace pour s'y mouvoir à l'aise. Depuis que les Conslitulions ont fait des citoyens, il ne manque plus qu'un pays pour y vivre, el la forme illusoire de la IJiète germanique, assiégée par les princes cl par les peuples, tend à s'absorber uo malin, sans bruit, dans une représentation conslilutio~nelle de Ioules les souverainetés locales .... Nous n·avions pas songé que tous ces systèmes d'idées, celle intelligence depuis longtemps en ferment et Loule celle philosophie du Nord, qui travaille ces peuples, aspireraieol aussi à se traduire eo événements dans la vie politique, qu'ils frapperaient silôl à coups redoublés pour entrer dans les rails el régner à leur tour sur l'Europe actuelle. « Nous qui sommes si bien faits pour savoir quelle puissance appartient aux irlées, nous nous endormions sur ce mouvemeold'inlelligencc el de génie; nous l'admirions naïvemrnt, pensaolqu'il ferait exception à loul ce que nous savons el que jamais il n'aurait l'ambition de passer des consciences dans les voloolés, des volontés dans les actions, el de convoiter la puissance sociale el la force politique. Et voilà cependant que ces idées, qui devaieol rester si insondables el si incorporelles, fonl comme Ioules celles qui ool jusqu 'blors apparu dans le monde el qu'elles se soulèvent en face de oou~ comme le géoie même d'une

JIIS'l'OIR.E SOCIALISTE lï race d'hommes, el cette race ellc-m<'me se range sous la dictature d'un peuple, non pas plus éclairé qu'elle, mais plus avide, plus ardent, plus exigeant. plus dressé aux affaires. Elle le charge de son ambition, de ses rancunes, de ses rapines, de ses ruses, de sa diplomatie; de sa violence, de sa gloire, ùe sa force au dehors, se réservant à elle l'honnètc et obscm·e discipline des libertés intérieures. Depuis la fin du moyen âge, la force cl l'initiative des Ùals germaniques passe du Midi au :--ord avec to11l le mouvement de la civilisation. C'est donc de la Prusse que le :'lord esl occupé à cette heure à faire son instrument·? Oui; el si on le laissait faire, il la pousserait lentement, el par derrière. au meurtre du vieux royaume de France. En effet, au mouvement politique que nous a,·ons décrit ci-dessus est attachée une conséquence que l'on voildéjà naitre. A mesure que le système germanique se reconstitue chez lui, il exerce une attraction puissante sur les populations de même langue et de même origine qui t'n avaient été détachées par la force. Sachons que la plaie du traité de Westphalie el la cession des provinces d'Alsace el de Lorraine saignent encore au cœur de l'Allemagne autant que les traités de 1815 au cœur de la France. • Or, à mesure que les peuples allemands cherchaient à échapper à leur chaos d'impuissauce el d'anarchie, à mesure qu'ils marquaient leur volonté de s'organiser, de préluMr par l'union douanière à l'union politique el à l'action nationale, à mesure quo l'idéalisme allemand se révélait plus substantiel el plus énergique, quelle était la pensée, quelle était 1 «tlilude de la France·> Dès lors, je veux dire dès le règne de Louis--Philippe, il y a d~ns la pensée française à l'égard de l'Allemagne incertitude, ambiguïté, contradiction. S'opposer à la libre formation d'un peuple c'est répudier Loule la tradition révolutionnaire. Au nom de la Convention, Hérault do Séchelles s'écriait : « Ou haut cles Alpes la liberté salue les nations encore à naitre "· C'est l'Allemagne el l'Italie qu'il évoquait ainsi à la lumière de la vie. La féodalité n'était pas seulement tyrannie, elle élail morcellement : el la liberté ne pou va il nallre qu'en brisant à la fois des entraves el des cloisons. Les démocraties ne pouvaient se former que dans les cadres historiques les plus vastes. Maintenir la natioualilé allemande à l'étal de dispersion, ,c'était donc pour la France révolutionnaire refouler e( briser la Révolution elle-meme : Comment l'eùl-elle pu sans une sorte de suicide? Mais d'autre part laisser se constituer à côté de soi, débordant au-delà même du Rhin, la formidable puissance de l'Allemagne organisée el unifiée, c'était renoncer sinon à Loule sécurité, dn moins à l'instinct de suprématie. Ah! qu'il était difficile à la France de devenir une égale entre des nations égales! Qu'il lui élail malaisé de renoncer à être la grande nation pour n'ttre plus qu'une grande nation! Il fallait que par un prodigieux enort de conscience elle dominAL Loule sa tradition, Loule son histoire, toute sa gloire. La première des na lions de l'Europe continentale, elle availélé organisée, el sa force conconlrée avait élé par là même une force rayonnante, rayonnement de puiseance, rayonnei,,eol d'orgueil, rayonnement de p~nsée, rayonne-

18 HTSTOll1E SOCIALISTE ment de générosité, rayonnement de vioience, les Croisades, la calholicilé françaiae du ,111• siécle. la primauté insolente cl radieuse de Louis XIV. l'universalité de )'Encyclopédie, la Révolution des Droits Je l'Homme, enfin l'orage napoli-onien qui fécondait l'Europe en la bouleversant. La France s'était habituée à ,'Ire le cenlr_c de l'histoire européenne, le centre de perspective quand clic n'l·lail pas le centre d'adion. Elle ne discernai! plus son inlérêl de l'inlérN du monde, son orgueil de sa générosité. Elle croyait avoir conquis, en se donnant, le droit de dominer, el elle avait eu des fa~ons hautaines de propager la liberté elle-m~me. La Hévolulion aYail élé une fièvre d'enthousiasme hu'main el d'orgueil national. Elle voulait bien que les peuples fussent libres, mais libres par elle, des peuples libérés, des peuples affranchis, c·esl-à-dire formant autour d'elle el sous •on patronage auguste de libératrice une clientèle reconnaissante. Quoi! tous ces peuples mainlenanl allaient-ils donc se conslil ucr par leur propre efforl, de,•enir des puissances ,·rai ment el pleinemeal autonomes'! Toute celle argile qu'elle avait cru pétrir el animer du souffle de sa bouche allait donc s'animer d'unP. élincclle intérieure·! Elle pourrait Nre menacée demain, noo plus par des coalitions accidentelles el passagères qui alleslaienl sa puissance même el l'éclat de soo destin, mais par la constitution permanente el par la vie normale de graodes nations indépendantes el redoutables ... Son droit d'ainesse européenne allait lui échapper; son privilège d'unité allait se communiquer à d'autres; son instinct de conservation s'inquiétait el son orgueil d'idéalisme souffrait comme sa vanité de-domination. C'est déjà beaucoup qu'en celle crise profonde de la France lanl de consciences françaises se soient trouvées pour accepter el même pour saluer avec joie les destins nouveaux. Qui pourrait lui faire grief de ne pas avoir pratiqué d'emblée, avec unanimité el avec suite la politique internationale qui convenait à l'idée nouvelle'! li lui au rail été plus facile d'accepter cel élargissement du rôle des autres peuples si elle-même avait pu développer d'u~ mouvement régulier loules les rorces de démocratie, de liberté politique el de progrès social que contient le génie de la Hévolulion. Sa fierté eùl ·élé consolée si elle avail gardé, dans sa vie intérieure, unC'avance sur les autres nations qui s'organis~ienl el se libéraient à leur tour. Mais quoi, dans la France mème de la Révolution la démocratie paraissait condamnée, par la monarchie bourgeoise el censitaire. à un demi-avortement. Il semblait à plus d'un esprit que· la FrancP ne pourrait retrouver la pleine liberté révolutionnaire que par la force d'expansion révolutionnaire. El la lcnlalion des vieilles primautés s'insinuait à nouveau dans le rêve de démocratie. Quinet nous a laissé de ce trouble de conscience un éloquent témoignage dans un Je ses écrits:« 1815el 1840 ». C'est au moment où la politique brouillonne de M. Thiers provoquait contre la l'rance une coalition européenne où la Prusse élail entrée: Quinet reprend d'un accent belliqueu:r la revendication française des « frontières naturelle~•; il veut, comme Danton,

lll8TUIIU: $OCl.\l,ISTE 19 porter la France au l\hin Il sonne la fanfare d'un nationalisme vigoureux en proclamant qu'il n'y a pas de liberté intérieure pour un peuple sans la pleine indépendance extérieure cl ,,ue celle pleine indépendance n'existera poinl pour le peuple français lanl qu'il n'aura pas dilaté ses frontières el relrou,·é la partie la plus nécessaire, la plus nationale des conquêtes de la llévolulion. Cet intérêl est si vital pour la France el elle esl rr.enacée, si elle se résigne. d'une telle déchéance qu'il vaut mieux pour elle gssurncr seuil" le ris-quf" d'un<' guerl'C générale conlre la coalilion européenne, à la conJition de bien comprendre qu'elle joue celle fois son existence m<!me, qu'elle ne peul sans périr subir une in,·asion nouvelle, un amoindrissement nouveau, el que toule la lf>rre du pays doit st- soulever contre l'~tronger avrc la violence d'une convulsion nalu1rllc. Toutes les lenlaliv<'S gouvcrne111cnlales H'ronl vaines,·Ja d~mocralic populaire sera frappfo d'impuissance comme l'oligarchie bourgeoise, le peuple sera débit,, comme le poul'oir lanl que le ressort de la vie nationale sera comprimé el faus•/• par les traités de lbl~. " Plus j'y pense, plus je reste persuadé ~ue ni le despotisme, oi la lib(>rlé, ni le gou\·crnemenl, ni les (Jarlis ne peuvent se fond1•r d'11nP manière assurée sur un Etal dont les bases ont élé mutilées par la guerre, et que la paix n'a pas tenté de réparer. Chaque jour, je me convaincs que le pouvoir chancellera aussi longtemps que chancellera le pays, assis sur les traités de 1815; qu'il n'est pire fondement que la défaite; que surtout il faut désespérer de la liberté si l'on ne peul recouvrer l'inMpendancc. L'Elal craque sur les bases menteuses que nos ennemis lui ont failes de leurs mains, et au lieu de le soulenir, nous nous rejetons les uns aux aulres les causes de ce dépérissement général. Je "ois autour de nous des pays où l'on esl unanime dans les projets de conquNe; ils marchent, mn1gré leurs divisions apparcntrs. comme un seul homme, à l'accomplissement de leurs desseins sur le globe. El nous, non seulement nous nous inlerdisons,comme au \'irillard de ln fable, toute vasle pc-nsée, tous longs espoirs, tout projet d'accroissem('nt, _mais nous ne pou, ons m~me nous réunir pour reconnall,·e le mal qui nous fait tous périr. « Pour la France, il ne s'agit pas tant de conquérir que de s'affranchir, non pas tant de •accroilre que de se réparer, elle ne doit pas faire un mouvement qui ne la mène à la délivrancê du droit public des invasions. Toul cc qui est dans celle voie e,l bien, tout cc qui esl contraire est mal. Hoyanlé, république, juste.milieu, démocratie, bourgeoisie, aristocratie, ho1nmesde lhéoric, hommes Je pratique, tous ont là-dessus le même intérêt; c'est le point où leur réconciliation est forcée, puisque chacun de nos partis ne sera rien qu'une ombre aussi longtemps qu'il n'y aura parmi nous qu'une ombre de France, el que nos débats intérieurs seront stériles cl pour le monde el pour nous-mêmes tant quc,d'unemanière quelconque, par les négociations ou par la guerre, nous oc nous serons pas relcl'és du sépulcre de Waterloo. c·csl ainsi que l'Allemagne est restée méconnaissable aussi longtemps qu'a duré le traitée.le Westphalie .... Je sais qu'il est dangereux jusqu'à la mort de loucher à ces traités (de 1815), mais

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==