J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

IUSTOIR.E SOCIALISTE Î,) Là encore la solution bâtarde imaginée par M. Thiers se brisait aux dures nécessités de la vie. Ou l'Italie divisée s'cnfon~ail dans l'impuissance définilive comme un vaisseau disloqué descend dans l'eau profondP, ou bien elle se sauvait par l'unité réelle cl ,·ivanle: el cc que M. 1 hiers déplorait le plus dans l'unité italienne, c'est-à-dire l'exemple, le signal, J,, précedenl d'unité donné à l'Allemagne, se produisait aussi. De la Fi·déralion italique à la r.onfédéralion germanique passait une grande leçon d'unité nationale, cl ces deux Fédérations auraient élé d'aulanl mieux sollicitées à se soutenir, à s'encourager l'un,' l'autre dans leur cfiorl ve,·s l'unité nationale, que la France aurait prodigué à l'une cl à l'autre les conseils restrictifs. ou les prohibitions oficnsanles. Ainsi la doctrine de M. Thiers croulait en loul sens, el milme s'il a,•ail pu la faire prévaloir avanl que les choses fussent engagées, je veux dire a,·anl que se fussent arflrmées les aspirai ions unitaires de l'Italie cl a,·anl que la Prusse e1)l commencé, par la victoire de Sado" a, l'unité allemande, celle docl1-ine si précise el si positive d'apparence dans l'exposé qu'en fait ~I. Thiers, si inconsistante au fond cl si chimériquc,aurail lamenlablcmenl a,·orlé. )lais apri·s 185!!el 1866, après Solferino cl Sado" a, quelle application en faisait-il·? Il élail trop sensé, trop clain·oyanl, malgré l'étroitesse de son parti-pris cl sa faussr philosophie de l'histoire, pour ne pas reconnaitre que les choses n'étaient plus entières. Oéjà, après 185\J, il n'était plus possible à l'Europe, ayant encouragé el secondé l'unité italienne, de s'opposer sans inconséquence aux le11latives d'unité allemande. Celle inconséquence, ~!. Thiers pensait qu'un patriotisme éclairé el courageux l'aurait assumée. ~lais enfin, il aurait fallu à l'Empire un héroïsme d'esprit el de volonté qu'il csl malaisé de <lemanilrr ù dt s g-ou,·rrnements humains, c'est-à-dire toujours lcnlés de cacher lrurs fautes el an, an Ires el à soi. Ces fautes, il n'était plus possible de l<'s réparer loul à fait, m,'mc si on avail l'admirable probité de les reconnaitre. Comment, après avoir laissé faire la Prusse en JS63, en 1866, lui arracher le fruit de victoires qu'on n'avait pas osé lui disputer• Comment, après avoir laissé dépouiller le Danemark el écraser l'Autriche, s',nléresser après coup el risquer la France seule en des conllils où on n·a,•ail pas ,·oulu qu'elle cnlrùl quand elle pouvait avoir, quand elle avait des alliés•?Oouc, selon ~I. Thiers, en Allemagne comme en Italie; il fallait faire la part du feu, c'est-à-dire des fautes commises. Mais il fallait très résolument limiter la folie cl le désastre. Il fallait dire à l'Italie: Vous ave-, pu saisir la Toscane, i\'aplcs, l'Ombric; vous ne mellrez pas la main sur ce qui reste des Étals du Pape el sur Home. Il fallait dire à la Prusse : Vous avez pu saisir, incorporer ou subordonner les Étals allemands du Nord; mais votre Confédéral ion ne passera pas le Mein; vous ne mettrez pas la main sur les Étals du Sud. Voilà la politique de M. Thiers exposée par lui avec une force el une netteté incomparables, dans les séances des U el 18 mars, des 4 el \J décembre 186ï. Cette politique, il ne convient plus d'en discuter l'idée. Mais pratiquement que

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