J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

lï8 HISTOIRE SOCIALISTE . Charles-Quint ftH restauré. ~lais le grand machinaleur avait compté précisément sur l'énervement d'un peuple qui se croirait plus encore défié que menacé. La responsabilité de l'Empire subsiste cependant toute entière. Même ~i tout d'abord une rafale d'aveugle colère avait soufflé sur le pays, n'élail-ce pas le devoir du gouvernement de résister à fel allolemenl d'un jour et de ne pas engager l'avenir, sous le coup de la première émotion, par des actes irréparables·? li esl tragique et plaisant tout ensemble, devant la po51érité. de voir l'Empirr invoquer pour se défendre la Loule-puissance de l'opinion déchainée. A quoi donc lui servait-il d'être un régime d'autorité? cl quel titre de droit aura sa dictature si, après avoir avili les esprits sous le joug dans les temps calmes. elle ne peul pas les soustraire, dans les jours orageux el difficiles, aux pires conséquences de leur nervosité'? Voler à un pays sa souveraineté, sa liberté, parce qu'il en ferait un mauvais usage, élever au-dessus de tous nn pouvoir fort qui préservera la nation des enlratnemenls de la foule, des caprices de l'opinion, de5 tumultueuses décisions du forum, et livrer la patrie aux premières émotions du peuple en délire, ·quelle dérision! cl quel pitoyable salaire de vingt ans de sen•itude ! Tenir Îoul un peuple dans l'ergastule el abandonner soudain toute la maison à l'esclave, un jour qu'il esl ivre el sous prétexte quïl est ivre, c'est la plus terrible sentence que l'absolutisme puisse porter contre lui-même. 0 César! Lon rôle esl d'êlj le• sauveur,; c'est ton excuse, el si lu ne sauves pas ce peuple de lui-mi'me, à quoi sers-tu? ~lais il n'est pas vrai que les avertissements aient manqué, dès le début, à la diplomatie impériale. Parmi les journaux républicains, parmi les journaux vraiment libérnux, ceux-là mCme qui s'effrayaient le plus de la candidature Hohenzollern, conseillaient au gouvernement la prudence, la réflexion: Les Débats voulaient qu·a,ant de prendre parti on attendit la décision des Corlès qui, sans doute, hésiteraient à bouleverser l'Europe. Le Temps ramenait à de plus justes pro• porlions le péril, d'abord démesurément enflé, el il déclarait qu'il étail impossible d'entreprendre une guerre pour violel)ler la nation espagnole si celle-ci persistait. li désavouait les paroles hautaines el provocatrices de ~I. de Gramont. L'A venir National, avec Alphonse Peyrat, avec Henri Brisson, conslalait que la Prusse devenait d'autant plus audacieuse que la France était moins libre. Si le plébiscite n'arnil pas confirmé le pouvoir césarien, si M. de Bi~marck avait eu en face de lui un peuple maitre de lui-même el résolu à être le représentant authentique de la Révolution, il ne le provoquerait pas. Il n'y a qu'une réponse à lui faire, c·esl de créer en France la liberté. Dans le Rap~I. M. Lockroy s'empressait d'amortir la nole excitée de François Hugo : • Jeter la perturbation dans les affaires, inquiéter la France entière, sonner de la trompette, battre le tambour, armer aon fusil; tout cela

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