22 défaites sans arracher du sol toute leur histoire. Cette alerte et ces controverses de 18-10 laissèrent des deux cotés du Rhin, une irritation, une déOance. une meurtrissure. Cc n'était pas seulement la guerre, la grande cl terrib!P guerre des deux peuples •1ui se préparait ainsi de loin, c·était la servitude de la France, car, seule, la lég,•ndc napoléonniennc bénéficiait de ce nationalisme exaspéré. Et Quinet lui-m,'me signalait que pour conduire la guerre de salut pour lapa- • tric une lcrrib!c concentration des pouvoirsserail nécessaire:« Il est trop évident que noire gou,·rrnC'ment ordonné pour la paix, serait contraint de se transformer sous le feu. La Chambre des députés ne porte pas assurément dans son sein un Comité de Salut public cl celle des Cent Jours, pleine aussi de honnes intentions, a démontr(• pour jamais, qu·an moment du danger, la dictature inflexible est encore plus humaine, plus libérale que ces molles assemblées, toujours empressées à accommoder le différend, c'c0 t-à-dire il foire accepter aux peuples, sous la forme d·une capitulation emmiellée, l'esclavage cl la mort. " Quinet comprend bien cependant quel intérèl il y a pour la France cl pour l'Allemagne à conclure un accord définitif; cl quand l'orage soulevé par le ministère Thiers s·est dissipé. en novembre 18~0. il adresse aux Allemands un appel à l'•rnion : Mais à quelle condition '1 Toujours au prix de l'abandon par l'Allemagne de toute la rive gauche du Rhin. li constate l'immense extension de la puissance allemande. "Yous possédez le tiers de la Pologne, les Etals vénitiens, la Lombardie, la !Jal matie ", et il lïn\'itc à se répaudre par le Oanube vers l'Asie. li oublie que cette énorme dispersion ne sera que péril pour rAllemagne tant qu'elle n'aura pas concentré ses forces, organisé fortement son unité, et qu'elle ne peul préluder à celle œuvr-e de concentration par l'abandon \'Olontairc d'une partie de son territoire. En fait, après avoir rappelé à l'Allema~ne et à la France que les deux peuples avaient à défendre la mème civilisa• lion, faite loul à la fois de la Réf<Jrme religieuse allemande el de la Révolution française, c'est par une menace, c'est par une déclaration de guerre qu'il conclut.« Quand je pense par combien de liens votre pays et le nôtre sont désormais réunis, combien ils sont dïntelligence sur presque tout le reste, j'a\'oue que je suis tri's près de regarder comme une guerre civile la guerre entre la France el l'Allemagne. J'ose ajouter qu'il n·cst personne de ce côté du Hhin qui désire plus sinchement que moi votre amitié; mais si pour l'obll'nir il s'agit de laisser éternellement à vos princes, à vos rois ab~olus le pied su,· noire gorge et de leur abandonner pour jamais dans Landau, dans Luxembourg, dans Mayence les clefs de Paris, je suis d'avis d'une part que ce n'est pas là l'inlér!\l de votre peuple, de l'autre, que notre devoir esl de nous y opposer jusqu'à notre dernier souffle. " Mais comment donc (Juinel admet-il qu'à jamais l'Allemagne sera livrée à des princes absolus? Comment ferme-L-il ainsi l'avenir à la démocratie allemande 1 Je ne puis lire ces lignes sans un tressaillement de cœur el d'esprit. Mais combien est-il de Français qui se les rappellent. et qui se souviennent encore de l'étal d'esprit qu'elles exprimaient'/ Hélas! nous irons répétant que !'Alle-
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