190 HISTOIRE SOCIALISTE gcùt pas seulement à ménager aux yeux de son peuple sa dignité de souverain, 111aisqu'il réserv;\l à des chances imprévues, le moyen de se produire. li Nait dans une situation difficile, pris lui-même au piège que son ministre, avec son consent,•mcnt, avait d..essé. Ajourner, c'était permettre à M. de Bismarck quelque coup nouveau Je son génie, quelque tour de son sac; c'était donner peut-ètrc lieu à des imprudences de la !-'rance, où M. de Gramont était déjà bien excité; et qui sait si les événements. en changeant brusquement l'apparence des choses, ne permettraient pas au roi probe el craignant Dieu d'assumer sur sa tète pieuse le lourd fardeau de la guerre·> Déjà il avait dit à ~!. Benedetti (c'est le seul point sur lequel la letlre particulière de celui-ci complète utilement sa dépêche) qu'il avait élé blessé par le discours du ministre français, quïly avait ,·u presque une provocation. Que l'orgueil maladroit de celui-ci donne prétexte à un accès de dignité du roi. à un mouvement de fierté nationale en Allemagne, el le fond mème de l'affaire llohenzollem disparait. Peul-être aussi espérait-il qu'une aide lui viendrnit du gouvernement espagnol, que celui-ci afflrmerait bien haut, contre la France, le droit de choisir librement son sou,·erain. En trainant les n~gociations, il laissait ouvertes des possibilités multiples où sa responsabilité propre s'évanouirait. De l'horizon troublé, l'éclair de la guerre pouvait jaillir en lanl de points qu'il serait impossible de dénoncer la source mème de l'orage. Mais en donnant ces délais à la tempête, le roi n'aggravait-il pas devant l'histoire la responsabilité que déjà, par sa collaboration à la manœuvre de M. de Bismarck, il a assumée? cependant il ne pouvait, sans apµaraitre comme l'auteur direct <lu conflit, garder une altitude immobde : el il a,·ail fait un pas qui pouvait être décisif. Il avai! dit qu'il appelait l'allenlion du prince Léopold et du prince Antoine sur les suites de leur acceplation et que s'ils croyaient devoir la retirer il ~pprouvcrait la décision. C'est ce que disait très nellemcnl la dépêche : c'est ce que répète le rapport, quoique avec une nuance un peu moins marquée, senible-t-il. « Dans le cours de l'audience, le Roi m'avait plusieu,·s fois indiqué que s'il ne pou'.·ail user de son autorité pour déterminer le prince Léopold à retirer la , parole qu'il avait donnée, Sa Majesté s'absliend,;ail de l'en délo11mer. S'expliquant plus clairement à ce sujet, le Roi m'a assuré qu'il entendait lui laisser, après comme avant son acceptation, la plus entière liberté, qu'il s'était mis en rapporl avec le prince Antoine, qui se trouvait à Sigmaringen, et qu'il l'avait interpellé sur ses intentions el sur celles du prince Léopold, son fils, ainsi que sur la manière dont ils envisageaient l'émotion causée en France par l'assentiment qu'ils ont donné aux propositions du cabinet espagnol, qu'il lui importait d'êt,·e exactement éclairé à ce sujet pour continuer notre enlr~lien el me faire connallrc les résolutions qui pourront être adoptées ». Au fond, le Roi s'obligeait par là même à donner au prince le conseil de renoncer: car quel eùt été le cri du monde si on avait su que deux cousins pauvres du roi de Prusse prenaient sur eux, sur eux seuls, de déchaîner la guerr~, el que le roi
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