J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE snc1 \Ll:-:iTI-: 7\l donner leur grand dessein d'unité. l)uan<l donc ~I. Thiers disait, pour résumrr sa. politiqur : (< .Ye rien prendre, ne rien laisser prendre au.r autres,~, il n'ollrail ni à l'Italie ni à L\llcmagne une équi,alence de renoncement, el il opposait le ,·cto de la France à la volonté passionnée d'une grandr partie de l'Allemagne, à la résolution inllexiblc de la Prusse, s·aulorisanl <lela pensée allemande; il créait en Ire la France cl la Prusse, ou plulùl entre la France cl l'Allemagne, un casus belli que les calculs de prudence <les gou,·ernemenls pou,·aienl hif'n ~journer <le quelques années, mais qui pesait sui· le monde comme une implacable certitude. Quelques jours apri·s ce discours de )1. Thiers, à la fin de mars, l'Europe apprenait que, di·s le mois d'aoûl IS(ili, la Prusse arail conclu arec les l~lals du Sud des traités secrets qui organisaient la force militaire de ceux-ci cl les liaient par un accord défensif à l'Allemagne du :'\ord. El bicnlùl, le Zollverein réorganisé allait donner à des délégué• de Ioule l'.\llcmagne l'occasion de se réunir à lh-rlin en un Parlement douanier, irnagc du prochain Parlement politique cl national. ,\insi, la force d'unité allemande éclatait en tout sens et se manifestait sous Ioules les formes. Si cc mouvement d'unité avait été le produit artificiel des excitations pn:ssiennes, )1. Thiers aurai! pu espérer l'arrt'lcr par les sommations de la France. Mais il était visible, depuis Sado" a, que )1. de 13ismarck résistait à la poussée plus qu'il ne J'al'ivail. ;'\on pas qu'il eûl abandonné un instanl son plân d'unité lolale, mais il ne voulait pas braver la France el déchainer un conflit av~nl d'avoir assuré à la Conf<'dération du :'\ord cl aussi aux l~lats du Sud une forte organisation militaire. li ne voulait pas se hùter d'unir les démocratiques !~lais du Sud à l'Allemagne du :'\ord avant d'avoir assuré dans la Constitution nouvelle la puissance de la ~lonarchie prussienne. El il s'appliquait aussi, par une modération étalée, à rejeter sur !a France Loule la responsabilité apparente d'une guerre éventuelle, afin d'avoir pour lui, dans le combat, la force du sentiment national allemand exaspéré. Mais enfin, à ce momenl il n'aiguillonnait pas l'Allemagne: il ne l'éperonnait pas. Il contenait au contraire la passion nationale, il la tenait en bride. El celle-ci plus d'une fois se cabrait sous lui cl sïrrilail. Cc sont précisément les députés an Parlement du ;'\ord du Hanovre annexé, c'est 13enningsen et ses amis qui pt·oteslaient avec le plus de véhémence contre Ioule politique de faiblesse et de temporisation. 13ienl<lle duché de Bade allait demander sa réunion à l'Allemagne. El le jour était proche où la Confédération du :'\ord passerait le Mein, proclàmerail l'unité allemande, soit que M. de 13ismarckjugc,\l l'occasion favorable, soit quïl ne pot retenir plus longtemps l'impatience du patriotisme allemand. Ce jour-là, dans le système de M. Thiers, c'était la guerre forcée. En allendanl c'était entre la France cl l'Allemagne uo malaise profood. La France devenait pour l'Allemagoe l'ennemi direct, l'obstacle, délesté d'un grand dessein qui hantait led esprits el exallail les ilmes. C'él~l une semence de défiance el de haine, d'où jaillirait soudain comme une forèl de glaives.

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