J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

68 HISTOIRE SOCIALISTE l'Anglclerrc, mais selon le lypc de la France elle-môme, c'esl-à-dirc sous lïmpulsion et la direclion de monarchies absolues. Mais qui ne voil que les souverains de l'Italie une, de l'Allemagne une, n'auraient pu refuser à ces deux grandes nations, enfin concentrées, une parl au moins de celle liberlé polilique que la France unifiée revendiquait con Ire ses nobles et ses rois·! lis n'auraieut Jonc pu conduire leurs peuples à l'assaul de la France en une croisade de contrc-révolulion. Ainsi, dans celle hypothèse encore, la démocratie française aurail élé à l'al,ri d'une agression; et elle-même n'aurait pas cédé à la lenlalion d'orgueil cl de violence que développa en son esprit la [aiblessc bicnlot conslatéc d'une Europe morcelée cl chaotique. L'unité allemande el l'unité italienne manquèrent donc à l'équilibre de la Hévolulion, comme elles a,·aienl manqué sous l'ancien régime à l'équilibre de l'Europe. Avant l'avènement national de ces deux peuples, il n'y avait pas équilibre, mais au contraire déséquilibre européen, pour le plus grand dommage el de l'Europe cl de la Prancc ellc-m,'me. El si~!. Thiers parle d'équilii,re pour un système européen li\'ré à Ioules le, lémérilés el à toutes les surprises, c'est parce que sous le nom d'équilil,re il entend la domination de la France, pruJenle il est vrai cl mesurée. C'est l'Anglelcrre qui a la mission de corriger les excès de la France quand celle-ci, sous Louis XI\", sous :\"apoléon, délruil jusqu'à l'apparence de l'équilibr,'. Mais n'est-il pas meilleur que le muluel contre-poids de grandes nations organisées contienne peu à peu Ioules les ambilions; el que signifie celle vieille horloge dont l'aiguille toujours afToléc ne peul èlre ramenée à l'heure que par les interventions conlradicloires d'horlogers qui se dispul~nt '! Ce que ~!. Thiers, dans la leçon d'histoire donnée au Corps Législatif, appelle la politique de l'équilibre n'esl que la succession violenle de tenlalives de domination universelle. C'est d'abord l'entreprise de la royauté française sur l'Italie. C'est ensuite l'clTorl de la Mais_on d'Aulriche. EL commenl tout cela était-il possible'! M. Thiers accuse la politi<1ue nouvelle, la politique des« nalionalités », d'avoi,· rompu ou disloqué Ioules les barrières, déchainé Ioules les convoitises. )lais c'est précisément l'absence de celle politique qui, de la fin du ""• sii'cle à la fin du xrn,•, a livré n:uropc à toutes les combinaisons de la force. L'Italie <livisée a élé une tentation pour nos rois. El si Charlcs-l]uinl a pu former son rèvc monstrueux de domination universelle, c'csLparce que, dans le groupement des !~lais, la politique de ce temps ne lenail aucun compte des affinités de langues, de races, de mœurs, d'histoire qui groupaienl les hommes cl qui limitaient les groupemenls. En fait, c'est par une première application inconsciente du principe des nationalités que la France a résisté aux prétentions des llal,sbourg. C'est l'impossibilité de maintenir sous un même sceptre des peuples différents d'origine, de lemp/>ramenl, de formation historique qui a fail avorter le dessein de la maison d'Autriche; mais celle indépendance réciproque des groupes historiques foncièrement distincts n'a-t-elle pas pour

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