J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALIS'l'E J:17 Lorsque les corbcnux auront cessé de voler autour de la montagne, il ressuscitera. il suspendra son bouclier à un arbre desséché, et l'arbre commencera à bourgeonnPrel à verdir. cl un meilleur temps comml'ncera pour l'Allemagne. • Aucun obsPr\'ateur sérieux ne s'est mépris sur re mou\'emcnl Pitt, Chateaubriand, Quinet): mais une fouir <leroilclcls Naicnt là aux nguels. (Juc fil alors le peuple allemand'! ce qu'avait fait le peuple 1lalic11dans une situation pareille. ;\e pouvant réaliser l'unité dans le fail. il la réalisa (!ans lïdéal: n~ pou,·anl s·unir en politique, il s'unit dans ln lilléralurc el dans l'art. )Je grands écrivains, Lessing, Schiller, (;œlhe, Herder, lui construisirent sur les nuages de la fantaisie une patrie abstraite, el ils la firent si belle, si lumineuse et si touchante quïr la contempler tous oublii'rcnt les misères du présent et se mirent à aimer, à servir, à chanter celte créalior, de, leurs larmes et de leurs espérances. Ainsi autrefois l'llalie s'oubli'll aux divines consolations de IJanlc, d'.\riosle. de Pétrarque, aux enehantemenls de Haphad, de )lichel-.\nge, de Cimarosa et de Hossini. « Cependant, il vint un moment où les calamités furent si dures que cc peuple qui rêvait, les yeux levés en haut, regarda autour de lui. Parloul il vit la désunion, la petitesse, l'obstacle et les haies qui séparent dans le champ qui ùevnil t'tre uni. Alors il quilla ses livres cl ses poètes: il appela Gœlhc un païen cl se mit à rechercher comment il pouvait accommoder mi(•ux sa patrie terrestre, el ceux qui eussent élé des philosophes, des théologiens et des poètes quelques années auparavant, devinrent des historiens, des économistes, des publicistes, des savants. « L'Allemagne est lente à se mouvoir; mais, dès qu'elle enlre clans une voie, elle s'y avance jusqu'au bout avec une ténacité indomptable. De ce jour, elle a aimé ceux qui onl favorisé sa passion el elle a délesté ceux qui ont paru la contrarier. L'Autriche n'a en rien contribué à la création do la lilléralure naLionale, ni aux premiers essais d'union matérielle: l'.\llemagne l'a délestée. La Prusse lui a créé un chnmp d'asile pour ses penseurs, une école militaire pour ses soldnls; elle lui a donné une certaine uni lé matérielle par le Zolh•ercin : aussi l'Allemagne l'a-t-elle aimée jusqu'au point d'en tout subir. El lorsque réunie à Francfort, dans l'église Saint-Paul, sous les plis du drapeau noir, rouge et or, elle a pu prononcer une parole libre, elle a dit : L'Autriche hors de la Confédération! Le roi de Prusse empereur d'Allemagne! Ne CQlltrarions pas un lei mouvement. Notre grandeur nous a paru toujours identique à celle de l'humanité; ne manquons pas à celle belle tradition, el, chaque fois qu'une notion surgit dans le monde, au lieu de lui faire obstacle el de la mnudire, envoyons-lui, par nos messagers, la myrrhe cl l'encens. • ... Oui, Messieurs, amitié avec la France, le jour o,·, la Fronce ne menacera pas. Comment en serait-il autrement?. . . Sans doute, nous avons été quelquefois funestes à l'Allemagne; mais que de bien ne lui avons-nous pu rait?

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