J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

142 HISTOIRE SOCIALISTE que chez lui celle idée n'était pas nouvelle. Il l'avait et con~ue el produite en un temps oil il ne pouvait guère songer, lui un des Cinq, que l'Empire ferait appel à son dé,•ouemenl el réaliserait par ses mains l'ccuvre de liberté qu'il lui proposait. li est probable que les agitations civiles auxquelles il avait été mêlé tout jeune préfet de Marseille, en 1848, et l'horreur de réaction et de violence césarienne qui avait suivi avait laissé à son esprit des impressions funestes. La France ne pourrait-elle donc jamais sortir de ce cercle maudit de révolution et de réaction, el y lournern-t-elle à jamais comme le suhlime el lamentable damné du monde moderne·! ,Son père proscrit avait connu les douleurs de l'exil et il gardait à l'Empire une haine inexpiable! ~lais n'est-ce pas précisément parce que lui-même avait, clans la grande douleur de la liberté vaincue, sà part de douleurs domestiques, quïl pouvait, lui le fils du proscrit, lui le fils du républicain violenté, donner le cliftlcile exemple de l'oubli, de l'amnistie, si seulement le pouvoir fondé sur la force voulait entendre enfin la voix de la liberté•! Là où les âmes passionnées mais vulgaires verraient une apostasie, des âmes plus hautes ,·erraient le suprème sacrifice à la patrie.el au droit. Ainsi raisonnait, soit pour hausser, soit pour tromper sa conscience, le fils de Démosthène Ollivier. Donc, aussitôt que la parole des députés au Corps législatif peul porter au dehors, il ne se borne pas à rrvendiquer la liberté; il ne se borne pas à placer cette revendication, celle espérance de liberté sous le patronage inattendu du premier des :\'apoléon : il annonce <1ucsi on fait l'Empire libéral, il se ralliera à l'Empire. c·esl bien son discours du 1-l mars 1861, commentant le décret impérial du 26 novembre 1860, qui est déjà le manifeste du futur « Tiers-Parti ». " (Juand, après quelques mois de retraite à l'ile d'Elbe, l'empereur :'iapoléon rentra, par un coup de fortune inespéré, dans ce Palais des Tuileries qu'il avait quitté quelques mois auparavant, il y appela Benjamin Constant, jusquelà un de ses plus intraitables ennemis, mais qui no l'avait détesté quo pa,· dmour pour une puissauce plus élevée et plus noble: la Liberté. Les premières paroles pa,· lesquelles il l'accueillit furent celles-ci:« Des discussions publiques, « des élections librès, des ministres responsables, la liberté de la presse surtout, « je veux tout cela, la liberté de la presse surtout; l'étouffer est absurde. » • Plus tard, lorsque encorr plus éprouvé par l'adversité, lo,·sque après avoir été broyé avec la France sur le champ de bataille de \\"aterloo, il fut arrivé sur ce rocher où ses douleurs ont fait oublier ses fautes, alors, Messieurs, c'est l'empereur actuel 1;,i-roême qui me l'a appris (dans sa notice sur Joseph); alors il écrivit à son frèrn Joseph, retiré aux Etats Cois, cette belle parole que je voudrais voir inscrire ici : « Dites à mon fils quïl donne à la France autant « de liberté que je lui ai donné d'égalité. » (i\fouuemen/.) \'oilà, messieurs, ce que nous demandons à !'Empereur. Si notre parole pouvait avoi,· sur lui une influence quPlconque, nous lui dirions : Quand on est le chef d'une nation de i16millions d'hommes, quand on a été acclamé par elle ainsi qu'on nous le dit

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