J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

174 HISTOIRE SOCIALISTE ccl homme bruyant ne s'en apcrçul pa~. En vain Napoléon, habitué aux vagues entreprises de l'esprit, se 0allail-il encore de préciser, au jour du danger, son accord avec l'lialie cl l'Autriche. En vain chargeail-il le général Lebrun, en mai J8ï0, de porler à M. de Beusl el à l'empereur François-Joseph, un plan de coopération militaire. L'Autriche mainlenail ses premières réserves. Une seule chose aurait pu la décider à se commellre à fond : c'est si la France elle-mème avait donné l'exemple de l'audace, en abordant hardiment el en résolvant, selon le vœu de l'Italie, le problème romain. Mais cela, Napoléon ne l'osait pas. El ce n'est pas dans ce sens que M. de Gramont le poussai!. Celui-ci, quand il quitta Vienne, en mars, fut mis au courant, par M. de 8eusl, de l'étal des choses. li sut qu'il y avait, entre les trois puissances, un accorJ senlimenlal qui. n'avait pas pris forme de traité. li pensait, sans doute, que la haine commune de M. de Bismarck serait, dans les crises prévues, un lien suffisant enlre l'Autriche el la France. El loul restait à l'étal de molle nuée. Cependant la préciJe el terrible intrigue bismarkienne conlinuail. L'insistance du prince Anloine el de ~I. de Bismarck lui-même avait raison des résistances du prince Léopold. Le chancelier prussien envoya, en juin, un message à Prim pour l'encourager à reprendre ses démarches; il lui conseillait de s'adresser, non à Berlin, mais au prince Léopold lui-même. Ainsi, il serait plus facile à M. de Bismarck de donner à Loule la combinaison l'apparence d'une alTaire de famille. Les scrupules du roi, qui avait le pressentiment de la tempête qui allait éclater el qui aimail bien les entreprises fructueuses pour sa maison ou sa politique, mais à condition d'en dérober à ea conscience les conséquences troublantes, seraient plus aisément calmés. Au demeurant, si l'affaire tournait mal, il serait d'autant plus facile d'y renoncer qu'elle apparallrail simplement comme une douce combinaison fa~iliale. A la fin de juin, la chose élail conclue, mais Prim, dont le malaise croissait à mesure qu'approchait l'événement, n'eut pas la force de porter son secret comme il e0t fallu. Les paroles énigmatiques qu'il avail prononcées aux Cortès le li juin avaient donné l'éveil' plus qu'il n'e0l souhaité. Dans les premières heures <lejuillel, la rumeur se répandit en Espagne que le prince Léopold avait décidément agréé l'offre de la candidature. Les Corlès élaienl en vacances. Prim, ne pouvant pas les convoquer assez vile pour mettre la France, l'Europe en face du fait accompli, dut s'ouvrir à l'ambassadeur français à Madrid, M. ~lercier de Lostende; il essaya ainsi d'amortir le coup, mais en vain. Lui-même était plein de pressentiments s~mbres. C'est le 3 juillet que parvint au quai d'Orsay la dépêche de Madrid annonçant la candidature du prince de Hohenzollern. L'émotion de M. de Gramont fui violente, Jamais pourtant la diplomatie française n'avait eu besoin de plus de sang-froid el de mesure. Ou bien M. de Bismarck ne voulait pas la guerre, el s'il risquait la candidature Hohenzollern, c'était dans l'espoir que la France ne protesterait

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