J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

28 H!STOIR8 SOCI.\LIST8 bilM de la France. c·esl ici quo se noue le terrible drame de 1870. Quelle devait tltre devant cette entreprise de la Prusse, créant el préparant l'unité allemande, !"attitude de la France"? Son devoir absolu était de respecter la liberté de cc mouvement, el même de l'encourag<'r sinon par une coopération effcclive au moins par une sincère et visible sympathie. Pourquoi·/ C'est d'abord que la France était tenue à réparer envers l'Allemagne les violences, les crimes, les abus de pouvoir du passé. Longtemps elle avait abusé de sa force pour tenir l'Allemagne en sujétion par le morcellement syslémalique de ses forces. Au traité de Weslphalie elle l"avait réduite en unepoussièred"Elats, el dans celle poussière elle avait marqué sans cesse, en des invasions répétées, l'empreinte de son pied. Despotisme de Louis XIV, despotisme de la Révolution, despotisme de Napoléon !•', l"Allemagne avait tout subi. Puisque maintenant une chance s'offrait à elle de se constituer, de \levenir une nation, la France ne pouvail, sans un attentat contre le droit, iui dérober cette chance, et une fois de plus faire avorter son espoir. Or, il y eut en France, contre l'Allemagne en formation, une coalition presque universelle des ignorances, des vanités, des jalousies. L'Empire et les adversaires de l'Empire (ou du moins beaucou;> d"enlre eux) rivalisèrent d'égoïsme étroit el aveugle. Ce fut le crime d'une nalion contre une autre. Dès la première heure du drame la politique du gouvernement impérial fut toute d'hostilit~ sournoise el cupide, d'ambiguïté, de fourberie. D"abord )'Empereur el ses diplomates croyaient au succès de l'Autriche et ils se proposère1tl tout ensemble de seconder el de limiter la victoire autrichienne el d'exploiter à la fois l'Autriche victorieuse el la Prusse vaincue. Le lrailé secret conclu entre la France el l'Autriche le 10 juin 1866, quelques jours avant la déclaration de guerre el par les soins de l'ambassadeur français à Vienne, M. d_eGramont, est lout un enchevêtrement de combinaisons contre le droit. L'article l" disait:« Si la guerre éclate en Allemagne, le Gouvernement français s'engage vis-à-vis du Gouvernement autrichien à conserver une neutralité absolue el à faire tous ses efforts pour obtenir la même attitude de l'Italie. » - Ainsi )'Empereur allait essayer de lier les màins de l'Italie, pour que la Prusse ne ftHpas servie par la diversion italienne et que, destituée d'alliés, elle succombàl plus snremenl. li est vrai que l'Italie, elle, ne sera pas frustrée de son espérance qui est de mellre la main sur la Vénétie. Car, par l'article 2, le lrailé slipule: • Si le sort des armes favorise l'Autriche en l'Allemagne elle s'engage à céder la Vénétie au Gouvernement français au moment où elle concluera la paix.» Donc, même si l'AutrichA est victorieuse, elle cédera la Vénétie à la France qui, naturellement, la passera à l'Italie. El sans doute !'Empereur comptait sur celle tentation pour décider à la neutralité le Gouvernement it:lien; car pourquoi celui-ci se risquerait-il à la guerre si la paix doit lui procurer avec certitude le bénéfice d'une guerre heureuse? Au fond, pour l'Italie, c'était un piège.

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