J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

86 IIISTOJHE SOCI.\LISTE ' la Prusse à prendre posilion comme la France. M.Thicrs•dislinguait deux catégories parmi les pal riotes ilaliens, parmi les partisans de l'unité: les fous el les habiles: les fous, qui voulaienl précipiter le mouvement et s'emparer révolulionrrnircmE>nlde Home, sans souci des engagements pris avec la France; les habiles, qui voulaient préparer l'avenir el arriver au même bul par des chemins plus longs. Si les fous l'emporlenl c'~sl la guerre, M.Thiers l'a proclamé. Et cc ne sera plus, comme naguère à ;\(entana, la rencontre de troupes françaises el de quelques bandes garibaldiennes officiellement désavouées par l'Italie, ce sera le choc de la France el de !"unité italienne réellement accomplie. Or, dans ce cas, la Prusse, de !"aveu de ~l. Thiers, ne peut plus s'abslenir, comme elle l'a fait pour Mentana. Elle ne peul pas laisser écraser son alliée de Sadowa et livrer !"unité italienne à la France qui, le lendemain, avec un preslige accru, menacerait l'unité allemande. C'est donc, M. Thiers le reconnait, la guerre certaine avec la Prusse et l'Allemagne comme avec l'Italie. Mais si la politique des habiles p1évaut, ce sera encore la guerre. C'esl la menace permaoenle et la certilude prochaine d'une coalilion de la Prusse el de l'Italie contre la France: « Les habiles, cl ils sont vraiment habiles celte fois, proposent autre chose. Il faut, disent-ils, dévorer l'affront qu'on nous fait (ils appelent atlront cette• simple réserve que vous venez de poser tn faveur du Pape); dévorons-le, mais au lieu de désarmer, armons ... li faut attendre, pensent-ils, et plus tard se produiront d~s cir,conslances qui nous permettront de trouver des alliés pour acquérir Rome comme nous en avons trouvé pour acquérir la Vénétie. Quels peuvent t'lre ces alliés? li n'est pas difficile de les nommer: cc sont les mèmes. • Oui, ce seront les mêmes. Ainsi les habiles ont la mème ambition que les fous. lis veulent conquérir Rome. lis attendent seulement l'heure où ils pourront compter sur le concours de la Prusse. Et comme la politique de M.Thiers ne permellra pas plus aux habiles qu'aux fous d'occuper Rome, comme elle esl résolue à disputer Rome à l'Italie, non pas maintenant, mais toujours, le choc sera bien retardé, mais il reste inévitable; et les mêmes raisons impé- , rieuses qui obligeraient la Prusse à inlcrvcni[ pour l'Italie dans un grand confliL avec la France immédialemenl déchainé par les fous, obligeraient la Prusse à inlcrvenir également dans le même conflit déchaîné-un peu plus lard 1>a1les habiles. De toute façon,' ou tout de suite, ou bientôt, c'Psl la terrible rencontre de la Frnnce avec la Prusse et l'llalie coalisées. li n'y aurait qu'une chance d'échapper à celle nécessité formidable, c'est si la France renoncait à interdire Home à l'Italie, cl M. Thiers ne le veut pas, ou si l'Italie renonçait à Rome, el l'Italie signir.e par lous ses partis, par tous ses citoyens, par les modérés comme par les révolutionnaires, par les habiles comme par les fous, qu'elle ne veut pas renoncer à Home. Et quand M. Thiers, qui pressent le péril, qui l'avoue à demi, mais qui ne veut pas le reconnaitre tout entier, espére qn'il pourra se dérober aux funestes conséquences de sa politique en parlant lrès-haul à l' llalie, on ose à peine dire que jamais boIDl)le d'Etat vieilli dans

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