146 HISTOIRE SOCIALISTE eommcnl l'Empire pouvait-il accepter de bonne gri\ce ce surgissement de deux grands peuples, si lui-m~me ne trouvait pas, dans une œuvre glorieuse <le liberté, dans l'accomplissement hardi de ce qu'avait d'essentiel le progra111me de lï80, une forme nouvelle de grandeur? !)'ailleurs, l'Empire ne pouvait s'er.gager à fond dans cell~ politique de paix s'il était obligé de défendre contre l'Italie le pouvoir temporel du Pape. Mais il y serait contraint, il subirait le joug des contre-révolutionnaires qui l'animaient contre l'Italie, s'il n'appelait à lui une force nouvelle, la force du libéralisme démocratique. C'est ce que M. Émile Ollivierdisail avec force dans son discours du 20juin 1864 au banquet de Turin. li signifiait que le gouvernement impérial serait contraint de menacer l'Italie tant qu'il serait l'esclave des partis conservateurs ennemis de l'unité italienne, el que la question romaine était en réalité pour la France une <1ueslion de politique intérieure. Elle ne sera résolue au profil de l'Italie que par l'avènement, en France, de la liberté. Quand donc M. Emile Ollivier commença à entrevoir, dans l'année 186ï el les années qui suivirent, la possibilité <!'arriver au ministère, il avait donné assez de preuves de constance el ,le cohérence dans les vues el dans les desseins pour qu'on put espérer que son avènement au pouvoir résoudrait dans le sens de la paix el du droit des nations la question allemande el la question italienne. Pourtant, dès lors, bieu des symptômes inquiétants commençaient à se marquer. M. Emile Ollivier s'exaltait orgueilleusement dans son dessein par de fausses analogies. li admirait 11irabeau el l'ellorl tenté par celui-ci pour concilier la vieille monarchie fran- •;aise et la Révolution. Sans doute, le succès _decelle entreprise au rail épargné à la France bien des épreuves el bien des désastres. Mais quelle conclusion )1. Emile Ollivier pouvait-il tirer de là'! La France révolutionnaire de 17t<9 n'avait pas, pour la royauté traditionnelle el pour Louis XVI, la haine el lo mépris qu·a,·ail sous l'Empire le parti républicain pour le César d'aventure, parjure el meurtrier. Tous les révolutionnaires étaient monarchistes, et Mirabeau ne faisait que pousser plus hardiment, avec plus de conséquences el un souci plus aigu de l'avenir, une politiq~e dont les prii1cipes étaient avoués par tous. Au contraire, la démocratie républicaine, dont M. Emile Ornvier avait été d'aLord l'élu, n'acceptait pas dans son ensemble la réconciliation avec l'Empire mème libéral. De mèmc, quand i\I. Emile Ollivier s'expliquant, aux élections générales de 186(),devant les citoyens de Pari~, qui d'ailleurs le désavouèrent, leur rappelait que les républicains Mazzini el Garibaldi élaienl allés trouver Cavour el lui avaient dit : « Si la monarchie de Savoie veut réaliser l'unité italienne, nous la seconderons•; quand il ajoutait: « Si ces hommes ont mis l'unité de leur patrie au-dessus de tout cl de la forme même de gouvernement qui avait leurs préférences passionnées, je mets au-dessus de tout la liberté de la patrie, il s'éblouissait lui-mème d'une ressemblance lrom;,euse. Car la maison de Savoie voulait vraiment l'unité italionne,el l'instinct de son ambition se con-
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