172 HISTOIRE SOCIALISTE loujours marchandé. Aussi bien le souci de ménager la France · pour obtenir au besoin son aide sympalhique dans les affaires orientales était pour beaucoup dans l'allachemenl de 111d. e Beusl au traité de Prague. Que 1~ France y renonç0l, lui-même sans doute ne s'obstinerait poiill. Alors la Triple Alliance avait un intérèt véritable pour la paix de l'Europe. Elle permettait à l'unité allemande de se rormer sans conflit, le jour où les Etats du Sud s'y décideraient, el elle créa il, par le groupement amical de trois grands Elals, une telle puissance que l'Allemagne nouvelle, même appuyée sur la Russie, ne pouvait devenir un danger pour les autres peuples ou céder à une tentative de violence el à une i,•resse <l'ambition. Mais il esl une chose que M. Emile Ollivier, en loul cas, devait dire à !'Empereur: c·est que jamais le concours ne l'Italie ne serait assuré, même pour une guerre défensive, si la France ne renonçail pas à intervenir à Rome. M. Emile Ollivier avait toujours séparé l'intérêl catholique du pouvoirlemporel. Même après Mentana, il avait, en un discours véhément, glorifié l'unité ilalienne, affirmé que ce que les peuples d'Italie acclamaienl en Garibaldi, c'élail l'image adorée de la patrie. Il avail proclamé, du haut de la tribune, que le pouvoir temporel se condamnerail lui-même si le pape ne retirait pas les déclarations absolutistes du Syllabus. Or, voici qu'en celle même année 1870, el précisémenl à l'heure où M. Emile Ollivier occupait le pouvoir, le pape obligeait l'Eglise universelle, réunie en un Concile, à ratifier ses doctrines d'absolutisme el à les sanctionner par l'inraillibililé pontificale. Pour la première fois, la papauté avait écarté de ces grandes assises calholiques les représentants laïques des Etals. Et M. Emile Ollivier s'écriail que c'élail la séparation de l'Eglise el de l'Etat prononcée par le pape lui-même. Que 111. Emile Ollivier se refusi\t à répondre par un acte d'hoslililégouvernemenlale à celle inlransigeance calholique, qu'il se refust\l à peser sur le Concile, qu'il laissât les évêques français libres de s'y rendre, soit; ce pouvait êlre une conce_plionhabile et sage de la neulralité des Etals modernes dans Ioules les discussions dogmaliques; et, en ce sens, la hautaine el libérale indifférence témoignée par M. Emile Ollivier répond ail mieux à l'esprit des temps nouveaux. que le gallicanisme attardé de quelques-uns de ses collègues. Oui, ~ais à condition que l'Etal, renonçanl à imposer des chaines, se rêfusâl à en porler, à condition qu'il ne se ru pas à Rome le gardien de l'absolutisme papal contre les citoyens romains et contre l'unité italienne. M. Emile Ollivier a dit, bien plus lard, que l'honneur commandait h son gou~ernemenl de ne pas abandonner le Pape. L'honneur commandait à M. Emile Ollivier d'ôlrc fidèle à ses propres idées. L'honneur lui commandait de ne pas mellre pius longlemps la force de la France au service d'une domination temporelle qui ne pouvait s'exercer que selon les principes de l'absolutisme le plus outrageant. Et si cet honneur politique de M. Emile Ollivier était, par surcroit, conforme à l'intérêt vital de la France, si, en restant lldèle à sa
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