J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIAl,ISTE ma de conférer à ce sujet a,·ec le Hoi et avec lP prince Antoine, ~I. de Bismarck s'est renfermé dans lPs obsen•alions que j<· viens de vous indi'luc,· en substance. En prèlanl foi à la sincérité de ses paroles, il faudrait nécessairement en conclure qu'il n'a été fait aucune rroposition au prince Léopold ou que, du moins, il ne l'a pas favorablement accueillie. S, Jt m'en rapporlais, au contraire, à l'expérience que j'ai acquise du sens qu'il conl'ienl d'a/lqrher à son langage, j'inclinerai à lTnire qu'il ne m'a pas exprimé sa pen~ée /oui entière . . Je,, lui ai fait remarquer que· le prin('e Lt'opold ne pourrait déférer au vœu des Cori ès, dans le cas où elles l'acclameraient, sans /'asse11/imenl du Roi. cl 'IU<' Se ~lajeslé aurait don~ à di<'ler au prince la résolution qu'il de, rail prendre en une pareille circonslanc"- ~I. dt• Bismarck /'a reconnu; ma.is au lieu de m'assurer que le Hoi Na,t irrévocablement décidé à lui recommanMr l'abstention, il est rr\'C'nu sur les périls dont serait eulouré, dès son avl'nemenl, If> nouH•au souverain de l'E!5pagne: « (Jue fanl-1I pen<cr de l'allilml<' gardéP par ~I. de Bismarck ,luranl nolrr enlrelien, l'l dn langage !i<Î mesuré el si peu conforme à srs h~1bitudrs, qu'il n'a cessé de me tenir·! Considèrc-l-il que le prince Léopold peul èlrc i•lu par les Corl~s? el a-t-il pris soin de s'exp,·imer de manière à ne pas engager la libre résolution du Hoi dans une semblable éventualité? ou bien, s·est-il proposé uniquement de nous lais~cr soupçonner qu'il lui serait aisé, au besoin, de faire acclamer en Espagne un membre de la maison de l lohenzollcrn ·i Si j'en juge par mes impressions personnelles, ce•s deux conjectures sont également vraisemblables. li m'a paru tenir, en effet, /l me persuader que les bruits dont nous nous enlrclcmons n'avaient aucun fondement, mais il s'est abstenu soigneusement de me donner l'assurance formelle que le Hoi ne permettra, en aucun cas. au prince Léopold d'accepter la couronne si elle lui était offerte. » Qu'est-ce à dire, sinon que ~I. de Bismarck se résen·ail le moyen de provoquer la guerre en donnant à la France l'apparence d0 êlre l'agresscur·/ 11nous est facile, maintenant el après coup, de dém,'ler celle trame. li est surprenant, toutefois, que le sens de la combinaison n'ait pas apparu tout de suit~ aux esprits. M. S) bel, comme pour effacer les traces de la manœuvrc, s'é\'erluc à démontrer que le roi de Prusse ne pouvait pas intervenir impérieusement dans celle question: quand la branche des llohenzollern s'était mise sous la tutelle de la famille royale, elle avait réservé son droit d'accepter au dehors des couronnes; el c'est par un. scrupule juridique que le roi Guillaume, toujours dominé par l'idée du droit, s'abstenait d'un conseil êonlraignanl. C'est une puérile excuse, el qui atteste seulement le trouble secret de co.nscience de l'historien qui ne veut pas s'avouer à lui-même que M. de Bismarck a, par une longue machination, préparé la guerre. Le roi el M. de Bismarck savaient bien que c'était une question politique qui était posée. Comment un homme comme M. Sybel a-t-il rcnfantillage de le contester·/ el qui espèraiL-il trompe,·

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