J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

40 IIISTOIRE SOCIALISTE ~lais m~me. si le mouvement de la population clcvail être plus rapide dans la nou,·cllc Allemagne que dans la vieille France, où étail encore le danger? Hélas! même auj~urdïrni, même après les désastres de 18i0 el la mutilation de la pairie, la France est, dans toute la force du mol, une grande nation. Je veux dire par là, d·abord, que son action a une portée universelle; qui peul doulPr de lïnlluencc qu'exerce la démocratie fran,;aise sur l'ensemble du monde? La lulle soutenue par elle contre la puissance politique de l'Eglise, a retenti bien au delà de ses frontières; el le jour où la démocratie républicaine de France pourra é1•olucr en démocratie sociale, il y aura sans doute dans le monde "" vaste ébranlement. La nation française, même blessée, est en étal de défendre son indépendance. Cela ne signifie pas qu·cllc soil assurée de la victoire ou qu'elle puisse lrouvcr dans son <lésespoir même la certitude du salul. Cela signifie qu'elle peul, si elle le veut, foire payer si cher à l'agresseur injuste la violence de son agression que les plus barbares où les plus haineux hésilcraicnl à l'attaquer. Cela veul dire encore qu'elle peul, par la lo~•aulé de sa politique de paix el de modération. s·assurer des alliances ou des amitiés qui découragent les entreprises de la force. Et si la France vaincue, démembrée, qui s'est relevée mais qui est toujours dans l'ombre de la défoi(e, a pu cependant refaire sa vie el recommencer sa libre évolution vrrs la justice, qui donc aurait pu attaquer, qui donc aun,il pu menacer une France visiblemcnt résolue à respecter le droit de toutes les nations, cl à faire respecler son propre clroil par toutes les forces. de sa prévoyancP, de son courage el de son génie? Politique de justice, politique de paix : cl au service de la paix el du droil un formidable appareil de défense nationale: voilà qui valait mieux, pour garantir contre toul allental el contre tout dédain la France encore intacte, que le systématique morcellement de la.nation allemande, que rodicuse rapine exercée sur la Belgique. La démocratie française pouvait-elle, au nom du droit, refuser son assentimenl à l'unité allemande réalisée par la Prusse? li est _vraique M. de Bismarck procédait par la force. C'est par la force quïl avait arraché au Danemark les provinces allemandes, le Schleswig cl le llolsfoin; c'est par la force qu'il venait de rejeter l'Autriche hors de la Confédération allemande, d'agrandir la Prusse accrue du Hanovre, de la Hesse électorale, el de fonder la Confédération du ;"l;ord, prélude de l"unité allemande. Mais qui donc en France avait le droit de s'insurger, au nom du droit, contre ce recours à la force? Je ne parle pa. des partisan& de l'Em]lire. C'est par la force qu'il avait« sauvé » la France. C'est par la force que, en 1859, il avail aidé à l'émancipalion de l'Italie el c'est lui qui avail donné à la ,Prusse l'exemple du combat conlre l'Autriche. Enfin au lendemain milmc de Sadowa, l'Empire se déclarail toul prêl à sanctionner les enlreprises de la force prussienne si la Prusse lui jetait quelques lambeaux de territoire : que le chien morde le chien qui emporte toule la proie, que peul raire l'idée du droil en cette bagarre? Mais ni la tradition nationale, ni la

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