18 HTSTOll1E SOCIALISTE ment de générosité, rayonnement de vioience, les Croisades, la calholicilé françaiae du ,111• siécle. la primauté insolente cl radieuse de Louis XIV. l'universalité de )'Encyclopédie, la Révolution des Droits Je l'Homme, enfin l'orage napoli-onien qui fécondait l'Europe en la bouleversant. La France s'était habituée à ,'Ire le cenlr_c de l'histoire européenne, le centre de perspective quand clic n'l·lail pas le centre d'adion. Elle ne discernai! plus son inlérêl de l'inlérN du monde, son orgueil de sa générosité. Elle croyait avoir conquis, en se donnant, le droit de dominer, el elle avait eu des fa~ons hautaines de propager la liberté elle-m~me. La Hévolulion aYail élé une fièvre d'enthousiasme hu'main el d'orgueil national. Elle voulait bien que les peuples fussent libres, mais libres par elle, des peuples libérés, des peuples affranchis, c·esl-à-dire formant autour d'elle el sous •on patronage auguste de libératrice une clientèle reconnaissante. Quoi! tous ces peuples mainlenanl allaient-ils donc se conslil ucr par leur propre efforl, de,•enir des puissances ,·rai ment el pleinemeal autonomes'! Toute celle argile qu'elle avait cru pétrir el animer du souffle de sa bouche allait donc s'animer d'unP. élincclle intérieure·! Elle pourrait Nre menacée demain, noo plus par des coalitions accidentelles el passagères qui alleslaienl sa puissance même el l'éclat de soo destin, mais par la constitution permanente el par la vie normale de graodes nations indépendantes el redoutables ... Son droit d'ainesse européenne allait lui échapper; son privilège d'unité allait se communiquer à d'autres; son instinct de conservation s'inquiétait el son orgueil d'idéalisme souffrait comme sa vanité de-domination. C'est déjà beaucoup qu'en celle crise profonde de la France lanl de consciences françaises se soient trouvées pour accepter el même pour saluer avec joie les destins nouveaux. Qui pourrait lui faire grief de ne pas avoir pratiqué d'emblée, avec unanimité el avec suite la politique internationale qui convenait à l'idée nouvelle'! li lui au rail été plus facile d'accepter cel élargissement du rôle des autres peuples si elle-même avait pu développer d'u~ mouvement régulier loules les rorces de démocratie, de liberté politique el de progrès social que contient le génie de la Hévolulion. Sa fierté eùl ·élé consolée si elle avail gardé, dans sa vie intérieure, unC'avance sur les autres nations qui s'organis~ienl el se libéraient à leur tour. Mais quoi, dans la France mème de la Révolution la démocratie paraissait condamnée, par la monarchie bourgeoise el censitaire. à un demi-avortement. Il semblait à plus d'un esprit que· la FrancP ne pourrait retrouver la pleine liberté révolutionnaire que par la force d'expansion révolutionnaire. El la lcnlalion des vieilles primautés s'insinuait à nouveau dans le rêve de démocratie. Quinet nous a laissé de ce trouble de conscience un éloquent témoignage dans un Je ses écrits:« 1815el 1840 ». C'est au moment où la politique brouillonne de M. Thiers provoquait contre la l'rance une coalition européenne où la Prusse élail entrée: Quinet reprend d'un accent belliqueu:r la revendication française des « frontières naturelle~•; il veut, comme Danton,
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