J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIAIJSTE 161 pour répondre aux vœux ou aux habitudes du pays, chercher un nouveau roi, lequel? Les uns tenaient pour le duc de Montpensier, fils de Louis-Philipp~, qui avait épousé une sœur d'Isabelle, et qui était ainsi, pour ainsi dire, naturalisé espagnol. D'autres songoaionl au roi Ferdinand de Cobourg, veuf de la reine don a Maria et père du roi de Portugal, ou au duc Amédée d'Aoste, fr~re de \'iclor-Emmanuel. Un député aux Corlès, ~I. Salazar y Mazarredo, recommanda dans une brochure le prince Léopold de llohenzollern. Il était allié, mais d'assez loin, à la famille royale de Prusse, el d'ailleurs catholique. C'était le frère de ce Charles de Hohenzollern qui élail monlé récemment, comme en un roman d'aventure, au Irone de Roumanie. li avait épousé une Bragance, el par les Murat, par les Pepoli, par les Beauharnais, il tenait aux Bonaparte. Est-ce que cette candidature s'offrit sponlanémenl à l'esprit de ~I. Salazar? ou lui fut-elle suggérée par des représentants de l'Allemagne? Co qui est sùr, c'est que M. de Bismarck saisit tout de suite le parti qu'il pourra IÎl'er un jour de l'incident. li ne s'engage pas à fond tout de suite, mais il y a là un ressort qu'il se réserve de faire jouer. lJ ne pouvait douter que l'opinion française cl la diplomatie impériale, Mjà énervées par los succès de la Prusse, s'irriteraienl, se soulèveraient peul-èlre contre l'avènement d'un prince prussien au trùne espagnol. Les Hohenzollern n'allaient-ils pas inquiéter la France sur Ioules ses frontières? Si M. de Bismarck n'avait pas deviné l'effet certain de celle candidature, les démarches de la diplomatie française auraient suffi à l'avertir. M. Benedelli, le 27 mars 1869, informa le gouvernement français qu'un ancien représentant de l'Espagne à Berlin, ~l. Ranoès y \'illanueva, était revenu dans celle ville sous prél~xle de saluer le roi, et qu'il était fort possible qu'il se fut occupé de la candidature lloh~nzollern. Le ministre donna ordre à~]. Benedetti de s'assurer si en e!Tel cette candidature était sérieusement examinée par la Prusse. • J'ai eu ce matin, répondit M. Benedetti, le 31 mars, l'occasion de rencontrer M. de Thile (sous-secrétaire d"Etal des Aflaires étrangères) et j'ai cru pou,•oir lui demander (M. de Bismarck étant absent) si je devais attacher quelque importance aux bruits qui avaient circulé à ce sujet; j'ai pensé qu'il élait utile de ne pas lui· cacher que je mettais du prix à èlre exactement informé, en lui faisant remarquer qu'une parejlle évenlualité intéressait trop directement. à mon sens, le gouvernement de !'Empereur pour qu'il ne rot pas de mon désir de la lui signaler, dans le cas où il existerait des raisons de croire qu'elle peul se réaliser. J'ai dit encore à mon interlocuteur que mon intention était, s'il n'y voyait pas d'i~convénienl, de vous faire pari de noire entretien. " M. de Thile m'a donné l'assurance la plus formelle qu'il n'a, à aucun moment, eu connaissance d'une indication quelconque pouvant autorisPr une semblable conjecture; et que le ministre d'Espagne, pendant le séiour c1u'ila rail à Berlin, n'y aurail meme pas fait allusion. Le sous-secrétaire d'Etat, en a'ellprimanl ainsi, et sans que rien dans ce que je lui disais rot de nature à

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