HISTOIRE SOCIALISTE 151 nalional cl ne pas nous laisser surprendre matériellement par la guerre qui peul éclater subitement. » li se prêle cependant à l'accommodement d'une conférence européenne. Cependant, il ne cessait de surveiller el la France, el l'Autriche, cl les Etals du ~ud. IJe France lui venaient ou des exigences désagréables ou des paroles ambigu('s, grondantes d'une sourde menace. Il ne s'en émeut pas outre mesure, pensanl,que la France ne commettra pas la folie, avec son armée moins forlc, de se jeter sur l'épée victorieuse de la Prusse. Avec l'Autriche, il joue un jeu très compliqué. Habile à tirer parli, mèmc des côtés faibles de sa situation, il se sert, pour paralyser l'Autriche, de l'influence renaissante de celle-ci sur l'Allemagne méridionale. Plus les Etals du Sud étaient liés à la Prusse par une con,·cntion militaire, par une communauté essentielle d'intérêts allemands, plus ils inclinaient à s'appuyer sur l'Autriche pour que leur lien avec la Prusse ne devint pas une chaine de servitude. Xalurellemenl, l'Autriche cherchait à ménager ces sympathies. Mais elle les perdrait si elle faisait cause commune avec la France contre l'idée allemande. M. de Bismarck le scnlail, el c'est par l'intermédiaire • de la Bavière qu'il lâcha,l de savoir, au moment de la crise du Luxembourg, quelle serait la conduite du gouvernement autrichien. A ,·rai dire, le chancelier autrichien ne fil pas à ces ouvertures une 1·éponse bien explicite. Il dit, le 4 avril 186ï, à l'envoyé bavarois : « qu'il n'était engagé en aucune façon avec la France; qu'une neutralité bienveillante élail dans la nature des choses. L'Autriche n'avait aucun motif de s'engager elle-môme clans l'action. Oui, si la Prusse était disposée à donner quelque chose en échange, notamment en garantissant l'Autriche dans la question orientale contre l'occupation de la Uulgarie par la Hussie. On avait d'ailleurs la preuve que la Prusse s'employait en Autriche même conlre le gouvernement. Cela devait absolument cesser, surtout la Prusse devait venir elle-même. La llavièrc n'avait plus assez d'indépendance pour jouer le rùle d'intermédiaire. » Mais, par ces marchandages mômes, par les ince,·tiludcs cl les complications de sa poliliq~e, M. de Beus! servait les in.térêls de la Prusse cl de ~I. de Bismarck. Si M. de Beusl avait su sérier ses ambilions cl ses combinaisons; s'il avail eu un objet principal auquel Loule son action aurait été subordonnée; si, par exemple, il avait voulu avant tout rétablir en Allemagne, aux dépens de la Prusse, l'influence de l'Autriche; s'il avait préparé, dans celle vue, une alliance vigoureuse avec la France, el s'il avait ajourné jusqu'après l'accomplissement de cc grand et difficile dessein Ioule entreprise en Orient, persuadé d'ailleurs <1ucsi l'Autriche reprenait force cl prestige en Allemagne, elle saurait bien ensuite reconquérir en Orient le terrain un moment perdu; alors oui, il aurait pu être un danger pour M. de llismarck. Mais il se proposait trop d'objets à la fois. Aussi bien la situation politique de M. de Beusl n'était pas inexpugnable. Lui, le Saxon, le prolcslanl, qui entreprenait la régénération libérale de l'Au-
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