J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HIST011\E SOCIALISTE 191 ·--------------- de Prusse n·a,·ait pas fait un signe d"aulorilé pour prévenir ce désastre? Déclarer qu'il appelait leur allenlion sur l'tmotion de la France, c'était s'obliger, malgré Ioules les réserves de forme, à obtenir d'eux qu'ils en tiennent compte. El le délai demandé. que ce f,\I de bonne foi ou avec une arrière-pensée mauvaise. ue pouvait. malgr& loul, porter lïnccrlilu<le bien loin. Dans deux ou trois jours au plus lard, sous l'impatience el l'angoisse de l'Europe, il faudrait bien se prononcer .. Toul était sauvé si la diplomatie françai~e était sensée el loyale. si elle \"Oulail vraiment. avec la satisfaction subslan1ielle du retrait de la candidature, le maintien de la paix. llencd,·lli pre~senlail bien que c·esl de Paris que viendrait le péril. Il étailalarmé par le Ion mena~anl du discours de ~I. de Gramont, par le Ion pressant el impérieux de ses inslruclions. Il sentait bien qu'entre son ministre el lui il y avait, non pas contradiction formelle, mais dissonnance. Il avail peur, s'il allénuail la vibration de la pensée ministérielle. d'être accusé de faiblesse par les chauvins déchainés; el. s'il la lransmellail Ioule vive, de provoquer l'explosion immédiate. Aussi se faisait-il, auprès du roi de Prusse, pressant sans arrogance el adressait-il à M. de Gramont d1•s conseils discrets, presque timides, de moJéralion : « Vous serez sans doute d'avis, lui écrivait-il d:ins une lellre particulière, qu'il faut mellre, dans une juste mesure, la modération de noire côté. » Surtout, pour calmer son impalienc(} fébrile, pour lui enlever la peur d"illre Jupé el devancé par la Prusse, il lui disait : « Je n'aper,;ois rien qui puisse me donner à croire qu'on prend des mesures militaires. Le Ho, n'a toujours aulour de lui que les o(ficiers qui l'accompagnaient à son d,•µart de Berlin "· Il ajoulail toutefois: « Je ,•ous engage cependant h ne pas allachcr nn,• grande importance à celle information. On ne peul pas mobiliser m,'me un seul corps d'armée sans que celle mesure devienne aussitôt de noloriélé publi,1ue, mais on peul 10111disposer dans ce but sans le laisser soupçonner». SansdoulP, mais des précautions secrètes de même ordre pouvai.,nt èlre prises en France sans qu'une cloche de guerre ébranlât l'air. · Le roi de Prusse, en retenant courtoisement à diner ~I. Benedelli, le soir de l'entretien du 9, avait tenu à marquer qu'il ne prévoyait pas une rupture. M. de Gramont l'aurait rendue impossible s'il avait dit dès lors au Corps législatif, à la France, qu'il ne poursuivait qu'une chose: le retrait de la candidature; qu'il verrait dans ce retrait le gage des intentions pacifiques du roi de Prusse, el s'il a rait ajouté avec fermeté que la France toute entière pouvait el devait faire crédit de quelques jours aux négociateurs pour que ce résultat honorable el sage fût obtenu. C'est là le langage· qu'aurait tenu un gouverne- 'menl prévoyant el vraiment fort, c'est-à-dire maître de lui-même. Mais l'Empire élail à la dérive. Le noble duc, par son discours du 6, avait exalté les passions belliqueuses el tous les forcenés du bonapartisme intégral soufflaient sur le feu : l'incendie de la guerre ne dévorera-1-il pns jusqu'aux espérances de liberl,é? De la presse, l'agitation passait dans la rue.

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