160 HISTOIRE SOCIALISTE rapprocherait alors de la Russie el l'Autriche perdrait loul en Orient comme elle avait !oui perdu en Allemagne. Déjà d"ailleurs, je veux dire dès le mois de mars 1869, s'ébauchait entre l"llalie, l'Autriche cl la France des pourparlers en vue d'une triple alliance. Si secrets quïls fussent. M. de Bismarck devait bien en percevoir ou en deviner quelque chose. Il affPclail une grande sécurité el disait à M. de llohenlohe, en juin 1869: • L'alliance de lu France el de l'Italie n'aurait pour la première aucune valeur; les llaliens nt marcheraient pns, mime si Viclor-Emmanuel, qu'on peut mener à tout avec de /'arge11I el des femmes, voulail conclure un Irait, avec la France ~- Au contraire, il proclamait sa confiance en la Russie. ~lais les événements se développaient. L'opposition catholique el démocratique, à tendances particularistes, devenait si forte en 13avière, qu'en février, ~I. de Hohenlohe éloil acculé ou à se débarrasser par une sorte de coup d'Etat d'une Chambre hostile, que le suffrage universel inveslirail de nouveau si on se conlcnlail de la dissoudre, ou à se démellre. Il se démit malgré les conseils de ~l. de Bismarck qui l'encourageait à rester avec l'appui du roi de Bavière. En mCme temps, le projet de triple alliance entre l'llalie, l'Aulric·he tlla France sembla il sur le roinl de prendre corps. Si M.de Bismarck prenait l'offensive, il ne ferait° qu'aggraver sur sa tille Ioules les difficultés. Ah: quelle bonne chose pour lui, quelle fortune inespérée si la France se décidait à allaquer '. Ou coup, Ioule l'Allemagne prenait parti pour la Prusse, el la Russie, donl \J. de Bismarck avait décidémenlconquis les bonnes grâces, paralysait l'Autriche en la menaçant d'mlervenir si elle-même intervenait. L'Italie, disputée entre l'alliance de 1859 el celle de 1866, hésiterait sans doute el resterait neutre. El les destins s·accompliraienl. L'unité allemande serait rétablie sous la discipline des lloh~nzollern. Oui, sïl avait eu foi dans la Hévolulion, si elle avail élé pour lui autre chose qu'un expédient, s'il avait consenti à faire au libéralisme allemand, à la démocratie allemande une grande place dans la Conslilnlion el dans la ,ie publique de la Confédération du Nord, s'il avait par là tendu une amorce de liberté aux libéraux, aux démocrates de l'Allemagne du Sud, sïl avait eu confiance dans l'évolution libérale el démocratique de la France, et dans l'avènement de celle démocratie française qui s'affranchissait peu à peu de ses préjugés chauvins, il aurait pu allendre du temps el de la paix la solution du problème allemand. Mais le Yunker subsislail en lui, el il avait le mépris el la haine de la Révolu lion au moment même où il se sen·ail d"elle. li élail donc réduit à espérer el à susciter des événements troubles, d"où un semblant de guerre nationale pourrait sortir. A-t-il vu d"emblée dans la crise espagnole l'occuion allendue? En septembre , 1868, le gouvernement absoluliote, clérical cl corrompu d'Isabelle avait élé renversé par un mouvement révolutionnaire. Un gouvernement provisoire avait été conslilué. Les Corlès élues en février se composaient pour une part, de démocrates' républicains, maie, en majorité, de monarchistes. Il rallait donc,
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