J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 49 nfin de sauvegarder les prérogatives de la couronne, mais plus encore la libre action du ministre dans la diplomatie et dans la guerre. Je ne crois pas qu'il rot sincère, ou du moins qu'il J., fùl loul a fait lorsqu'il déclarait à ~I. Benedetti, au printemps de IS(iû el à la ,·cille du conflit avec l'Autriche, qu'il ne s'était prélé à la politique autoritaire du Boi à l'égard du Parlement que pour mieux gagner sa confiance el pour le dé,·ider plus aisément, dans la question allemande, à des démarches hardies.• J'ajoute, écrivait )1. Benedetti, le 3 avril, que ~I. de Bismarck no s'est prèlé au~ vues du Roi, dans toutes les questions de politique intérieure, que dans la pensée de consolider sa position ministérielle, et pour mieux contraindre son souverain à le suh1re dans la voir ou il a toujours pensé, depuis qu'il a louché aux aOaires politiques, que la Prusse devait s'engager résolument si clic veut conqufrir en Allemagne cl en Europe la position qu'elle a de tout temps ambitionnée. li a souvent rappelé l'obslination du Roi à revendiquer des prérogati,·esconleslées par l'immense majorité de la Chambre ; il s'en esl toutefois constitué le défenseur passionné, dans la pensée qu'il y puiserait lui-même une force plus grande pour assurer le succi·s de sa politique extérieure a,•ec ou sans l'as•entimenl volontaire de Sa )lajcslé: • Je suis parvenu, me disait-il hier, à déterminer un roi de Prusse /J rompre les relations intimes de sa Maison avec la Maison impériale d'Autriche, à conclure un traité d'alliance avec l'Italie révolutionnaire, à acccplcr é,·enluellement des arrangements a,•ec la France impfriale, à proposer à Francfort le remaniement du pacte fédécal avec le concours d'une .\•semblée populaire. Je suis fier d\10 pareil résultat, j'ignore s'il me sera permis d'en recueillir les fruits; mais, si le Hoi m'abandonne, j'en rai préparé le terrain en creusant un abime entre l'Autriche cl la Prusse, et le parti libéral, montant au pournir, achèvera la hlche que je m'étais imposée •· li y a là, comme si souvent dans les p1opos de M. de Bismarck, un mélange de, rai cl de faux. :'l'on, ce n'était pas seulement pour plaire au Boi el pour assurer sa situation ministérielle en vue d'une entreprise audacieuse qu'il a,ail soutenu passionnément les prérogatives de la Couronne cl brisé les prhcntions parlementaire5. Il voulait que la monarchie prussienne eul la maitrise sur l'Allemagne constituée, cl comment ne se serait-elle pas fondue dans le parlementarisme allemand si elle avait él6 déjà noyée à demi dons le parlementarisme prussien? Roo, le pressant, en 1861, do venir prendre le pouvoir, lui disait : « llatez-vous, sinon nous serons bientôt enlisés dans le marais parlementaire •· Comment surtout, M. de Bismarck n'aurait-il pas réservé en face de tous les Parlements le droit supérieur de la monarchie el la liberté d'ochon du Roi, c'est-à-dire du ministre, quand il lui restait encore pour accomplir l'œuvre allemande à peine ébauchée, tant d'efforts à faire, lanl de combinaisons à tenter, tant •l'intrigues à ourdir, où l'initiative d'un pouvoir rapide el concentré lui semblait nécessaire? Ce qui est vrai, c'est qu'il n'avait pas ou qu'il n'avait guère plus de préjugés" légitimistes » el ~uïl défendait surtout

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