J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIR}~ SOCI.\LISTE leur assistance dans des conditions déterminées, mais aussi qu'il réservait louJours la liberté de son action pour <les éventualités nouvelles. El si les hommes avec lesquels il s'cnlrelenait ne lenaienl poinl un juste compte des di,·ers éléments cl des di,·crses lendances de sa pensée, donl il né leur cachait pas cependant la complication. cc n'csl pas lui qui les avait' trompés, il leur a,·ail laissé le soin de se tromper eux~m<\mcs. Celle politique supposait une activité infatigable, une attention constante à Lous les événements, la vigilance active el ferme du chaufleur qui mène sa machine vers un bul déclaré, qui y va de préférence par· les voies où son regard eorté au loin pressent le moins d'obstacles, mais qui esl toujours prêt, sel ou les accidents du chemin et des résislances, à des brusques ,·irages ou à des changements soudains de roule dans le réseau compliqué des chemins. Qui ne fouille pas sans cesse des yeux loul l'horizon, qui n'a pas sans cesse la main sur sa machine, se brise ou s'égare. Une allenlion loujours en éveil, une volonté' toujours prèle, une sûreté de main admirable, touL cela permellail à M. de Bismarck d'entrer daus tous les événements, dans toutes les passions, assez pour s'en servir, pas assez pour s'y asservir. Mais, sous ces réserves el dans celle mesure, il est vrai qu'il avait parlie litle avec la Russie. Il dépendail de lui qu'à un jour donné il pûl corr.pler sur elle comme s~r l'Italie, si la politique offensive de la France menaçait l'œuvre de l'unité allemande. Ainsi, la politique de M. Thiers menait la France à un choc non seulement contre l'llalie el l'Allemagne, mais contre la Russie. El ce qui est prodigieux, c'est que M. Thiers ne l'ignorail pas. Pouvait-il, du moins, compter sur l'Autriche el sur l'Angleterre? Il le disait. El à quelles conditions?« A celle politique vigilante qui doit reposer sur les forces bien organisées de la France, il faul ajouter au dehors une politique qui ramène à nous les intérêts européens. Or, je vous ai dit que, pour ramener à nous Jps inlérêls européens, il fallait se garder de celle politique qui annonce des projets ullérieurs sous certains mols à double entente et quïl fallail, au contraire, former en Europe ce parli conservateur dont le principe seraiL de défendre Lous les intérêts atlaqués el do n'en allaquer aucun soi-même. Pour former cc que j'appelle en Europe le parti c~nservateur, il faut que ce principe de ne rien prendre soi-même en ne voulanl pas que les autres prennent; il faut que ce principe soiL franchement posé. A celle condition, loul le monde. me comprend, vous aurez l'adhésion de l'Angleterre. Quand vous aurez l'adhésion de l'Angleterre, vous obtiendrez celle de tous les '(letils !~lais de l'Europe, et même celle de l'Autriche. Eu effet, en supposant que l'Autriche se reconsLilue, ce que je souhaite, elle ne peut pas aller jusqu'à former avec 1a France une alliance qui aurait pour but avoué de menacer les Allemands. L'Autriche pourra tr~s bien se réunir à la France el à l'Anglelerre, disant qu'elles ne veulent ni prendre ni laisser prendre, mais celle union n'est possible qu'en la faisant reposer sur ce principe. •

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