J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

180 HISTOIRE SOCIALISTE possible de jouer ainsi avec le feu de la suerre el qu'il pourrait, à son gré, en exciter ou en apaiser les flammes quand elles jailliraient trop haut à son gré î Il avait toléré. puisque la déclaration de M. de Gramont avait été lue à lous les ministres el discutée par eux, que cette sorte de défi retentissant f0tjeté. IJ élail déjb bien lard pour reconnaitre le péril. En tout cas, s'il voulait encore sauver la paix, il fallait qu'il se hàli\t de prendre la conduite des négociations et qu'il surveilli\l )1. Je Gramont. )lais M. dP. Gramont précipitait son allure. Comme M. de Bismarck, ~1. Benedetti était absent Je Berlin. Il était à \Vildbad. C'est le chargé d'affaires, ~1. Le Sourd, qui porta à )1. de Thile lès premières réclamations du gouvernement français. M. de Thile répondit que, pour le gouvernement prussien, l'affaire Hohenzollern n'avait aucun caractère politique, que le roi avait donné son consenlemenl, mais comme chef de famille, qu'il n'était donc pas possible de soumettre à une discussion diplomatique une décision d'ordre privé. C'était une feinte vraiment gros-,ière cl inacceptable. Mais, convenait-il que la diplomatie impériale se rebut:H d'emblée, el qu'au lieu d'insister auprès des ministres et auprès de ~1.de Bismarck, elle portât la question devant le roi lui-mème? Celui-ci était aux eaux d'Ems. M. Benedetti o0ril à M. de Gramont d'aller l'y trouver. M. de Gramont lui en donna l'ordre par une dépèche lancée de Paris le 7 juillet, à 11 h. 45 du soir. On s'est demandé si cette démarche n'était pas imprudente. Elle offrait évidemment de graves dangers, mais qui n'élaient pas sans compensations. Le souverain allait être brusquement mis en cause, el il suffirai! d'une parole trop pressante. d'une protestation un peu trop vive pour alarmer sa fierté. C'est lui qui allait être au vremier plan de la scène. Son peuple ne lui pardonnerait pas la moindre défaillance; el il pouvait être tenté, pour éviter l'éclat d'une humiliation dont le monde enlier aurait été témoin el dont toute une nation aurait ressenti la bn11ure, de raidir son attitude et de se refuser aux accommodements que, par l'intermédiaire de ses ministres, il aurait acceptés. D'autre part, il était habile de mellre en jeu sa responsabilité _morale, do faire de lui, en uno minute d'universelle angoisse, l'arbitre de la paix el de la guerre. D'ailleurs, s'adresser à lui, c'était entrer dans le système m~me du gou,.ernemenl prussien. $oil: le roi avait agi en dehors de son conseil politique el comme chef dA famille, mais le consenlement donné par le ch~f de famille avait sur l'état de l'Europe le plus redoutable effet. Il pouvait donc, dans l'intérêt de la lranquillilé europée~ne, retirer, comme chef de famille, le consentement qu'il avait donné en celte qualité. Ainsi, on ne heurtait pas de front le système du gouvernement prussien, mais on le détournait à des fins pacifiques. Mais pour que celle démarche si délicate offrit le moins de périls el le plus d'avantages po1sibles, il fallait que des instructions lrès conciliantes el très sages fbssenl données à notre ambassadeur. M. de Gramont devait résoudre tout d'abord un problème essentiel : Vou-

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